Avec la montée en puissance fulgurante de l’IA, de nombreuses questions se posent dans l’enseignement supérieur. Au centre desquelles on retrouve la place des professeurs. Comment aider et accompagner les jeunes dans leur apprentissage à l’heure où l’intelligence artificielle a une place de plus en plus importante ? C’est pour tenter d’apporter une réponse que nous ouvrons cette tribune à Laura Hassan, directrice générale d’EPITECH.
Une question bouleverse le monde de l’enseignement : à quoi sert encore un modèle pédagogique fondé sur la transmission descendante du savoir, dans un monde où les connaissances deviennent obsolètes à une vitesse folle ? Quand une IA peut restituer un contenu, expliquer une notion ou résoudre un problème standard en quelques secondes. L’irruption de l’intelligence artificielle générative dans le quotidien des étudiants n’a fait qu’accélérer cette remise en question.
C’est précisément sur ce constat que la méthode Epitech a été fondée il y a près de 30 ans. Et c’est cette pédagogie qui a permis de former 12 500 diplômés, installés aujourd’hui partout dans le monde. Une pédagogie reconnue, et une formation délivrant un diplôme visé par le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Refuser la posture du « sachant » chez ceux qui forment les experts en cybersécurité, intelligence artificielle, ingénierie logicielle, cloud, robotique…
Dès 1999, Epitech a fait un choix pédagogique à contre-courant : refuser la posture du professeur omniscient, au profit d’un accompagnement pédagogique exigeant, fondé sur la résolution de problèmes, le travail en équipe et l’autonomie progressive des étudiants.
Et l’humain au centre du modèle : individualisation, suivi humain, coaching, écoute active,…
Ce choix repose sur une conviction forte et structurante : « dans un monde technologique instable, rapide, le plus important n’est pas ce que l’on sait à un instant T, mais la capacité à apprendre, désapprendre et réapprendre en permanence.
Former des informaticiens, des ingénieurs, des experts du numérique aujourd’hui, ce n’est pas leur transmettre un stock figé de connaissances. C’est leur donner des méthodes, une rigueur intellectuelle, une capacité d’analyse et un rapport au problème qui leur permettront de rester pertinents tout au long de leur vie professionnelle. »

Une pédagogie encadrée, structurée et exigeante
Contrairement aux idées reçues, l’autonomie ne se construit pas dans l’improvisation. Le taux d’encadrement pédagogique dans les campus Epitech – 1 encadrant pour 20 étudiants sur 40 heures par semaine – est très supérieur à la moyenne observée dans l’enseignement supérieur. À Epitech, les étudiants évoluent dans un cadre structuré, avec des attendus clairs, des projets conçus par des professionnels, des jalons, des évaluations par compétences et un accompagnement quotidien assuré par des équipes pédagogiques expérimentées : coachs, experts, intervenants, mentors, accompagnateurs …
Le rôle de ces équipes n’est pas de « faire cours » au sens traditionnel du terme, à la craie sur le tableau : mais de coacher, challenger, orienter, corriger et faire progresser. C’est une posture exigeante, plus complexe que celle de l’enseignement magistral, mais infiniment plus proche des réalités de l’entreprise et de la recherche appliquée. En cinq ans, un étudiant du Programme Grande École réalise plus de 80 projets, souvent en équipe, aussi dans des contextes internationaux, en lien avec des partenaires industriels ou institutionnels. Cette intensité pédagogique est un choix assumé, on sait pourquoi on entre à Epitech.
L’IA comme révélateur, pas comme menace
L’intelligence artificielle ne rend pas ce modèle pédagogique obsolète. Elle le révèle, au contraire, comme la réponse face à la remise en question de la posture de l’enseignant.
À l’heure où les outils automatisent une partie croissante des tâches techniques, la valeur humaine se déplace vers la capacité à poser les bonnes questions, à comprendre un problème dans sa globalité, à faire des choix, à arbitrer, à travailler avec d’autres disciplines, à co-créer.
C’est pourquoi Epitech ne se contente pas d’enseigner l’IA comme une technologie (et c’est bien ce qu’elle enseigne, avec la cybersécurité, le cloud, l’ingénierie logicielle, la data, ou encore la robotique). Elle l’intègre comme un objet pédagogique, un sujet de réflexion, un outil parmi d’autres au service de l’apprentissage. Cette approche se traduit concrètement par des travaux de recherche, des projets étudiants, mais aussi par une implication active dans les débats publics. En témoigne la co-rédaction d’un baromètre européen sur l’intelligence artificielle, remis à la Ministre du numérique et de l’intelligence artificielle, ou encore les partenariats engagés avec des institutions nationales autour des enjeux de souveraineté numérique, d’éthique et de compétences.

Une école ancrée dans l’écosystème, pas hors-sol
Former autrement ne signifie pas former à côté du monde réel. Chaque année, Epitech organise des événements d’ampleur, à l’image de son Epitech Summit dédié à l’innovation technologique, qui réunit plusieurs centaines de conférenciers et des milliers de participants autour des grands enjeux du numérique.
L’école travaille étroitement avec des entreprises, des institutions publiques, des chercheurs, des entrepreneurs, pour confronter en permanence sa pédagogie aux usages et aux besoins du terrain. C’est cette porosité assumée avec l’écosystème qui garantit la pertinence du modèle dans la durée.

Former pour un monde qui n’est pas encore écrit
L’enseignement supérieur doit se réinventer. Les attentes des étudiants, des entreprises et de la société évoluent. Dans ce contexte, il serait illusoire de croire qu’un modèle unique puisse répondre à tous les besoins. Epitech assume : former des professionnels capables de s’adapter à un monde incertain, plutôt que de réciter des savoirs rapidement périmés. C’est une ligne pédagogique cohérente, éprouvée depuis près de trois décennies, et continuellement enrichie.
À l’heure où l’intelligence artificielle redéfinit les contours du savoir, la responsabilité des écoles n’est pas de rassurer à court terme, mais de préparer durablement.

Biographie : Laura Hassan
Laura Hassan est directrice générale d’EPITECH (à/c de 09/2024), après avoir dirigé plusieurs campus au sein du IONIS Education Group (à/c de 08/2018). Elle pilote aujourd’hui l’ensemble du réseau des 15 campus EPITECH en France et 6 campus internationaux, avec pour ambition de renforcer leur excellence académique, leur rayonnement national et international, et leur ancrage dans les enjeux économiques, technologiques et sociétaux. D’abord diplômée d’une licence de santé (santé visuelle et optométrie) de la Faculté d’Orsay en 2009, professeur certifiée en Sciences Industrielles de l’ingénieur (CAPET), elle se spécialise en ingénierie pédagogique (Master ACREDITE, Université de Cergy). Experte en transformation digitale et en stratégie d’enseignement supérieur, elle a construit sa carrière entre l’enseignement, la direction d’établissements, la recherche appliquée et le conseil en stratégie pour de grandes institutions publiques et privées. Engagée en faveur de la diversité, de l’inclusion et de la formation aux compétences numériques pour tous, elle est également chercheuse en sciences de gestion, thèse en sciences de gestion en cours : « Universités et Numérique. Politiques publiques et stratégies post-Covid. » (UPEC, laboratoire LIPHA). Elle est également lauréate de plusieurs distinctions en lien avec son engagement pour les femmes et a été nommée Femme de Tech par l’Académie des Technologies en février 2025.