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Soeurs (France.TV) : « Le thriller domestique est le terrain de jeu idéal pour interroger la quête de l’autre »

La nouvelle série événement Soeurs arrive bientôt sur France.TV, l’occasion d’échanger avec son auteur Olivier Pouponneau lors du Festival de la Fiction TV de La Rochelle.

Et si l’on pouvait changer de vie le temps d’une soirée ? C’est le point de départ de ce thriller haletant porté par Lola Dewaere, qui se glisse dans la peau de jumelles que tout oppose. Lorsque l’une d’elles est assassinée, l’autre n’a d’autre choix que de prendre son identité pour découvrir l’impensable. 

Scénariste prolifique, Olivier Pouponneau décrypte les coulisses de sa nouvelle série Soeurs. Entre fascination pour le mythe des âmes-sœurs, choix du format court et défense de l’art d’écrire au-delà de sa propre identité, il lève le voile sur son processus de création.

Comment est née l’idée de cette nouvelle série ?

Olivier Pouponneau : C’est un projet né il y a quatre ans, suite à une discussion avec un ami et producteur, couplée à une envie d’explorer le mythe de l’âme-sœur et ce « fantasme de la moitié » très présent dans la culture anglo-saxonne. Je ne fais pas de drama ou de mélo, donc le point de départ devait être plus radical : le thriller. La situation la plus extrême que j’ai imaginée est celle d’un jumeau qui perd son double, assassiné, et dont l’autre prend la place.

On retrouve pourtant les grands codes du feuilleton sentimental…

Olivier Pouponneau : Oui, j’assume d’utiliser les archétypes du soap — le double, le duo, l’effet miroir. Cela me rappelle mon travail sur Mirage, qui était un film d’espionnage mais aussi un mélo amoureux. Au fond, cela parle de la quête de l’autre, de ce postulat qu’on ne connaît jamais vraiment personne. C’est parfait pour un thriller, d’autant que la voix-off commence par battre en brèche le cliché selon lequel les jumeaux se connaissent par cœur : en réalité, la survivante ne savait rien de sa jumelle.

Pourquoi avoir opté pour un format court en 4×52 minutes ?

Olivier Pouponneau : C’est un formidable allié, d’abord parce que cela permet d’écrire seul — ce que je n’aurais pas fait pour un format de six épisodes. Cela permet aussi de tenir une ligne thriller tendue, où les moments de respiration plus glamour ou mélodramatiques restent de simples respirations. Dans un format de quatre épisodes, on n’a pas le temps de s’éparpiller en 1000 flashbacks ou de faire venir des antagonistes de trop loin pour faire monter la surenchère de danger.

Comment fait-on cohabiter une prémisse aussi « dingue » avec un ancrage réaliste ?

Olivier Pouponneau : C’est mon terrain de jeu favori en tant que spectateur et auteur : accepter un pacte fictionnel fort au départ (comme une jumelle qui disparaît), puis l’injecter dans un quotidien très réaliste et contemporain. On y aborde des sujets de société actuels comme le blanchiment d’argent ou l’arnaque aux sentiments. Pour incarner cela, il fallait une comédienne puissante comme Lola, qui n’est pas une simple victime, mais un personnage « agissant » qui doit mener l’enquête et venger sa sœur tout en cachant son deuil.

Que pensez-vous de l’idée selon laquelle il faudrait obligatoirement partager l’identité de ses personnages pour pouvoir les écrire ?

Olivier Pouponneau : Je déteste cet argument et je le trouve horrifiant pour un auteur. J’entends parfois dire qu’on ne peut pas écrire un rôle de femme, d’homosexuel ou de personne noire si l’on ne l’est pas soi-même. Mais alors, cela voudrait dire que personne ne peut écrire de polar s’il n’a pas été flic ou tueur en série ! Le travail d’un auteur, c’est précisément d’aller chercher sa part d’humanité pour se projeter dans l’altérité, qu’il s’agisse du sexe, de l’âge ou de la classe sociale.

Quels sont vos projets à venir, notamment avec votre productrice Victoire ?

Olivier Pouponneau : On a effectivement un nouveau projet en 4×52 minutes qui se prépare. C’est une histoire très féminine qui interroge la concurrence féroce entre l’amour et l’amitié au sein d’une bande de copines. Les personnages se retrouvent tiraillés par un dilemme digne d’un slasher : quand le thriller s’immisce dans le couple et que l’on commence à se méfier du conjoint de ses meilleures amies, faut-il être fidèle à son couple ou à son amitié ? C’est une question universelle passionnante.

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Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
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