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Cécilia Hornus : « Plus belle la vie est un feuilleton ancré au cœur de la société française »

Figure incontournable de la série culte, Cécilia Hornus (alias Blanche) s’est confiée à notre micro. Entre l’évolution de son personnage, les sujets de société forts abordés à l’écran, son parcours théâtral et son attachement indéfectible au public, l’actrice revient sur plus de vingt ans d’aventures artistiques.

Comment vivez-vous ces moments de rencontre avec le public, notamment lors de festivals comme celui de La Rochelle ?

C’est toujours un plaisir immense. La ville devient un espace de croisement idéal entre les professionnels et le public. Lors de notre photocall et de notre séance de dédicaces sur le port, c’était génial. Voir ce public toujours au rendez-vous, qui suit nos aventures – parfois depuis trois ans depuis que La Vie est Encore Plus Belle est arrivée sur TF1, ou parfois depuis le tout début, il y a plus de 20 ans –, c’est fou.

Vous êtes l’une des figures emblématiques de la série aux côtés d’autres tauliers comme Anne ou Laurent. Comment le parcours de votre personnage, Blanche, a-t-il évolué avec le temps ?

Mon personnage a avancé dans la vie avec le feuilleton. Comme elle est ancrée dans la société et qu’elle est une femme d’aujourd’hui, elle porte forcément beaucoup de sujets sociétaux. Les gens sont attachés à cette évolution, mais aussi aux thématiques fortes qu’elle a défendues, qu’il s’agisse du suicide assisté, des biais racistes, et de tant d’autres choses. C’est vraiment au cœur de la société française et de l’ADN de la série. Il y a eu ses enfants qui ont marqué le show, ses histoires d’amour, et désormais ce nouveau compagnonnage avec Luna aux Pavillons des Fleurs.

L’une des arches narratives les plus marquantes récemment a été celle du suicide assisté avec le personnage de David Brécourt. Comment avez-vous abordé ce tournage si particulier ?

C’était difficile. J’ai regardé des interviews de personnes concernées, notamment un témoignage fort passé sur France 5. Pour accéder à cette démarche, il faut être encore suffisamment en forme mentalement et physiquement, tout en sachant qu’à court terme, cela ne sera plus possible. C’est un acte en pleine conscience, un renoncement d’une puissance vertigineuse. Ce n’était pas évident à jouer. Ce qui était bien, c’est que le personnage de Vanessa Kepler cheminait en parallèle avec nous, et nous nous sommes retrouvés tous les trois dans cette chambre suisse pour le voir partir.

Traiter de thèmes aussi délicats à 14h sur une grande chaîne comme TF1, est-ce la grande force de ce format quotidien ?

Ah oui, c’est la force du feuilleton de parler de tous les sujets ! Cela fait débat, chacun a le droit de penser ce que bon lui semble sur des thèmes délicats comme l’avortement ou le suicide assisté, ou sur des opinions politiques. Nous essayons vraiment d’ouvrir le débat le plus possible. C’est aussi pour cela que les gens aiment ce feuilleton : il y a de la romance, du policier, mais il y a aussi cette réflexion qui fait partie de leur quotidien.

Blanche est souvent au cœur des débats et des opinions tranchées au sein du Mistral. Avec l’approche d’une année électorale, la série pourrait-elle devenir un réceptacle de ces questionnements politiques ?

Je ne sais pas en vrai, c’est peut-être un peu tôt. Mais forcément, on ne va pas y couper, c’est obligé. C’est presque un peu flippant, car j’ai l’impression que les gens sont un peu désabusés et déçus de toute la classe politique dans son ensemble. Comment décider qui va être la meilleure personne pour nous guider et prendre des décisions importantes pour notre pays ? Le ressentir ainsi à travers nos intrigues apporte des questionnements très prenants.

Parlons un peu de vous Cécilia. Après vingt ans dans la série, comment vivez-vous l’épanouissement entre ce rôle de premier plan et vos autres projets, notamment au théâtre ?

Je vis cela très bien, car j’ai cette chance d’avoir une stabilité professionnelle qui procure un sentiment de sécurité. Le métier d’intermittent du spectacle est d’une précarité terrifiante. Au théâtre, il y a de moins en moins d’argent et les répétitions ne sont souvent pas payées. Avoir la chance d’être dans une série au long cours permet d’être rassurée, de travailler, de changer de réalisateur tous les quinze jours, d’avoir des partenaires fantastiques, de défendre des intrigues et de gagner sa vie. Cela me permet aussi de développer des projets au théâtre en parallèle, même si j’ai traversé des épreuves personnelles qui ont freiné mon énergie récemment.

Le théâtre reste un autre terrain de jeu essentiel pour vous, avec déjà 40 ans de pratique…

Artistiquement, cela représente d’autres choses à défendre, d’autres ressentis et une prise directe avec le public. C’est une autre énergie : faire des tournées, sillonner la France à la rencontre d’un autre public, ou attirer des spectateurs qui ne seraient pas forcément venus au théâtre spontanément, mais qui connaissent la série. C’est un métier magnifique où l’on travaille avec des poètes, des auteurs et des situations pour incarner et porter des messages puissants.

Au fil des ans, avez-vous l’impression d’incarner une forme de transmission au sein de l’équipe, à la fois pour les personnages et pour les autres comédiens ?

Instinctivement, j’ai un peu ce rôle de « maman » protectrice. Quand je suis arrivée il y a 20 ans, les plus jeunes venaient me demander des conseils, et c’est un trait qui est resté. Mon personnage est très fédérateur, et ce sont des valeurs que je défends : la vie ne vaut pas la peine d’être vécue s’il n’y a pas de partage et d’échange. C’est mon éducation et mon ADN.

Auriez-vous imaginé, en entrant pour la première fois sur le plateau du Mistral en 2004, que vous vous y investiriez aussi longtemps ?

Je n’aurais jamais imaginé rester aussi longtemps. En entrant pour la première fois sur ce grand plateau du « Mille », qui était très impressionnant, j’ai senti qu’il se passait quelque chose de grand. Vingt ans plus tard, porter toutes ces valeurs à travers un feuilleton qui évolue constamment, c’est génial et je ne suis pas fatiguée ! Un personnage au long cours ne peut pas être figé puisque la vie nous façonne et nous transforme physiquement et émotionnellement. C’est ce côté sociétal et vivant qui fait que l’histoire ne s’arrête jamais.

About author

Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
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