La série espagnole La casa de papel rencontre un grand succès en Turquie, mais s’attire les foudres des proches du président Erdogan.

Sous la conduite d’un homme surnommé Le Professeur, un groupe de braqueurs disparates qui se font appeler du nom de diverses métropoles du monde (Berlin, Tokyo, Rio, etc.) prend d’assaut la fabrique de la monnaie à Madrid, retenant en otage tous ceux qui s’y trouvent. Vêtus de combinaisons rouges et arborant le masque des Anonymous, ils comptent imprimer des millions d’euros et s’enfuir avec le butin.  C’est l’histoire de La casa de papel, série espagnole diffusée par Netflix et succès surprise de ces derniers mois, qui a conquis les spectateurs du monde entier.

C’est notamment le cas en Turquie, où Netflix a lancé la seconde partie de la première saison avec une campagne promotionnelle nationale : plusieurs annonces montrent des acteurs habillés et masqués comme les personnages, défilant dans les rues d’Istanbul au son de Bella Ciao, hymne révolutionnaire emblématique de la série. Ce qui n’a pas plu du tout à certains partisans du président Recep Tayyip Erdogan.

Le chef de l’état et le gouvernement se sont abstenus de toute réaction, mais Ömer Turan,  présentateur de la chaîne pro-gouvernementale AkitTV, a par exemple écrit sur Twitter: « De la musique aux slogans, des costumes aux décors, chaque image comprend des messages subliminaux. » Pour l’animateur, La Casa de Papel tente de pousser les jeunes Turcs à « l’assassinat politique, au terrorisme et au coup d’état militaire », et à ce qu’il qualifie de« second Gezi » – nom donné à la révolte de 2013 contre le gouvernement, et derrière laquelle les partisans du président voient une conspiration ourdie par les grandes puissances.

L’ancien maire d’Ankara Melih Gökçek en appelle même à « l’intervention de la police et des services secrets », La Casa de Papel représentant selon lui « un dangereux symbole de rébellion».  La bande-annonce inciterait même au meurtre d’Ali Koç, l’un des hommes d’affaires les plus importants du pays.

L’information pourrait paraître anecdotique – à ceci près qu’en Turquie, plusieurs journalistes sont actuellement emprisonnés pour avoir « lancé des messages subliminaux » contre le pouvoir (sic). En outre, la controverse survient alors que le Parlement vient d’accorder au Conseil de radiotélévision des pouvoirs étendus, l’autorisant à réglementer le contenu des plate-formes numériques qui, jusqu’ici, échappaient à la censure. Si le contenu de La Casa de Papel était jugé politique par les autorités, Netflix pourrait être contrainte de supprimer la série en Turquie ou se voir bloquée par les fournisseurs d’accès Internet –  comme Wikipedia récemment… Affaire à suivre.