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Brexit : Vers la fin d’un divorce difficile

Les urnes ont une nouvelle fois parlé. En confirmant Boris Johnson au poste de Premier ministre lors des élections législatives anticipées le 12 décembre, les britanniques ont fait le choix d’une sortie rapide de leur pays de l’Union Européenne, avant le 31 janvier prochain. Ce vendredi 20 décembre, les députés ont approuvé le projet de loi traduisant dans la loi l’accord de divorce négocié avec Bruxelles. Après trois années de crise suite au référendum de 2016, le Brexit est enfin lancé. Quels en sont les nouveaux enjeux ? Éléments de réponse.

Un Brexit plus « doux » que prévu ?

Les électeurs britanniques semblent avoir donné les clefs à un homme qui cultivait un flou largement réfléchi sur les relations qu’il entend entretenir avec le continent. Un choix justifié par un peuple émoussé après quarante-deux mois de débats et deux campagnes électorales. Accord brut de libre-échange ? Fermeture des frontières ? Voyons de plus près.

Le contenu de l’accord entre Boris Johnson et l’Union européenne ne diffère que très peu du projet de Theresa May, l’ancienne Premier ministre. Sauf que cette fois, il est approuvé. Les grandes lignes de ce traité de 535 pages prévoient une période de transition allant jusqu’au 31 décembre 2020. Les règles européennes s’appliqueront toujours, et la Grande-Bretagne, si elle ne pourra ni décider ni siéger au sein des instances de l’Union, profitera des fonds européens et participera financièrement comme il est de mise actuellement. Cette période n’est pas définitive et pourra éventuellement se prolonger jusqu’en 2022. Un divorce progressif, tout en douceur.

Le programme législatif de Boris Johnson, Premier ministre confirmé, prononcé par la reine d’Angleterre.

De plus, quant à la question très épineuse de la libre circulation des personnes, un compromis a été trouvé : les européens travaillant, étudiant et percevant des aides du Royaume-Uni pourront continuer leurs activités. Réciproquement, la situation reste inchangée pour les 1,2 millions de britanniques actuellement en Europe.

Toutefois, le cas de l’Irlande du Nord pose toujours de nombreux problèmes. L’espace nord-irlandais reste sur le territoire douanier de l’Union européenne, et cette-dernière craint un retour à la frontière physique d’il y a 30 ans entre l’Irlande du Nord et l’État d’Irlande. Un certain nombre de règles ont été proposées de la part de l’Union afin de créer, certes, une frontière, mais la moins visible possible. Les produits importés en Irlande du Nord seront soumis aux droits de douane britanniques. A contrario, les produits exportés (provenant d’Irlande du Nord) en Union européenne seront soumis aux droits de l’UE. Les contrôles se feront entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne et non entre l’Irlande et l’Irlande du Nord. La TVA sur les marchandises continuent de s’appliquer en Irlande du Nord. Cependant, la législation sur le long-terme sera soumis au Parlement nord-irlandais.

Le défi de la relation future.

Le principal enjeu reste le cadre défini entre l’UE et le Royaume-Uni. Et sur ce point : des promesses de deux parties. Un accord commercial doit être trouvé (encore faut-il qu’il le soit dans les délais impartis) entre ces deux « futurs ex » partenaires. Les négociations ouvrent actuellement la voie à une situation qui se rapprocherait près de la situation actuelle de libre-échange ; Boris Johnson utilisant largement le modèle l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union Européenne. Mais en fermant la possibilité d’un retour au marché unique, les dirigeants européens craignent cependant une concurrence déloyale. L’Europe veut donc s’assurer des garanties pour ne pas qu’une situation similaire à celle entre Hong-Kong et la Chine se dessine outre-Manche.

En plus de cela, un partenariat de sécurité et de défense doit être repensé. Mais en vérité, il y a de forts risques à ce que rien ne change dans la pratique. Le Royaume-Uni, dans sa politique de lutte contre le terrorisme, souhaite rester intégré – ou du moins travailler en coopération – au Système d’information Schengen, Europol en même temps qu’aux processus de mandat d’arrêt européen tout en participant aux potentielles opérations de défense et contribuant au Fonds européen de défense. Un Brexit symbolique ?

La défaite d’une certaine idée de la gauche.

Le Labour a réalisé son pire score depuis 1935, et certainement, pour eux, au pire des moments. L’opposition s’est effondrée devant la confirmation du choix du peuple britannique et Jeremy Corbyn n’a pas réussi à convaincre. Faute à son ambiguïté sur le Brexit, prônant un nouveau référendum sans lui-même prendre position ? Certainement. Programme économique trop à gauche ? Renationalisation du rail, de l’énergie, de l’eau et investissements considérables dans les services publics n’ont pas converti les anglais à l’idée travailliste. Le Labour a perdu des fiefs qu’il tenait depuis des dizaines d’années. Tout un symbole.

Jeremy Corbyn face à Boris Johnson lors d’un débat sur le plateau de la BBC.

Le Brexit Party autant que les libéraux-démocrates ont fait des scores décevants. Ces élections n’ont pas bousculé le bipartisme, toujours de mise, mais ont bien affirmé la volonté des britanniques : celui du Brexit, en dehors de toutes représentations politiques et de toutes figures. Jeremy Corbyn se défend pourtant d’avoir gagné le débat « sur l’austérité, les inégalités et l’urgence climatique », signe que la gauche se nie encore. La bataille culturelle s’est déplacée.

Le Brexit oui, mais après ?

Une majorité d’économistes sont d’accord : les possibles conséquences de la sortie de l’Union font tâche. La grande question de la croissance a été posée et un recul de l’économie britannique (notamment à travers la diminution des exportations) serait observable à court comme à moyen terme. En terme d’emploi, il serait trop ambitieux d’affirmer un bilan prévisionnel. Mais il est à noter que certaines usines (étrangères sur le sol britannique) cessent déjà leurs activités. Selon une étude d’EY, l’un des plus importants cabinets d’audit financier et de conseil au monde, près de 63% des banques et sociétés de courtage envisagent ou ont relocalisé une partie de leurs opérations hors du Royaume-Uni.

Brexit : Est-ce que ça en vaut la peine ? (AFP)

Néanmoins, ce premier vote du 20 décembre n’est qu’une étape préliminaire. Le texte fera l’objet, début 2020, de débats davantage détaillés au sein du Parlement et d’une ratification du Parlement européen d’ici le 31 janvier. Des négociations éclairs pour une sortie qui semble être presque précipitée malgré trois années de patinage. Cependant, la sortie du Royaume-Uni sans accord serait une catastrophe : rétablissement brutal des frontières, retour des contrôles douaniers, hausse importante du chômage et baisse importante du PIB (source : rapports du gouvernement britannique et de la Banque centrale anglaise). Le mois de janvier sera donc décisif pour les britanniques.

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