Vous avez entendu son refrain dans « Monstre » sur Netflix. « Lizzie Borden took an axe… » raconte en quelques mots l’histoire du terrible double meurtre commis aux États-Unis à la fin du XIXe siècle. Une comptine presque joyeuse, devenue célèbre, qui présente pourtant Lizzie Borden comme une meurtrière… alors qu’elle a été acquittée. Mais d’où vient cette chanson aussi macabre qu’entêtante ?
Une comptine qui cache une histoire criminelle
À première vue, difficile d’imaginer que quelques paroles aussi simples puissent raconter une affaire aussi sanglante. Pourtant, aux États-Unis, le nom de Lizzie Borden est indissociable de cette étrange chanson.
En 1892, à Fall River, dans le Massachusetts, Andrew Borden et son épouse Abby sont retrouvés morts dans leur maison. Tous deux ont été frappés à coups de hachette. La fille d’Andrew, Lizzie Borden, devient rapidement la principale suspecte. L’affaire fait alors la Une des journaux américains. Le procès, en 1893, passionne le pays. Mais contre toute attente, le jury acquitte Lizzie. Elle ne sera donc jamais condamnée pour ces deux meurtres.
Et pourtant, une chanson va bientôt raconter une tout autre histoire.
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« Lizzie Borden took an axe… »
La version la plus connue de la comptine commence par ces mots :
« Lizzie Borden took an axe
And gave her mother forty whacks. »
La suite raconte que Lizzie aurait ensuite frappé son père quarante et une fois. Quelques secondes suffisent donc à résumer l’affaire : une femme, une hache, son père, sa belle-mère et des dizaines de coups. Sauf que la comptine ne raconte pas exactement ce qui s’est passé. Et c’est justement ce qui rend son histoire fascinante.
Des paroles qui ne correspondent pas aux faits
Premier problème : Abby Borden n’était pas la mère biologique de Lizzie, mais sa belle-mère.
Deuxième problème : les fameux « 40 coups » et « 41 coups » ne correspondent pas aux blessures relevées sur les victimes. Les décomptes historiques généralement retenus évoquent 19 coups pour Abby et 11 pour Andrew. La comptine a donc largement transformé la réalité.
Mais elle a surtout fait quelque chose de beaucoup plus puissant : elle a transformé une suspecte acquittée en coupable dans l’imaginaire collectif.
Une chanson apparue après le procès
L’origine exacte de la comptine reste mystérieuse. Personne ne peut aujourd’hui être désigné avec certitude comme son auteur. En revanche, des versions anciennes ont été retrouvées dans la presse dès 1894, soit quelques mois seulement après l’acquittement de Lizzie Borden. Et les paroles n’étaient alors pas exactement celles que nous connaissons.
Certaines versions parlaient de vingt coups, puis de vingt et un. Le célèbre « forty whacks » est donc apparu progressivement. La légende s’est construite après le fait divers.
La presse et la naissance d’une légende
Pour comprendre le succès de cette chanson, il faut se replacer dans l’Amérique de la fin du XIXe siècle.
L’affaire Borden possède tous les ingrédients d’un immense fait divers : une famille aisée, deux morts violentes, une jeune femme soupçonnée, des témoignages contradictoires et un procès spectaculaire. La presse s’en empare. Lizzie devient une célébrité. Et son nom finit par dépasser largement les limites de la salle d’audience. La comptine participe à cette transformation. Elle réduit une affaire complexe à une histoire extrêmement facile à retenir. Quelques mots plutôt que des centaines de pages de procès.
Pourquoi la chanson est-elle presque joyeuse ?
C’est sans doute ce qui la rend encore plus troublante. La comptine est associée à une mélodie populaire de l’époque, notamment « Ta-ra-ra Boom-de-ay ». Une musique légère, entraînante, presque festive. Le contraste avec l’histoire racontée est saisissant. On chante donc une histoire de double meurtre sur une mélodie qui n’a rien de particulièrement inquiétant. Et c’est probablement aussi ce qui a permis à la chanson de rester dans les mémoires.
Lizzie Borden a pourtant été acquittée
C’est le paradoxe central de toute l’histoire. Lizzie Borden n’a jamais été reconnue coupable des meurtres de son père et de sa belle-mère. Le jury l’a acquittée en 1893. Mais le verdict judiciaire n’a pas empêché la légende de prendre le dessus. Aujourd’hui encore, lorsqu’on évoque Lizzie Borden, beaucoup d’Américains pensent immédiatement à cette comptine. La chanson ne parle pas de soupçons. Elle ne parle pas d’un procès. Elle ne parle pas d’un acquittement. Elle raconte une histoire comme si elle était certaine.
Un « fait divers » devenu phénomène pop
Plus de 130 ans après les faits, l’affaire Lizzie Borden continue d’alimenter livres, documentaires, podcasts, films et séries. Mais avant même l’ère du true crime moderne, la comptine avait déjà accompli quelque chose d’assez extraordinaire : transformer une affaire judiciaire non résolue en véritable légende populaire. C’est peut-être ce qui explique sa longévité. Un meurtre fait divers peut disparaître des journaux. Un procès peut tomber dans l’oubli. Mais une chanson se transmet. Et celle de Lizzie Borden a traversé les générations.
Le verdict de la justice contre celui de la mémoire
C’est finalement tout le paradoxe de cette histoire. En 1893, un jury américain déclare Lizzie Borden non coupable. Quelques années plus tard, la culture populaire commence à raconter l’inverse. Et aujourd’hui encore, des générations d’Américains connaissent davantage la comptine que le verdict. Alors, Lizzie Borden était-elle réellement responsable des meurtres ? Plus de 130 ans après les faits, la question reste ouverte dans l’imaginaire collectif. Mais une chose, elle, ne fait aucun doute : la chanson est devenue plus célèbre que l’affaire elle-même.
Et derrière son refrain presque enfantin se cache l’un des plus célèbres mystères criminels de l’histoire américaine.