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Ce soir Cash Investigation écreme les géants du lait avec de nouvelles révélations!

Ce soir, Cash Investigation révèle les coulisses du fonctionnement de l’industrie laitière qui connait une crise sans précédent avec le scandale sanitaire du lait en poudre contaminé de Lactalis depuis décembre. Un scandale qui n’a fait que confirmer la grande opacité dans la communication des géants du secteur, plus enclin à abreuver les consommateurs par des publicités bucoliques qu’à répondre aux questions des journalistes sur la profonde crise du prix du lait. Jean-Baptiste Renaud a enquêté plus d’un an pour Cash Investigation et les résultats de son enquête sont édifiants !

Retour sur le scandale des salmonelles et du non retrait des produits contaminés

Mis sur le devant de la scène médiatique à son plus grand désarroi, Emmanuel Besnier, Président de Lactalis, leader mondial des produits laitiers, a été contraint de sortir du silence assourdissant résultant de la politique de communication de son groupe avec le scandale du lait en poudre contaminé à la salmonelle. Lui qui est la 8ème fortune de France selon le classement des grandes fortunes de Forbes, n’a jamais accordé la moindre interview alors que le secteur laitier est depuis des années à l’agonie. Et pourtant le 14 janvier 2018, tiraillé de toute parts entre ministres et notamment Bruno Le Maire, Ministre de l’économie qui a été l’un des premiers à pointer du doigt la gestion de la crise par Lactalis “L’Etat s’est subtitué à une entreprise défaillante” tonne t-il, seule solution pour défendre l’image du groupe, sortir -enfin- du silence. C’est chose faite avec une interview accordée au Journal du dimanche daté du 14 janvier.

Les marques de l'empire Lactalis ©Lactalis

Les marques de l’empire Lactalis ©Lactalis

Dans cette interview, pas de surprise ni de mea culpa, Emmanuel Besnier affirme qu’il “se concentre sur ses responsabilités” et que son groupe “indemnisera toutes les familles qui ont subi un préjudice” . L’origine pourtant de la contamination à la salmonelle reste à déterminer. Il s’agirait peut-être de travaux effectués dans l’usine de Craon au premier semestre 2017, une usine déjà touchée par une contamination analogue en 2006 alors que l’usine appartenait à Celia. Toutefois des salmonelles ont été détectés en août et en novembre 2017 dans “l’environnement” de la tour de production, les procédures de sécurité ont été respectées se défend Lactalis, affirmant qu’aucune preuve de contamination aux produits n’existait. Jusqu’au signalement de la Direction générale de la santé de 20 cas de salmonellose chez des bébés.

Emmanuel Besnier sort du silence dans cet interview accordée au Journal du Dimanche le 14 janvier 2018 ©JournalduDimanche

Emmanuel Besnier sort du silence dans cette interview accordée au Journal du Dimanche le 14 janvier 2018 ©JournalduDimanche

Un plan de retrait des produits est mis en place, mais là aussi, le ministère de la Santé n’a pas apprécié l’absence de volontarisme du groupe laitier dans la détermination des lots à rappeler. Une procédure d’autant plus fragilisée que les distributeurs (grandes surfaces, pharmacies et commerces d’alimentations indépendants) ont eux aussi, soit par négligence, soit volontairement, pas retirés dans les meilleurs délais les lots de produits en question.

Un marché du lait à l’agonie depuis 2015

Depuis la fin des quotas sur la production du lait dans l’Union européenne le 1er avril 2015, le secteur laitier connait la crise avec les agriculteurs sur la ligne de front. Ces derniers n’arrivent tout simplement pas à gagner de l’argent avec des prix du lait pour 1000 litres inférieurs aux coûts de production. Ainsi pour 1000 litres de lait, le coût de production pour l’agriculteur français est de 340 euros, pourtant les groupes laitiers comme Lactalis ou les coopératives comme Sodiaal ne payent qu’entre 270 à 280 euros. Autant de travail pour vendre à perte, une réalité que connaissent les agriculteurs depuis ces dernières années.

