Adaptation anglo-américaine de la série française Le Bureau des légendes, The Agency est portée par un casting prestigieux et un scénario ambitieux. Est-ce suffisant pour réussir le pari ?
C’est quoi, The Agency ? Martian (Michael Fassbender), agent de la CIA, est rappelé à Londres après six années sous couverture à Addis-Abeba. Lorsqu’il apprend que Samia (Jodie Turner-Smith), la femme dont il s’est rapproché pendant sa mission, se trouve également en Angleterre, il décide de renouer avec elle, au mépris de toute prudence. Pendant ce temps, l’agent Coyote disparaît en Biélorussie après avoir été aperçu en état d’ébriété, un comportement inquiétant chez cet ancien alcoolique ; au quartier général, Henry (Jeffrey Wright) et Bosko (Richard Gere) tentent de comprendre ce qui s’est passé. Et tandis que la hiérarchie cherche à garder le contrôle, Danny (Saura Lightfoot-Leon), une nouvelle recrue, est préparée pour une mission d’infiltration en Iran.
Si les récits consacrés aux services de renseignement ont inspiré quantité de films et de séries, Le Bureau des légendes est parvenue à renouveler le genre. Créée par Éric Rochant en 2015 pour Canal+, la série française privilégiait le quotidien des agents infiltrés, leurs officiers traitants, les procédures et les conséquences psychologiques de leurs missions.
C’est cette approche que les scénaristes Jez et John-Henry Butterworth ont voulu conserver en adaptant la série pour le public américain. Le principe reste le même, mais transposé à la CIA et dans un contexte géopolitique anglo-américain et actuel, avec par exemple la guerre en Ukraine.
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Une adaptation qui trouve progressivement sa propre identité
Martian doit subir une longue procédure de réintégration après ses six années sous couverture : débriefings, interrogatoires, entretiens psychologiques et surveillance constante. Car après avoir passé autant de temps à être quelqu’un d’autre, retrouver sa véritable identité n’est pas aussi simple qu’il y paraît.
À cela s’ajoute la relation qu’il doit reconstruire avec sa fille adolescente et sa liaison avec Samia, une anthropologue soudanaise dont il s’est dangereusement rapproché. Professionnellement, Martian doit également former Danny, une jeune agente chargée d’infiltrer le programme nucléaire iranien sous une fausse identité. Et comme si cela ne suffisait pas, il est sollicité pour gérer plusieurs crises internationales.
Les premiers épisodes sont donc assez denses. La vie sentimentale et familiale de Martian, sa mission de formation, les opérations à l’étranger et les intrigues internes de la CIA s’entremêlent. Le quartier général londonien est lui-même un véritable champ de bataille : les alliances évoluent, les ordres se contredisent et chacun semble avoir ses propres intérêts.
Ce changement de contexte géopolitique est subtil, mais c’est ce qui permet à la série de s’éloigner progressivement de son modèle. Si la première saison doit énormément au Bureau des légendes, il faut éviter le piège de la comparaison car The agency finit par trouver sa propre voix. C’est encore plus évident dans la deuxième, lorsqu’elle commence à développer une mythologie qui lui appartient réellement.
Et les surnoms changent, évidemment : là où Le Bureau des légendes s’amusait avec les jurons du capitaine Haddock, The Agency pioche chez Tex Avery, avec ses Coyote et autres noms très cartoon.

Un casting brillant
Difficile de parler de The Agency sans évoquer son casting. Michael Fassbender, au cœur de la série, se montre particulièrement convaincant dans le rôle de Martian. Il joue un personnage difficile à cerner : froid et manipulateur en apparence, secret par nécessité mais dont les failles apparaissent progressivement.
Face à lui, Richard Gere apporte une autorité tranquille à Bosko, le responsable de l’antenne londonienne. Jeffrey Wright semble, lui, particulièrement à son aise dans le rôle d’Henry, un supérieur manipulateur dont on ne sait jamais vraiment s’il protège Martian ou prépare sa chute. Leurs interactions sont d’ailleurs parmi les plus intéressantes de la série.
Mais la véritable révélation est peut-être Saura Lightfoot-Leon. Dans le rôle de Danny, la jeune actrice incarne une agente inexpérimentée qui doit apprendre très vite à survivre dans un univers où la moindre erreur peut être fatale. Son intrigue devient progressivement l’une des plus captivantes de la série, notamment grâce à cette tension permanente autour du risque d’être démasquée.
Un espionnage cérébral sans James Bond
The Agency ne transforme jamais ses agents en super-héros. Même Martian, pourtant expérimenté, n’est pas capable de résoudre toutes les situations tout seul. Il a besoin de collègues, d’informateurs, d’analystes et de ses supérieurs. Une mission peut dépendre d’une conversation, d’un détail administratif ou d’une décision prise à des milliers de kilomètres du terrain.
La série est posée, elle prend le temps de construire ses personnages et de nous laisser comprendre progressivement ce qui se joue. On ne sait pas toujours qui manipule qui, ni quelles informations sont connues des différents protagonistes. Et ce qui ressemble à un détail peut se révéler essentiel quelques épisodes plus tard.

Une vision de l’espionnage qui privilégie la psychologie à l’action spectaculaire. Les technologies modernes permettent désormais de surveiller énormément de choses à distance et en temps réel. Dans cet univers, Martian apparaît presque comme une relique d’une autre époque : extrêmement précieux, mais appartenant à une manière de faire qui disparaît progressivement.
Comme Le Bureau des légendes, The agency n’oublie jamais le coût humain de ce métier. Martian doit notamment réapprendre à vivre comme lui-même, alors qu’une partie de lui est toujours restée sous couverture. C’est ce mélange entre les enjeux géopolitiques et les conséquences très personnelles de l’espionnage qui rend la série aussi prenante.
Alors, The Agency vaut-elle le coup ? Oui, très clairement. Après une première saison encore très proche de son modèle, le remake finit par voler de ses propres ailes. La deuxième saison le confirme en développant une mythologie qui lui appartient et en élargissant considérablement son univers. Une fiction exigeante, intelligente et suffisamment passionnante pour que l’on oublie progressivement son illustre modèle. Au point que si vous avez aimé Le Bureau des légendes, il serait dommage de la regarder uniquement comme son remake américain.