Mercredi 13 juin 2018, 11:00 en Argentine, les députés commencent à arriver au Congrès. Ils rendront aujourd’hui leur décision concernant le droit à l’interruption volontaire de grossesse. VL a rencontré pour vous des femmes qui militent tous les jours pour ce droit.

Actuellement autorisé seulement en cas de viol, de danger pour la santé de la femme ou malformation du foetus, l’avortement est un droit pour lequel les Argentines se battent depuis des décennies. La victoire est désormais plus proche que jamais. Mais dans un pays profondément catholique, le débat a divisé la société bien que 62% y soit favorable. Ainsi, des milliers de femmes manifestent depuis des mois devant le congrès argentin. Elles arborent un petit foulard vert qui les représente où est inscrit leur devise « Education sexuelle pour décider, contraceptifs pour ne pas avorter, avortement légal pour ne pas mourir ».

500 000, c’est le nombre de femmes qui avortent chaque année en Argentine. Mais pas sans risque.
Valentina, âgée de 19 ans nous explique : « Actuellement ce sont des centaines de femmes qui meurent chaque année à cause d’avortements mal pratiqués dans des endroits complètement insalubres, par des pseudo-professionnels qui savent à peine ce qu’ils font. Un avortement dans une clinique clandestine revient à près 30.000 pesos [à peu près 1000 euros, une somme énorme en Argentine, NDLR] et cette quantité d’argent ne garantit même pas un médecin spécialisé ou une chambre décente dans un hôpital. D’un autre côté, celles qui viennent d’une classe sociale moins élevée doivent se résoudre aux méthodes maison qui sont très dangereuses, peu effectives et la seule chose qu’elles causent sont de sérieux problèmes de santé pour la femme. » Ainsi, on constate que la prohibition de l’avortement n’a jamais empêché l’avortement, il a simplement interdit aux pauvres de le pratiquer sans risquer leurs vies.

« Les femmes doivent récupérer une totale souveraineté sur leur corps, en Argentine, comme en France et partout dans le monde. »

Les députés sont cependant très divisés, et les votes très serrés, le quart d’indécis fera donc pencher la balance de façon décisive. Les argentines sont néanmoins confiantes « Je pense que le projet sera approuvé. Tout y est pour que l’avortement soit enfin légalisé. L’argumentation, l’apport de matériel scientifique, les réalités qui ont été mises en lumière ont permis de voir que l’avortement clandestin a tué et tue des femmes et transsexuels tous les jours. S’il n’est pas approuvé c’est parce qu’ils n’ont pas été objectifs ou que les menaces du secteur religieux ont été plus fortes. » analyse Desiré, influenceuse féministe de 22 ans.

L’influence du secteur religieux est omniprésente dans le débat mais la jeunesse est beaucoup moins influencée par celui-ci à l’heure actuelle, ce qui peut amener à faire bouger les choses plus facilement. Irina, 14 ans a compris dans quel monde elle souhaite grandir et s’interroge : « Comment se fait-il que mon utérus soit à moi mais que ce soit un juge, un curé et un psychologue qui décident de mon avortement ? »
Les blocages dans les facs témoignent aussi dans l’intérêt des jeunes pour ce combat. Entre autres, une courte vidéo où un professeur, voyant une de ces élèves avec un foulard vert au poignet, retorque « ceci est un collège catholique » est rapidement devenue virale sur Internet. Cela prouve que la société argentine n’est pas encore prête à accepter et respecter l’opinion de tous et même si l’IVG est légalisé, les féministes auront beaucoup de travail devant elles pour faire changer les mentalités.

Dans le cas où le projet de loi ne serait pas approuvé aujourd’hui, toutes ces femmes ont exprimé à VL qu’elles continueraient de manifester et lutter sans relâche, le gouvernement argentin et la société argentine n’auront donc bientôt plus le choix.