Même si il y a encore du travail pour faciliter la circulation sur la plateforme, « france.TV » s’est imposé comme un acteur majeur en matière de séries.
En juin dernier, France Télévisions a unifié ses contenus autour de la marque unique France.TV, renforçant le pont entre le linéaire (les chaînes) et le numérique.
En matière de séries, cela se traduit par une synergie ultra puissante entre les supports, favorisant même le succès des séries diffusées sur les chaînes grâce au preview.
Aujourd’hui, france.TV n’est plus vu comme une plateforme de replay mais bien une plateforme où l’on vient voir du contenu, la chaîne communiquant autant sur les deux supports. Deux dates sont désormais communiquées : la mise en ligne sur france.TV et la diffusion antenne. La plateforme devient alors un véritable rouleau compresseur pour le linéaire.
france.TV : laboratoire de la création
Depuis plusieurs années, les amateurs de séries avaient principalement identifié france.TV comme un vrai laboratoire de création de fictions. Se frayant un passage dans la ligne initiée par les séries OCS Signature (pour leur audace et leur créativité), france.TV ou le label « Slash » ont proposé des séries innovantes, audacieuses, qui s’embarquent dans des chemins, et c’est un paradoxe, que ne prend que rarement la fiction du linéaire. Ce sont des marques fortes qui on ainsi émergé comme SKAM, Parlement, Stalk, Mental ou encore ASKIP ou Chair tendre et Bistronomia pour ne citer qu’elles. Des fictions innovantes qui lancent une nouvelle génération d’auteurs, de réalisateurs (Shirley Monsarrat, David Hourrègue), d’acteurs-rices qui vont ensuite nourrir la fiction linéaire. Des fictions dégagées des contraintes du linéaire pour se permettre davantage de prise de risque.
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Mais avec le temps, France Télévisions a eu envie de renforcer sa présence sur le numérique pour en faire une marque forte et qui ne soit plus un service d’appoint, un service de secours quand on rate un programme mais une vraie vitrine de ce qui se fait, avec des créations uniquement faites pour le numérique comme de la catch-up ou du preview, sans différenciation, toutes étant désormais réunies sous le même label : france.TV.
La montée en puissance du numérique
Si la solidité de la plateforme est aujourd’hui bien admise, le travail ne s’est pas fait du jour au lendemain. Dans un premier temps, on sentait que les marques très fortes en linéaire trouvaient sur france.TV une seconde vie bien pratique pour continuer à faire parler d’elles et constituer un public fidèle. Mais un travail de fond a été entrepris en interne pour faire « grandir » le succès de france.TV. C’est le travail au quotidien des équipes de communication (dont on parle rarement dans nos articles) pour ne plus seulement promouvoir la diffusion antenne mais pour promouvoir la marque dans son ensemble. Dans le passé, on le faisait un peu mais la seule diffusion antenne servait de « feu vert » pour poursuivre une série.
Ce n’est plus le cas, les chiffres sont regardés attentivement tant sur le preview (en amont de l’antenne) que sur le linéaire et le replay. Un vrai succès est un succès sur tous les tableaux. Mais un signe des temps qui ne trompent pas : certaines séries fondent la majorité de leur succès sur la diffusion plateforme comme on l’a vu l’an dernier avec Rivages. C’est ce genre de résultats qui a poussé le groupe a opérer un virage et à avoir les yeux partout pour repérer les clés d’un succès et identifier l’endroit où il se trouve vraiment. Les équipes de communication ont ainsi œuvré dans l’ombre pour changer le point de vue et la perspective de tout le monde : en interne dans le groupe ça ne fait pas de doute, mais aussi près du public … et de la presse (encore souvent en train « d’apprivoiser » les chiffres du replay).
