Retrouver les plateaux de Plus belle la vie après avoir exploré d’autres horizons : c’est le pari réussi de Pauline Bression. Dans cet entretien sans filtre, la comédienne évoque son retour surprise dans « Plus belle la vie, encore plus belle », l’évolution des tournages, la force de grandir avec son personnage et son équilibre épanouissant entre télévision, théâtre et unitaires.
FESTIVAL DE LA FICTION TV
Qu’est-ce qui a motivé ton envie de revenir dans Plus belle la vie, encore plus belle ?
En fait, mon envie s’est faite très naturellement. Je devais initialement revenir pour une seule arche narrative — le retour d’Emma depuis Paris pour se rapprocher de son fils. Mais cette première expérience de douze jours s’est tellement bien passée, l’ambiance était si chouette, que l’histoire s’est prolongée de manière fluide. Entre-temps, Baptiste est rentré d’Australie, les auteurs ont continué à écrire, et la question de savoir si je voulais « revenir ou non » ne s’est même plus posée de façon clivante.
Quand on a pris soin de faire des choix artistiques différents, d’aller vers le théâtre ou des unitaires, est-ce que se réimpliquer dans une quotidienne demande une vraie réflexion ?
Oui, parce que je sais ce qu’est le rythme d’une quotidienne. Mais pour être tout à fait honnête, le format a beaucoup changé depuis l’époque de France Télévisions. Les épisodes sont plus courts, les tournages sont moins étouffés, et les arches sont plus condensées. Cela change absolument tout. Et puis, au bout de 48 heures de réflexion, je me suis posée la vraie question : qui a la chance, le matin, de se lever en adorant son travail et ses collègues ? Si l’on se sent bien quelque part, c’est cela le principal, bien au-delà du regard des autres ou des préjugés sur les séries quotidiennes. D’autant que ce regard a évolué, il est devenu beaucoup moins virulent.
Justement, que réponds-tu à ceux qui qualifient encore parfois la quotidienne de « cheap » ?
Très honnêtement, quand on regarde les épisodes d’aujourd’hui, cela n’a plus rien à voir avec ce qui se faisait au tout début. Parfois, en passant d’autres castings, je me dis : « À quel moment critique-t-on encore Plus belle la vie ? » La série n’a absolument pas à rougir face à d’autres productions. C’est canon à faire, très valorisant et très intéressant, d’autant qu’il s’y passe tellement de choses.
C’est aussi l’occasion de grandir avec son personnage, ce qui est assez unique dans une carrière…
C’est complètement fou ! Quand je pense à nos débuts, comme cette arche ancienne où nos personnages, version Roméo et Juliette, décidaient de se suicider mutuellement parce que nos parents nous interdisaient de nous voir, et que le faux plafond auquel je me pendait s’était écroulé… On est passé de l’adolescence à des arches traversées par des motos ou des drames intenses. Grandir avec son personnage et ses partenaires, c’est un privilège rare dans ce métier. Qui d’autre peut se targuer d’avoir ça dans sa vie professionnelle ?
Comment perçois-tu l’évolution des intrigues et de la psychologie d’Emma aujourd’hui ?
Les intrigues sont plus ramassées et intenses, qu’il s’agisse de drames ou de problématiques liées au travail. J’ai d’ailleurs parfois des discussions avec les auteurs et la production quand je trouve qu’Emma est un peu trop dure ou « vache ». Ce qu’on aime chez elle, c’est que c’est une fonceuse, mais toujours traversée par de profondes fragilités. Après tant d’années à l’incarner, je me permets de dire ce que je pense pour veiller à conserver cette nuance et ramener un peu de douceur. Et je sais que le personnage marque les spectateurs : j’ai encore rencontré récemment une jeune femme qui m’a confié une lettre très touchante sur la façon dont le parcours d’Emma l’avait aidée pendant son adolescence. C’est ce genre de témoignage qui donne tout son sens à ce qu’on fait.

La redécouverte de la nouvelle place du Mistral a dû être un moment fort, non ?
Oui, c’est très émouvant. On a vécu la fin de la série historique comme une vraie fin, et il s’est passé beaucoup de choses entre-temps. Mais ce nouveau décor extérieur est incroyable, on a l’impression d’un vrai quartier où l’on aurait envie de vivre avec ses voisins… avec un peu moins de drames et de morts, certes !
Tu mentionnais tes projets en parallèle, notamment le théâtre…
Oui, je joue actuellement dans la pièce Le dernier cèdre du Liban, qui a d’ailleurs reçu trois nominations aux Molières. C’est un rôle magnifique à défendre. Pouvoir alterner une quotidienne, une série comme Camping Paradis et une pièce de théâtre saluée par la critique, c’est une immense chance. Cela prouve bien qu’en tant que comédiens, on fait notre métier avec la même exigence, peu importe le support.