Pourtant, ce n’est pas forcément la crise pour tout le monde. C’est ce que les équipes de Cash Investigation et d’Elise Lucet ont cherché à démontrer. Mais au cours de leur enquête, ils ont vite compris que la transparence et la communication n’est décidément pas un point fort du secteur. Dans un secteur de la transformation du lait dominé par quelques acteurs puissants, le rapport de force entre producteurs et transformateurs tourne à des scènes du Parrain. Les “négociations” sont bien souvent unilatérales, le transformateur fait signer un contrat avec le producteur et lui dit 30 jours plus tard ce qu’il en est du prix. Si l’agriculteur n’est pas satisfait ou qu’il s’en plaint dans les médias, il reçoit un courrier lui indiquant la fin de collaboration. Ambiance.

 

La culte du secret chez Lactalis

Lactalis, ce champion français du lait est aussi puissant que secret. Champion de la communication quand il s’agit de vanter ses produits avec des publicités pour le moins équivoque, quand il s’agit de parler argent, plus personne à l’horizon pour parler de la santé financière du groupe. Le groupe ne publie pas ses comptes alors que la loi Sapin 2 le lui oblige! Une situation assez ubuesque que le reportage fait ressortir, l’amende encourue pour l’absence de publication des comptes annuels est de 2% du chiffre d’affaires en France. Seul problème, comme on ne connait pas celui-ci, on ne peut pas définir de montant à l’amende encourue! ( NDLR: Lactalis communique uniquement sur son chiffre d’affaire mondial qui atteint 17,3 milliards d’euros en 2016.)

De l’opacité au conflit d’intérêt : une tendance de fond dans le secteur

L’opacité de Lactalis atteint un tout autre niveau quand l’on s’intéresse à l’influence du groupe à Laval. Coïncidence ou pas, Elise Lucet et ses équipes découvre que le Vice-Président du tribunal de commerce de Laval, Michel Peslier, est aussi un haut cadre au sein du groupe Lactalis. L’équipe de Cash n’est pas au bout de ses surprises!

Culte du secret, silence généralisé chez les quelques 12.700 agriculteurs avec qui collabore Lactalis, Cash Investigation met aussi en lumière les pratiques de la coopérative Sodiaal, une coopérative qui a pris du galon avec notamment des marques phares comme Yoplait! mais dont la transparence est là aussi au sujet de nombreux débats chez les agriculteurs.

En les poussant dans une course à la surproduction, grâce à des investissements lourds dans les infrastructures afin de produire toujours plus, les agriculteurs de la coopérative Sodiaal sont dans une spirale infernale, celle du surendettement. Une situation dont la coopérative n’est pas exempt de tout reproche, en définissant des prix A (production limitée à un volume de lait déterminé) et prix B (excédent de production), les agriculteurs ont été incité à produire plus avec la promesse de pouvoir écouler leur production excédentaire au prix B. Seul problème, avec un prix B qui a longtemps flirté sous les 200€ les 1000 litres, les agriculteurs n’ont fait qu’accentuer leurs pertes. Des pertes pour les agriculteurs que la coopérative, avec une gestion très financiarisée, n’a pas aidé, tout en accentuant un trésor de guerre qui a atteint 526 millions d’euros en 2015 avec des comptes de report à nouveau.

On rappellera comme le souligne Jean-Baptiste Renaud, auteur de l’enquête, qu'”en France, 10.000 agriculteurs laitiers ont fermé leur exploitation en 2016″, soit prés d’1 sur 6 et que c’est l’une des professions les plus sujettes au suicide…

 

Cash Investigation, Produits laitiers: où va l’argent du beurre?

Une enquête réalisée par Jean-Baptiste Renaud, produite par Première Lignes

Mardi 16 janvier 21h sur France 2

 

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Directeur de la rédaction VL Media
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