Des chiffres qui ne trompent pas
Depuis un an, on sentait monter l’intérêt du public pour la plateforme avec des cartons indéniables comme Rivages, L’intruse ou encore Surface cet été qui a été le plus gros succès pour une série avant sa diffusion. « A été » car le record est désormais détenu par Il était deux fois qui, avant même son lancement, a réuni plus de 5 millions de vues en ligne. Depuis, ce sont plus de 9 millions de vidéos vues en ligne autour de la série qui a fait 56% de son audience en ligne.
Sur le nombre de vidéos globales en ligne, Surface est toujours le 3e plus gros succès avec 14 millions de vues, derrière 3 marques fortes du groupe : les « Meurtres à … » (29 millions de vues), Astrid et Raphaëlle (24 millions de vues – impressionnant) et Tropiques criminelles (15 millions). Dans la suite du classement, on retrouve d’autres marques importantes comme Face à face (nouveau carton de France 3), Candice Renoir (qui n’est pourtant plus trop diffusée) ou La stagiaire (toujours solide après 10 saisons).
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Deux éléments intéressent particulièrement. La plateforme « france.TV » permet de rattraper des scores en demi-teinte sur le linéaire comme pour Des vivants, vrai carton depuis sa mise en ligne avec 13 millions de vidéos vues et qui fait 55% de son audience en ligne (+ 34.4 millions de vues sur les réseaux sociaux). La vallée fracturée a aussi pu « rattraper » en ligne des scores mitigés en linaire en faisant 46% de son audience en ligne (c’est le cas aussi de La disparue de Compostelle).
La plateforme est aussi le lieu où l’on peut valoriser une coproduction qui, diffusée plus en rafale à l’antenne, se rattrape bien en ligne comme le témoigne le très beau succès de Le comte de Monte-Cristo (8 millions de vidéos soit en moyenne 1 million par épisode) qui fait 44% de son audience en ligne.
Astrid et Raphaëlle : 24 M de vues
Tropiques Criminels : 15 M de vues
Surface : 14 M de vues
Face à Face : 14 M de vues
Des Vivants : 13 M de vues
Meurtres au Paradis : 12 M de vues
Candice Renoir : 12 M de vues
La Stagiaire : 11 M de vues
Il était deux fois : 9 M de vues
Le Comte de Monte-Cristo : 8 M de vues
Enfin, le succès de france.tv prouve, mais on le savait déjà, que les plateformes sont un lieu parfaitement adéquat pour les fictions quotidiennes. TF1 peut s’appuyer sur ses 3 feuilletons pour assurer le succès de TF1+. C’est aussi le cas pour Un si grand soleil qui peut se vanter d’être suivi chaque soir par une moyenne de 2.9 millions de spectateurs sur France 3 et de totaliser 187 millions de vidéos vues. 1 téléspectateur sur 4 consomme aujourd’hui la série en ligne (chaque semaine, la chaîne met en ligne le vendredi soir les épisodes de la semaine suivante) soit 4 fois plus qu’en 2018 au lancement de la série. Le passage de France 2 à France 3 n’a eu aucun effet sur la popularité de la série.

Des leçons pour l’avenir ?
Le succès de la plateforme confirme la très grande forme de la fiction du service public et sa grande qualité (les succès les plus importants en ligne sont souvent les séries les plus réussies), il est toujours bon de le rappeler à l’heure des coupes budgétaires. Mais un tel succès rend beaucoup plus incompréhensible le fait que l’on ne fasse pas plus ce qu’il faut pour conserver plus longtemps ses marques, ses fictions. Cela reste tellement étonnant de voir autant de séries de France Télévisions proposées par exemple sur TF1+ qui du coup en profite.
De même, france.tv n’est pas la plateforme la plus « pratique ». On galère pour trouver les titres qu’il y a un stock et on galère pour reprendre là où on a laissé le visionnage d’un titre. De plus, à marque unique, la page d’accueil devrait être la même (France 2, France 3, …) peu importante d’où l’on vienne avec les mêmes programmes en avant. Là si on se connecte depuis France 2 ou depuis France 3, on a mis en avant les programmes de la dite chaîne.
