D’un côté une ville de 3,5 millions d’habitants, de l’autre une plateforme de location entre particuliers d’une valeur de 31 milliard de dollars. Berlin et Airbnb se livrent depuis maintenant un an une bataille acharnée.

En mai 2016, Berlin était une des premières villes à riposter au danger Airbnb en mettant en place une loi qui interdit la location d’appartement à des touristes sans autorisation. L’agence réplique aujourd’hui en lançant en exclusivité son nouveau service : « Trips », qui permet aux touristes de vivre Berlin comme un Berlinois. Comment Airbnb a-t-il transformé la capitale allemande ? La compagnie a-t-elle réellement fait flamber les prix de l’immobilier ? Quels effets a eu l’interdiction instaurée par Berlin sur les locations ? Revenons ensemble sur cet affrontement avant tout économique.

Les raisons d’un durcissement de la loi contre les locations illégales à Berlin

Avec plus de 12 millions de visiteurs en 2016, Berlin peut se targuer d’être devenue une capitale touristique. Pourtant, ce boom rencontre un succès mitigé. De nombreux Berlinois accusent ce tourisme excessif de faire flamber les prix de l’immobilier. Car, en passant par des sites de location entre particuliers, les touristes délaissent les hôtels et favorisent les locations à courte durée d’appartements, encourageant ainsi la crise du logement dans la capitale allemande.

Avec 17 000 appartements disponibles sur Airbnb, la mairie a réagi en mai 2016 avec une loi : « Zweckenentfremdungsverbot », ou « interdiction d’utilisation incorrecte ». Cette loi interdit la sous-location à des touristes sans autorisation des mairies d’arrondissement, sous peine d’une amende pouvant aller jusqu’à 100 000 euros. Le souhait de la coalition SPD-CDU à l’origine de cette initiative ? Endiguer la hausse des loyers en forçant les propriétaires à remettre leurs biens sur le marché de la location à longue durée.

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Les effets de la loi sur Airbnb

Cette loi, qui a fait couler beaucoup d’encre, a rencontré un succès mitigé. Airbnb a vu en mai 2016 une baisse significative des offres de locations sur son site. Cela a profité aux alternatives de locations de vacances légales sur des sites comme Holidu. En effet, ces différentes mesures n’ont pas nui aux professionnels de l’activité, et ce moteur de recherche a pris le parti de référencer les offres présentes sur des centaines de sites internet. Pour les autres, il faut toujours demander l’autorisation à la mairie. Seuls 58 appartements ont reçu une autorisation, 800 ont été refusées. La ville se montre particulièrement virulente face aux personnes qui louent par intérêt économique. Des contrôleurs vérifient le respect de la loi et un site internet permet de dénoncer son voisin pour sous-location illégale.

Pourtant, de nouveaux chiffres démontrent qu’Airbnb n’a jamais été aussi prisé, malgré les risques. Le site a connu une croissance de 68 % en 2016, le prix d’une nuitée étant de 30 euros moins cher que dans un hôtel. Les Berlinois ont trouvé la faille de cette loi : pour ne pas se retrouver hors-la-loi, il suffit de ne louer qu’une pièce ou moins de la moitié de son habitation.

« Trips » : la revanche d’Airbnb ?

Forte de son succès, Airbnb lance un nouveau concept, « Trips ». Dès mai 2017, il sera possible pour les touristes de booker, en même temps qu’un appartement, des « expériences ». C’est-à-dire des sorties locales, organisées par les hôtes, qui sortent de l’ordinaire afin de s’immerger dans la capitale. Airbnb vise ici un public jeune et dynamique, en promouvant par exemple une sortie au Berghain, célèbre club de Berlin, avec des locaux. Le but est de vivre la ville non pas comme un touriste, mais comme un Berlinois.

Le site devient ainsi une plateforme de voyage à part entière, se plaçant en concurrence avec les agences de voyage, les hôteliers et les guides touristiques. Le projet, déjà lancé dans 13 villes, permettrait selon le co-fondateur d’Airbnb, Nathan Blecharczyk, de vivre des expériences uniques tout en rencontrant des gens intéressants, à condition de payer. La victoire est clairement du côté du géant californien qui, malgré les oppositions de la ville, a réussi à étendre son influence sur le marché touristique berlinois.