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Colombie : le nouveau parti des Farc à l’assaut des présidentielles

Farc

Samedi 27 janvier, l’ancien chef de la guérilla des Farc en Colombie s’est lancé dans la campagne présidentielle. Une première pour ce pays marqué par 53 ans de conflit sanglant.

La « candidature d’un délinquant »

C’est ainsi que l’ancien président colombien Álvaro Uribe a qualifié la candidature de Rodrigo Londoño, alias « Timochenko ». Farouche opposant des accords de paix, Uribe dénonce l’impunité du groupe connu pour ses enlèvements et ses attaques à la bombe. Le leader de la droite conservatrice fustige une campagne financée par « l’argent issu du trafic de drogue ».

La plus ancienne guérilla du continent latino-américain s’est transformée en parti politique en novembre dernier. Les Farc, Forces Armées Révolutionnaires de Colombie, sont devenues la Farc, Force Alternative Révolutionnaire Commune. Leur stratégie ? « Faire voter ceux qui ne votent pas » Un brin populiste, ce slogan s’inscrit parfaitement dans un pays où l’abstention atteint plus de la moitié de la population, lassée par des années de corruption.

« Nous lançons cette candidature pour les paysans sans terres, les jeunes sans perspectives, les femmes exclues de la société. »

Campagne électorale sur fond de violence

La candidature de « Timo » est loin de faire l’unanimité. Selon de récents sondages, la Farc ne recueillerait que 2,1 % des intentions de vote. L’odeur âcre du ressentiment plane après un demi-siècle de conflit, 260 000 morts et 60 000 disparus. L’assassinat récent d’une trentaine d’ex-combattants en témoigne.

Alors que la campagne pour les législatives et la présidentielle bat son plein, la violence perdure. Pas moins de trois attentats entrainant la mort de sept policiers ont secoué le nord de la Colombie le dernier week-end de janvier. L’ELN, deuxième groupe rebelle du pays en serait à l’origine. Symbole d’un revirement complet, la Farc a manifesté son émotion et sa solidarité avec la police.

Farc

Dessin d’Arcadio, Costa Rica

Inclure pour pacifier, la stratégie du Président aurait-elle payé ?

L’accord de paix signé en novembre 2016 semblait marquer le début d’une nouvelle ère. Plus de 11 000 membres des Farc ont rendu les armes. Trois ans de lutte à la table des négociations face à Timochenko ont valu au gouvernement de Juan Manuel Santos, l’actuel Président, le prix Nobel de la paix. A la clé, la fin de 53 années de conflit armé. « Si la Farc perd avec peu de soutien et qu’elle le reconnait officiellement, ce sera une victoire démocratique contre les conflits armés » soutient Florian Gardes, étudiant-chercheur français en relations internationales à Bogotá que nous avons interrogé.

À lire aussi : La Colombie et les FARC : un accord pour une paix historique

Consciente de son impopularité, la Farc a bien l’intention de montrer son nouveau visage. Son opération médiatique cherche à prouver que l’accord de paix n’est pas fait de papier face à Uribe, prêt à le déchirer. Quant à la population, elle apparait toujours aussi divisée sur la question. Le premier camp considère que les ex-guérilleros devraient être en prison et non pas candidats aux élections. Cette hostilité côtoie l’indifférence de ceux qui préfèrent se tourner vers l’avenir. Travail au noir, réformes agraires, narcotrafic … les colombiens exigent un grand chantier.

« Je ne crois pas que cet accord annonce une ère nouvelle, pleine de licornes et d’arcs-en-ciel (…) mais j’ai l’espoir que, sans le chaos assourdissant des balles, des bombes et des cris, nous puissions voir quels sont les vrais problèmes, ceux que nous ignorons depuis deux cents ans » confiait l’éditorialiste Dayana Martínez au moment du référendum

Farc

Crédit – Héctor Fabio Zamora, El Tiempo

Après la paix, le combat citoyen

Le processus de paix marque une véritable avancée. La Colombie, État le plus inégalitaire de la région après Haïti, est prête à faire face à ses nombreux défis. Le sociologue Daniel Pécaut, spécialiste du pays, met en avant ce paradoxe : la pérennité du conflit a favorisé le statu quo social et politique. Les élites n’ayant pas été affectées par l’affrontement craignent que « la paix favorise la relance des revendications face aux inégalités plus criantes que jamais » L’agitation, animée par le rejet des élites politiques, gronde dans les rues.

Farc

Crédit – Leonardo Muños, EFE

Samuel Velandia, étudiant en économie à Medellín, nous fait part de son analyse. Les politiques comme Uribe instrumentalisent la question miliaire, « son arme politique a toujours été la guerre contre les Farc » Désormais, le débat public peut se concentrer autour de revendications sociales trop longtemps ignorées. De quoi redonner espoir à Samuel :

« Je suis optimiste pour l’avenir de mon pays. La plupart des colombiens sont maintenant conscients que le principal problème n’est pas la guerre, mais la corruption. Elle est apparue au grand jour avec la diminution de la violence liée à l’accord de paix. Aujourd’hui, le dicton « le silence des fusils a déclenché le bruit de la corruption » est devenu très populaire »

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