Avis de grand frais sur le catalogue de Netflix. Alors que la plateforme multiplie les ajouts patrimoniaux, une pépite du début des années 2000 s’apprête à s’offrir une seconde jeunesse sur nos écrans. Dès le 2 juin, l’intégrale d’Everwood (4 saisons, 89 épisodes) débarque pour la première fois en streaming. Si ce nom ne vous dit rien, vous êtes sur le point de découvrir l’un des drames familiaux les plus justes, les plus bouleversants et les plus réconfortants de l’histoire de la télévision américaine. Sortez les mouchoirs et préparez-vous pour le voyage.
Il y a des séries qui se regardent, et il y a des séries dans lesquelles on s’installe comme dans un vieux canapé confortable. Everwood appartient définitivement à la seconde catégorie. Diffusée entre 2002 et 2006 sur la chaîne américaine The WB (l’antre mythique de Dawson, Buffy ou Gilmore Girls), cette œuvre signée Greg Berlanti — bien avant qu’il ne devienne le magnat derrière le Arrowverse ou Riverdale — est restée un secret trop bien gardé en France, la faute à des diffusions hachées à l’époque sur le câble.
Son arrivée sur Netflix est l’occasion parfaite de réparer cette anomalie culturelle.
Le pitch : un deuil, un piano et des sommets enneigés
L’histoire commence par une tragédie. Le Dr Andrew « Andy » Brown (interprété par le regretté Treat Williams) est un neurochirurgien de renommée mondiale basé à New York. Brillant mais absent, il a passé sa vie à sauver des inconnus au détriment de sa propre famille. Lorsque son épouse meurt brutalement dans un accident de voiture, le monde d’Andy s’effondre. Submergé par la culpabilité et le chagrin, il prend une décision radicale sur un coup de tête : abandonner sa prestigieuse carrière, empaqueter sa vie, et déménager avec ses deux enfants dans une petite ville perdue au milieu des montagnes du Colorado. Son nom ? Everwood.
Pourquoi ce bled paumé ? Parce que sa femme lui avait un jour confié, au détour d’une carte postale, qu’elle trouvait cet endroit magnifique.
Sur place, la transition est brutale. Le fils aîné, Ephram (Gregory Smith), un pianiste prodige de 15 ans, en veut terriblement à ce père qu’il connaît à peine de l’avoir arraché à New York. Sa petite sœur Delia (Vivien Cardone), 9 ans, tente tant bien que mal de grandir sans repères maternels. Pour couronner le tout, Andy décide d’ouvrir un cabinet médical gratuit dans une ancienne gare, s’attirant instantanément les foudres du médecin local, le colérique et traditionaliste Dr Harold Abbott (Tom Amandes).
Une pépinière de futures stars : de Chris Pratt à Emily VanCamp
Regarder Everwood, c’est aussi s’offrir une capsule temporelle et assister, presque par effraction, à la naissance de visages majeurs du Hollywood actuel.
À l’époque, personne ne connaît Chris Pratt. Bien avant de prêter ses abdominaux et son second degré aux Gardiens de la Galaxie ou à Jurassic World, l’acteur incarnait ici Bright Abbott, le fils un peu bêta, grand gaillard populaire du lycée au grand cœur mais profondément maladroit. Sa performance, qui évolue de manière spectaculaire au fil des saisons, reste l’une des plus belles surprises de la série.
Face à lui, on découvre la jeune Emily VanCamp (Revenge, Marvel/Falcon et le Soldat de l’Hiver), qui prête ses traits à Amy Abbott. C’est elle qui va faire battre le cœur d’Ephram, dessinant l’une des romances adolescentes les plus douces, réalistes et mémorables de la télévision, loin des clichés survitaminés d’un Gossip Girl.
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Pourquoi vous allez dévorer cette série
Si vous aimez les ambiances chaleureuses à la Virgin River ou Gilmore Girls, Everwood va devenir votre nouvelle obsession. Mais ne vous y trompez pas : sous ses airs de carte postale hivernale et ses partitions de piano mélancoliques, la série possède un mordant et une maturité qui manquent parfois aux productions actuelles.
- Le traitement du deuil et de la famille : La série ne triche pas. La reconstruction de la famille Brown prend du temps. Les engueulades entre Andy et Ephram sont d’une justesse psychologique rare. On y parle de la rancœur, du pardon manqué et de la difficulté d’apprendre à être père quand on a été absent trop longtemps.
- Des sujets de société précurseurs : Bien qu’ancrée au début des années 2000, Everwood abordait de front, et avec une immense bienveillance, des thèmes complexes : l’avortement, la dépression, le handicap, l’homosexualité à l’adolescence ou encore le deuil amoureux. Le tout sans jamais donner de leçon de morale, mais à travers le prisme de la médecine de campagne.
- La performance de Treat Williams : Décédé tragiquement en 2023, l’acteur principal trouve ici le rôle de sa vie. Son Dr Brown, avec sa barbe de montagnard et ses élans d’idéalisme un peu fous, est un personnage d’une humanité débordante. On rit avec lui, on pleure avec lui.
En somme, Everwood est le remède parfait à la frénésie de notre époque. Une série chorale, portée par une communauté d’habitants attachants, qui prend le temps de développer ses personnages sur 4 saisons parfaitement maîtrisées (la série bénéficie d’une vraie conclusion).
Que vous soyez nostalgique des bandes-son folk des années 2000 ou simplement curieux de découvrir un chef-d’œuvre méconnu du mélo américain, rendez-vous le 2 juin sur Netflix. Vous ne voudrez plus quitter le Colorado.