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C’est quoi Sandokan, cette série dont le remake est diffusé sur Prime Video ?

Depuis quelques jours, Prime Vidéo s’est lancé dans la diffusion de la version 2025 de Sandokan. Mais souvenez-vous de cette grande histoire née en 1976.

Un regard hypnotique, une barbe soignée, un turban majestueux et un sabre dressé face à la mer de Chine méridionale. À la fin des années 1970, un héros au charisme foudroyant a débarqué sur les écrans de télévision européens pour ne plus jamais quitter la mémoire collective. Ce personnage, c’est Sandokan, le célèbre « Tigre de la Malaisie ». Incarné par l’acteur indien Kabir Bedi dans le feuilleton éponyme de 1976, ce prince déchu devenu pirate a fait vibrer toute une génération de téléspectateurs.

Une fresque d’aventure née de la littérature populaire

Avant d’être un phénomène télévisuel, Sandokan est issu de l’imagination débordante d’Emilio Salgari (1862-1911), souvent surnommé le « Jules Verne italien ». Au début du XXe siècle, cet auteur publie Les Tigres de Mompracem, roman d’aventures exotiques qui fascine les lecteurs transalpins.

L’histoire se déroule au milieu du XIXe siècle en Asie du Sud-Est. Sandokan, un prince malais spolié de son royaume et dont la famille a été massacrée par les forces coloniales britanniques, prend les armes. Installé sur l’île refuge de Mompracem, il mène une guerre d’usure contre la puissante Compagnie britannique des Indes orientales et le redoutable « Rajah blanc » de Sarawak, James Brooke.

Entre abordages épiques et batailles dans la jungle, le destin du corsaire bascule lorsqu’il rencontre Lady Marianne Guillonk (jouée par Carole André), surnommée « la Perle de Labuan ». Cet amour passionné entre le rebelle rebaptisé le « Tigre » et la nièce d’un haut dignitaire anglais insuffle une dimension romanesque tragique au récit.

Kabir Bedi : la naissance d’une icône internationale

Si le scénario séduit par son souffle épique, la série doit l’essentiel de son succès planétaire à un homme : Kabir Bedi. Avant le tournage, le réalisateur italien Sergio Sollima parcourt l’Asie à la recherche de l’interprète idéal. Il ne cherche pas une star hollywoodienne, mais un visage authentique capable de capter la noblesse et la fureur du personnage.

Lorsqu’il croise la route de Kabir Bedi, alors jeune comédien indien à la présence imposante (plus d’un mètre quatre-vingt-dix) et au regard magnétique, Sollima sait qu’il a trouvé son héros.

Du jour au lendemain, Kabir Bedi devient une supervedette en Italie, en France et dans toute l’Europe. Sa célébrité dépasse le cadre de la télévision : il devient un sex-symbol et une figure incontournable de la culture populaire des années 1970. Ce rôle tremplin lui ouvrira plus tard les portes de Hollywood, où il interprétera notamment le redoutable Gobinda face à Roger Moore dans le James Bond Octopussy (1983).

Une superproduction pionnière et engagée

Coproduction ambitieuse réunissant la Rai italienne, la télévision allemande (Bavaria) et l’ORTF/TF1 en France, Sandokan se distingue par ses moyens techniques inédits pour l’époque. Refusant de tourner en studio ou dans les décors artificiels du cinéma italien, Sergio Sollima embarque ses équipes directement sur le terrain, notamment au Sri Lanka et en Malaisie. Les paysages luxuriants, la faune tropicale et la lumière naturelle confèrent au feuilleton un cachet visuel réaliste et immersif.

Derrière l’aventure exotique, le réalisateur, réputé pour son cinéma engagé, glisse une sous-lecture politique fine. Sandokan ne propose pas une vision manichéenne de la colonisation. La série met en scène la résistance d’un peuple autochtone face à l’expansionnisme impérialiste. Le pirate n’est pas un simple brigand des mers, mais un combattant de la liberté défendant sa culture et sa souveraineté.

Impossible enfin d’évoquer la série sans mentionner sa bande originale inoubliable, composée par les frères Guido et Maurizio De Angelis (sous le pseudonyme Oliver Onions). Le thème musical principal, bondissant et entêtant, se hisse en tête des ventes de disques en 1976 et reste gravé dans la mémoire de millions d’auditeurs.

Un mythe qui traverse les époques

Lors de sa première diffusion française au printemps 1976 sur TF1, Sandokan rassemble des millions de familles devant le petit écran. Le feuilleton déclenche une véritable « Sandokan-mania » : figurines, bandes dessinées, albums d’images et déguisements s’arrachent dans les magasins.

Au-delà de l’effet de mode, la série a jeté les bases des grandes sagas d’aventures télévisées modernes. Avec son mélange parfait d’action, d’exotisme, de romance et de drame historique, Sandokan demeure un chef-d’œuvre de nostalgie et une référence majeure du patrimoine télévisuel européen. Plus de quatre décennies plus tard, le regard altier de Kabir Bedi sous le soleil de Malaisie continue d’incarner l’essence même du grand spectacle populaire.

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Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
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