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Affaire Lola – Touche pas à mon poste : le dérapage de trop ?

Alors que l’affaire Lola ne cesse de bouleverser les Français, Cyril Hanouna trouve une nouvelle fois le moyen de faire parler de lui. Et pas forcément en bien.

Comme souvent, les drames et les faits divers sont un révélateur des maux de notre société. L’affaire Lola bouleverse à juste titre les Françaises et les Français, qui veulent comprendre comment un tel drame a pu se produire. Et naturellement, certains en profitent pour surfer sur cette émotion et les réactions extrêmes qu’elles entraînent. Si on a beaucoup parlé de la récupération politique opérée par certains partis politique, on oublie de parler de la « récupération médiatique ». En la matière, Cyril Hanouna (et son émission Touche pas à mon poste) ne semble connaître aucune limite.

Celui qui vit par et pour le buzz, assumant que son émission traite de ce dont les gens parlent dans la journée sur les réseaux sociaux, vilipendent en permanence « les biens pensants, les donneurs de leçon » comme il les appelle qui choisissent de parler du buzz qu’il a lui-même provoqué afin qu’on parle de lui.

Première étape : au lendemain d’une émission consacrée à l’affaire Lola, Touche pas à mon poste enregistrait un record d’audience, l’équipe trouvait judicieux de fêter la chose avec danseuses brésiliennes et feux d’artifices. Les critiques légitimes faites à son encontre dans les médias lui permettent de se livrer à son sport favori : feuilletonner ces tensions, se poser en défenseur de la parole vraie du « peuple » et lâcher ses chroniqueurs contre ses concurrents, et contre les médias.
Deuxième étape : il profite de son émission et de l’écoute qu’il a auprès d’une jeune génération pour recommander « un procès rapide » pour la femme poursuivie pour le meurtre de Lola parce que « c’est ce que les gens veulent« , oubliant au passage que la Justice ne se règle pas comme on dirige son émission, en fonction des audiences que l’on reçoit tous les 1/4 heures.

«Pour moi c’est procès très rapide et perpétuité pour la personne qui a fait ça. Je suis désolé. Éric Dupond-Moretti a dit qu’on retournait au Moyen Âge, pour moi c’est leurs méthodes qui sont celles du Moyen-Âge»

Et là, nous ne sommes plus en face de quelqu’un qui veut faire rire son auditoire. On est face à un animateur qui réclame une justice expéditive et donc d’exception pour un crime. Il met donc à mal tout le système judiciaire français. Ce n’est pas la première fois que l’on assiste à un tel dérapage. Il est arrivé que, par la voix de certains chroniqueurs, on entende dans l’émission des plaidoyers en faveur de la peine capitale pour certains types de crimes. La démarche est la même et à chaque, on se cache derrière : « je m’en fous je dis ce que je pense« . Mais la télévision n’est pas un réceptacle pour entendre tout et n’importe quoi, pour donner la parole à n’importe qui. On vit dans un pays où la liberté d’expression est un bien précieux mais elle n’est pas totale car encadrée par la loi. Même si il n’y a rien de condamnable dans les propos cités ici, il n’en demeure pas moins qu’on ne peut pas se cacher derrière la liberté d’expression pour dire n’importe quoi à une heure de grande écoute.

Pourquoi tenir ces propos ?

« La télé c’est que de la télé ! » scande régulièrement l’animateur de C8, comme pour mieux justifier ce qui se passe chez lui. Mais la télé a un poids sur l’opinion. Elle fait et défait des idées. Ce qui se dit dans Touche pas à mon poste n’est pas que de la gaudriole, c’est plus fort et plus grave que ça.
Le vocabulaire employé – « la pensée unique », « les biens pensants », « les donneurs de leçon », … – sont des termes que l’on retrouve mot pour mot dans la bouche de Pascale Praud sur CNews, ajoutés à une dénonciation des « élites » (comme si un animateur signant un contrat de 250 millions d’euros sur 5 ans n’était pas lui-même dans cette élite qu’il dénonce). Si on y ajoute les critiques régulières contre les médias, ce n’est plus du hasard. Car ce n’est ni chez Hanouna, ni chez Praud qu’on les a entendu la première fois, mais dans la bouche de l’extrême-droite, comme Éric Zemmour, figure de proue durant des années de CNews. Rien n’est donc le fruit du hasard mais bien une volonté de faciliter une parole politique via des émissions de télévision qui la cache sous le vernis du divertissement, et c’est ce qui rend ces mots encore plus dangereux. Un dérapage peut-être accidentel, notamment dans le bain du direct. Ici ce n’est pas un dérapage puisque c’est répété et régulier.

Sur France Inter, Jean-Pierre Elkabach a déclaré à Léa Salamé : « J’avais discuté avec Vincent Bolloré, qui est un conquérant et un chef d’entreprise plutôt extraordinaire. Il m’avait dit : ‘Je ne veux pas voir l’extrême-droite arriver au pouvoir, même pour des questions économiques. Ni Zemmour, ni Marine Le Pen’« .
Qu’attend-il pour le prouver en régulant ce qui se dit sur ses antennes ?

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Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
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