DOSSIER - THEMASéries Tv

LA PEPITE – Relativity, joyau oublié des années 90

Entre comédie romantique intimiste et chronique familiale d’une rare finesse, la série Relativity, diffusée en 1996 sur ABC, a posé les jalons du drame télévisuel moderne. Écrite par Jason Katims et produite par le duo Zwick-Herskovitz, cette pépite méconnue annulée au bout de dix-sept épisodes reste aujourd’hui une œuvre fondatrice du petit écran.

Un coup de foudre sous le soleil de Rome, deux solitudes qui se télescopent à Los Angeles et le choc inévitable de deux univers familiaux. Dit ainsi, le point de départ de Relativity pourrait ressembler à une comédie romantique des plus classiques. Pourtant, lors de sa diffusion sur le réseau américain ABC entre 1996 et 1997, cette création signée Jason Katims a marqué les esprits par sa grande maturité. Annulée prématurément après dix-sept épisodes seulement, la série demeure aujourd’hui un trésor caché de la télévision — une œuvre charnière, aussi intime que brillante, dont l’héritage résonne encore dans la fiction contemporaine.

Une alchimie intemporelle au cœur du drame

Au cœur du récit se trouvent Isabel Lukens et Leo Roth, deux jeunes adultes à la croisée des chemins. Isabel est engagée dans une relation sécurisante mais sans passion, tandis que Leo est un esprit idéaliste libre de tout engagement. Leur rencontre fortuite en Italie agit comme un puissant catalyseur. De retour en Californie, la réalité des sentiments prend le dessus et leurs mondes respectifs s’entrechoquent.

Portée par les producteurs exécutifs Edward Zwick et Marshall Herskovitz, célèbres pour avoir renouvelé le genre dramatique avec Thirtysomething et My So-Called Life, la série refuse le mélodrame facile. Elle s’intéresse plutôt aux compromis de la vie à deux, à la pression sociale et au rôle écrasant des familles d’origine. Le titre lui-même joue d’un double sens savoureux : la relativité des perspectives amoureuses d’un côté, et le poids des liens de parenté de l’autre.

L’acte de naissance d’un grand auteur

Si la série occupe une place si particulière dans l’histoire des fictions télévisées, c’est qu’elle a servi de laboratoire d’écriture à Jason Katims. C’est sur ce tournage que le scénariste a affûté ce qui deviendra sa signature narrative : une empathie profonde pour ses personnages, un sens aigu des conversations ordinaires et une capacité rare à filmer la vulnérabilité humaine. Katims réutilisera cette même sensibilité des années plus tard pour concevoir deux chefs-d’œuvre de la télévision américaine, Friday Night Lights et Parenthood.

La force de cette écriture était portée par la complicité des deux interprètes principaux, Kimberly Williams et David Conrad, mais aussi par une distribution secondaire particulièrement solide. La série réunissait en effet de futurs visages familiers du grand et du petit écran comme Lisa Edelstein, Richard Schiff, Poppy Montgomery ou encore Adam Goldberg, qui apportaient une vraie densité à cet univers familial étendu.

Audace thématique et annulation injuste

À une époque où la télévision de grande écoute demeurait un média frileux, Relativity tentait des paris narratifs audacieux. La série est notamment restée dans les mémoires pour avoir diffusé l’un des premiers baisers entre deux femmes en prime-time sur un grand réseau américain, à travers le personnage de Karen Lukens, interprété par Jane Adams.

Malgré des critiques enthousiastes saluant la finesse du scénario et le naturel du jeu d’acteurs, la série a souffert d’une programmation difficile face à une concurrence féroce sur la grille télévisuelle. Faute d’audiences suffisantes pour la chaîne ABC, l’aventure s’est malheureusement interrompue au bout d’une seule saison, au printemps 1997.

L’héritage d’une œuvre pionnière

À l’ère de la profusion de contenus sur les plateformes de streaming, Relativity fait figure d’ancêtre noble. Elle a posé les bases du drame relationnel moderne : pas de grands coups de théâtre tirés par les cheveux, mais une attention constante portée à la beauté des imperfections, aux fêlures invisibles et aux petits miracles du quotidien.

Pour quiconque s’intéresse à la genèse des grandes fictions d’auteur des années 2000, cette parenthèse de dix-sept épisodes, douce-amère et lumineuse, rappelle que certaines histoires méritent d’être racontées, même si l’époque n’était pas encore tout à fait prête à les écouter.

About author

Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
Related posts
DOSSIER - THEMAOrientation

Pourquoi l’apprentissage facilite-t-il l’entrée dans le monde professionnel ?

A LA UNESéries Tv

TOURNAGE - « La meute » : Natacha Lindinger au cœur d'un polar sombre

A LA UNESéries Tv

Le mystère de la chambre jaune : comment l'assassin est sorti de la pièce ?

DOSSIER - THEMASéries Tv

Revenge : quand les Américains féminisaient et modernisaient déjà Monte-Cristo

Retrouvez VL. sur les réseaux sociaux