Avec Élodie Bouchez et Soko, Faussaires mélange efficacement thriller, histoire familiale et plongée dans les coulisses du monde de l’art.
C’est quoi, Faussaires ? Andréa (Élodie Bouchez), directrice adjointe de l’Union des Musées Nationaux est dans une situation délicate. Alors qu’une grande exposition se prépare à Paris, son joyau, le célèbre buste de Néfertiti prêté par le musée de Berlin, est accidentellement brisé pendant son installation. Pour éviter le scandale et le renvoi, Andréa imagine une solution aussi rapide que risquée : remplacer l’original par une copie parfaite, le temps que les restaurateurs puissent intervenir. Problème : la seule personne à avoir déjà réussi à reproduire le buste avec une ressemblance troublante est une faussaire de génie surnommée la Gorgone. Et celle-ci n’est autre qu’Alba (Soko), la petite sœur d’Andréa, qu’elle a contribué à envoyer en prison deux ans auparavant…
FESTIVAL DE LA FICTION TV 2026
Créée par Clémence Madeleine-Perdrillat et réalisée par Eva Husson, Faussaires est une mini-série de quatre épisodes de 45 minutes. Cette coproduction de ARTE France et Hélicotronc avec la participation de HBO Max a bénéficié, avant même sa diffusion, d’une jolie exposition dans les festivals. La série a notamment été présentée au Séries Mania Forum puis en compétition au Festival de la Fiction de La Rochelle de 2026.
Une intrigue qui ne repose pas uniquement sur son twist
Le point de départ avait tout pour donner naissance à une histoire assez classique : une œuvre d’art à remplacer, une spécialiste de la contrefaçon, une institution qui cherche à cacher une catastrophe et un compte à rebours avant l’ouverture d’une exposition. Pourtant, Faussaires évite assez rapidement de se réduire à la question de savoir si les deux femmes réussiront leur plan.
D’ailleurs, la série ne conserve pas jalousement son principal secret jusqu’au dernier épisode : le public et les médias découvrent que le buste exposé est un faux bien avant le dénouement. Ce choix permet de déplacer l’intérêt vers les conséquences de la supercherie plutôt que de se cantonner à sa mise en œuvre. Et à partir de là, Faussaires ne raconte d’ailleurs pas seulement une opération de contrefaçon. Les retrouvailles entre les deux sœurs font progressivement ressurgir les blessures du passé, tandis que de nouvelles menaces autour d’Alba viennent compliquer une situation déjà suffisamment explosive.
Le mélange des genres reste assez léger. Faussaires n’est jamais une comédie, mais elle ne sombre pas non plus dans le drame pesant. Quelques situations prêtent à sourire, la série ne cherchant ni à occulter ni à souligner constamment la gravité de ce qui se joue pour les personnages. Et malgré un twist final un peu sur-expliqué – comme si la série craignait que son spectateur n’ait pas suffisamment compris les tenants et les aboutissants – l’intrigue est habilement menée.
Élodie Bouchez et Soko, un duo convaincant
Si le mystère autour de Néfertiti constitue le moteur de l’intrigue, le véritable intérêt de Faussaires se trouve dans la relation entre Andréa et Alba. Et sur ce point, Élodie Bouchez et Soko font merveille.
Élodie Bouchez n’a plus grand-chose à prouver et trouve ici un personnage tout en retenue. Andréa semble constamment mesurer ce qu’elle peut montrer et ce qu’elle doit garder pour elle. Derrière son apparente maîtrise, on devine pourtant une histoire familiale et une culpabilité qui n’ont jamais complètement disparu.
Face à elle, Soko compose une Alba plus rebelle et en colère, sans pour autant la cantonner à cette rancœur. Elle oscille entre le ressentiment envers sa sœur, les blessures du passé et une envie de rapprochement qu’elle ne sait pas toujours comment assumer. Les deux actrices donnent ainsi suffisamment de nuances à leur relation pour que leurs retrouvailles ne ressemblent pas simplement à un conflit familial écrit pour les besoins du scénario.
Toutefois, la série peut laisser un petit goût d’inachevé sur ce plan. Car elle fournit plusieurs éléments permettant de comprendre comment les deux sœurs se sont construites, sans toujours prendre le temps de les développer. Leur père, notamment, est celui qui a initié Alba à l’art, tout en désapprouvant ensuite son activité de faussaire. Mais les circonstances précises de cette construction, le procès d’Alba ou de la « trahison » d’Andrea restent en partie à reconstituer. Mais en seulement quatre épisodes, on comprend bien qu’il a fallu faire des choix.
Une plongée dans le monde de l’art
Autre curiosité : l’immersion dans les coulisses du monde artistique et institutionnel. Musées, experts, faussaires, restauration et organisation d’une grande exposition forment un décor original, qui donne au thriller une identité supplémentaire.
Sans prétendre juger de la vraisemblance des procédés liés à la contrefaçon, la série réussit à rendre cet univers suffisamment intrigant pour donner envie d’en découvrir davantage. On aurait presque aimé passer plus de temps dans les coulisses de l’institution, comprendre davantage ses rapports de pouvoir et voir comment fonctionne ce monde où l’authenticité d’une œuvre peut devenir une question aussi sensible.
La série joue notamment avec le contraste entre la valeur symbolique de l’art et les enjeux concrets qui l’entoure : réputation, carrière, argent, restitution, privatisation de l’art ou accessibilité au public. Cette dimension institutionnelle apporte une autre couche au récit, même si elle aurait pu être davantage approfondie.
C’est finalement le petit regret que laisse Faussaires. Ses épisodes racontent l’essentiel de l’histoire, les intrigues ne s’éternisent pas et le rythme reste équilibré. Mais cette efficacité a un prix : certaines pistes sont esquissées plutôt qu’explorées et la série ouvre de nombreuses portes sans avoir le temps de toutes les franchir.
Faussaires n’est pas le thriller que l’on pourrait laisser imaginer. C’est une série plus intime, qui utilise une histoire de faux chefs-d’œuvre pour raconter avant tout deux sœurs rattrapées par leur passé. Efficace et rythmée, l’histoire tient en quatre épisodes au cordeau – avec un léger sentiment de frustration. Si on passe un très bon moment, on garde le sentiment que la série aurait gagné à accorder davantage de temps à son arrière-plan. Bref, Faussaires, c’est quatre épisodes, une fausse Néfertiti et… quelques vrais regrets de ne pas avoir eu droit à la suite de la visite.