Plus d’un Wallon sur trois a dépensé de l’argent dans un jeu de hasard au cours des douze derniers mois. À Bruxelles, ils sont moins d’un sur quatre. L’écart ressort de l’enquête de santé 2023-2024 de Sciensano, et il surprend ceux qui imaginent la Belgique comme un bloc uniforme devant son écran. Avant de parler classements, plateformes ou taux de retour, un petit détour par les chiffres s’impose : qui joue, où, et à quelle fréquence ?
Wallonie en tête, Bruxelles en retrait
Le travail de l’institut public de santé, publié en juillet 2025, interroge la population de 15 ans et plus sur ses habitudes de jeu : loterie, paris, poker, machines à sous, casino, en ligne comme hors ligne. Au niveau national, 31,9 % des répondants déclarent avoir misé de l’argent au moins une fois sur l’année écoulée, et 8,0 % jouent chaque semaine.
Derrière la moyenne, les trois Régions se distinguent nettement. La Wallonie compte 35,2 % de joueurs actifs, la Flandre 31,4 % et la Région de Bruxelles-Capitale 23,6 %. Sur le rythme hebdomadaire, le contraste est encore plus marqué : 10,5 % en Wallonie, contre 7,2 % en Flandre et 5,5 % à Bruxelles. Les auteurs ont vérifié que l’origine des parents ne suffisait pas à expliquer le retard bruxellois. L’écart tient donc à autre chose, que l’enquête ne tranche pas.
Un détail rarement relevé : en Wallonie, la proportion de joueurs actifs a grimpé de 30,9 % en 2018 à 35,2 % dans la dernière édition, alors qu’elle est restée stable en Flandre (31,5 % puis 31,4 %) et qu’elle a un peu reculé à Bruxelles (25,7 % puis 23,6 %). Les loteries restent la porte d’entrée dominante, avec 29,5 % de la population concernée.
Le virage numérique, sauf à Bruxelles
C’est sur le canal de jeu que l’enquête raconte l’histoire la plus nette. Les jeux de hasard en ligne ont presque doublé depuis 2018 : 14,8 % de la population y a recours, contre 7,9 % en 2018. Les jeux hors ligne, en magasin, au café ou dans une salle physique, restent plus répandus (27,1 %), mais ils stagnent. Ce basculement se lit jusque dans les requêtes : une recherche comme meilleur casino en ligne Belgique est devenue un réflexe pour s’y retrouver, mais les classements qu’elle renvoie décrivent des plateformes, pas des joueurs.
La carte régionale est contrastée. En Flandre, la part de joueurs en ligne passe de 8,5 % à 15,5 %. En Wallonie, elle bondit de 7,4 % à 15,1 %, soit un doublement. À Bruxelles, elle reste à 8,3 % (6,2 % en 2018), une évolution que les statisticiens jugent trop faible pour être significative.
La question de l’âge change aussi la lecture. Les 25 à 34 ans sont les plus nombreux à jouer en ligne (20,2 %), alors que les 45 à 54 ans dominent le jeu hors ligne (37,4 %). En Wallonie, ce sont les 25 à 54 ans qui tirent la courbe, avec des taux de 20,6 % à 22,8 %, tandis que les moins de 25 ans restent à 5,6 %. En Flandre, la tranche active s’étend jusqu’à 64 ans. Chez les joueurs actifs, 51,1 % ne jouent qu’hors ligne, 11,1 % uniquement en ligne et 37,8 % combinent les deux.
Ce qu’un classement raconte, et ce qu’il laisse de côté
Le réflexe est connu : on tape une requête dans un moteur de recherche et on tombe sur un tableau. Ces listes classent les plateformes selon leur taux de redistribution théorique, ce fameux RTP qui indique la part des mises reversée en moyenne sur un très grand nombre de parties. L’indicateur a son utilité, mais il décrit une probabilité statistique, jamais le résultat d’une soirée. Deux plateformes affichant le même taux peuvent offrir des expériences très différentes selon la volatilité de leurs jeux.
L’enquête de Sciensano ne s’intéresse d’ailleurs à aucun site en particulier. Elle pose une autre question, plus utile pour le lecteur : quelle place le jeu occupe-t-il dans la vie des gens ? Un tableau de pourcentages se lit donc mieux avec le contexte d’une Région, d’un âge et d’une fréquence de jeu en tête. Un point de cadre mérite d’être rappelé. Depuis le 1er septembre 2024, l’âge minimum pour la plupart des jeux de hasard est passé de 18 à 21 ans en Belgique, à l’exception de quelques jeux de loterie. Les bonus de bienvenue, eux, sont interdits depuis 2020. L’enquête interroge pourtant les personnes dès 15 ans, ce qui permet de mesurer ce que les règles ne voient pas : certains jeunes de 15 à 20 ans déclarent bel et bien jouer.
Quand le jeu devient un risque
Le volet sur les risques est le plus sensible. Sciensano utilise une version courte du questionnaire PGSI, un outil de dépistage reconnu. Résultat : 2,6 % de la population de 15 ans et plus présente un risque de jeu problématique, dont 0,6 % un risque élevé. Rapporté aux seuls joueurs de l’année écoulée, le chiffre grimpe à 7,7 %. Les hommes sont davantage concernés (3,7 %) que les femmes (1,5 %), et les 15 à 24 ans (4,5 %) davantage que les plus de 55 ans (environ 1,2 %).
Sur le plan géographique, la Wallonie affiche 3,6 % de personnes à risque, contre 2,1 % en Flandre et 1,9 % à Bruxelles. L’écart paraît net, mais les auteurs précisent qu’il n’est pas statistiquement significatif : prudence, donc, avant d’en faire un palmarès régional. Il reste un signal à suivre dans les prochaines éditions de l’enquête. Sur un sujet voisin, le décryptage du Rapport mondial sur le bonheur publié sur VL Média rappelait qu’une grande enquête mesure d’abord ce que les gens déclarent d’eux-mêmes. Le principe vaut ici aussi : les réponses sur le jeu sont autodéclarées, et les montants réellement dépensés peuvent être sous-estimés.
Ce que ces chiffres changent à la lecture
Le jeu en ligne a presque doublé depuis 2018, la Wallonie compte la plus forte proportion de joueurs réguliers du pays et Bruxelles reste en marge du mouvement. Pour un lecteur de Namur, de Liège ou de Charleroi, la moyenne nationale cache donc une réalité locale plus intense, quand celle d’un Bruxellois se situe nettement en dessous. Quant aux classements publiés en ligne, ils décrivent des plateformes, pas des joueurs : pour savoir qui joue, à quel âge et avec quelle fréquence, il faut retourner aux enquêtes de terrain, et attendre la prochaine édition de celle de Sciensano pour voir si la tendance se confirme.