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On débriefe pour vous… le phénomène Engrenages (Saison 1 à 5)

Première Création Originale initiée par Canal Plus, Engrenages s’est imposée en 5 saisons comme l’une des séries les plus fortes de la télévision française

Engrenages, une série qui initia le tournant de la fiction française

Enfin! L’attente va prendre fin dans le courant du mois de septembre et la saison 6 d’Engrenages arrivera enfin sur les antennes de Canal Plus. L’occasion idéale pour revenir sur une série qui est devenue l’une des plus emblématiques de la chaîne cryptée et qui a su au fil du temps imposer sa vision de la police et de la justice en racontant des histoires d’une noirceur sans commune mesure tout en révélant l’humanité palpable qui se dégage de tous ses personnages.

Depuis 2005, Engrenages a déplacé le curseur de la série policière et judiciaire telle qu’on la connaissait en France. Aux enquêtes de la télé de papa de Navarro ou de Julie Lescaut à celles du commissariat de P.J et des dossiers d’Avocats et Associés, Engrenages s’est appliquée à niveler par le haut un genre battu et rebattu et à lui conférer de nouvelles lettres de noblesse grâce à des récits sophistiqués, un mix des genres et une distribution exemplaire. Non pas qu’elle ait révélé des comédiens mais elle a permis à ses interprètes d’y trouver un rôle où ils ont pu exprimer des fêlures et de la densité et dévoiler des palettes de jeu variées et intenses. Cela ne s’est pourtant pas fait en un jour et Engrenages s’est imposée aux forceps comme une grande série à la fois importante et révélatrice de son époque.

L’apprentissage de la maturité

En 2005 lorsque la première saison d’Engrenages, créée par Alexandra Clert et Guy-Patrick Sainderichin, produite par Son et Lumière (Avocats et Associés entre autres) obtient un succès d’audience ainsi qu’un certain retentissement médiatique, la série, malgré des qualités indéniables, ne se singularise pourtant pas d’une manière probante. Le renouvellement annoncé n’est que partiellement au rendez-vous mais la série a des atouts dans son casting qui imposent d’emblée un ton et une couleur. Une qualité qui ne se démentira jamais grâce à une distribution chorale exceptionnelle (Grégory Fitoussi, Caroline Proust, Thierry Godard, Philippe Duclos, Audrey Fleurot, Fred Bianconi…). Tout Engrenages est déjà là et la série malgré une première saison qui prend surtout ses marques a déjà formé une grande part de son ADN: La noirceur latente, les flics et la justice travaillant de concert… mais le traitement est inégal et certains personnages sont sacrifiés sur la fin de saison.

La saison 2 ne poursuit pas tout à fait sur les mêmes bases malgré le succès. En effet, Guy-Patrick Sainderichin, qui présidait à l’écriture est remercié au profit de Virginie Brac et d’Eric de Barahir, un flic, qui de consultant deviendra ensuite scénariste. Cette vision artistique et ce choix radical s’avèrent payants et ce dès les premières minutes du premier épisode de la saison 2 qui fait montre d’un gap de qualité vertigineux. La maîtrise des histoires qui s’entrecroisent est de plus en plus prégnante, la photo est plus clinquante, plus lumineuse, les personnages plus fouillés et des figures charismatiques s’imposent (Daniel Duval, Reda Kateb…). La saison permet à la DPJ de débarquer dans les banlieues périphériques de la région parisienne mais également de traiter du grand banditisme et du trafic de drogue. L’écriture impose une qualité qui fait encore trop défaut aux séries françaises, les dialogues sont brillants et les personnages récurrents semblent de mieux en mieux maîtrisés par les comédiens. La série impose aussi une patte réaliste qui, mêlée au suspense, fait monter la tension crescendo grâce à des rebondissements extrêmement bien amenés. Le scénario est puissant et les nombreux seconds rôles sont marquants et tous excellemment interprétés (Mehdi Nebbou, Samir Guesmi, Samir Boitard…). Le face à face entre Laure et Joséphine dans l’épisode 8 de cette seconde saison est un morceau d’anthologie et la quintessence de leur opposition et de leurs points communs. La saison pâtit juste d’être trop courte et de devoir résoudre des situations parfois trop rapidement au détriment de la vraisemblance pourtant érigée en maitre mot, là où douze épisodes lui auraient permis de développer avec maestria tous les fils narratifs qui avaient été tirés. Pour l’anecdote, on notera aussi dans cette saison 2 les apparitions de Juliette Roudet (Profilage) ou Stéphane Debac et la présence de Lionel Olenga (créateur de Cherif) pour l’adaptation et les dialogues de l’épisode 5.

Une série de référence

Comme les goûts du public sont impénétrables, l’audience subit elle un coup de moins bien et pour la saison 3 Virginie Brac cède sa place à Anne Landois qui reprend les rênes de la série aux côtés de Eric de Barahir. Dans une affaire démoniaque qui lorgne toutes proportions gardées vers Le Silence des Agneaux et Seven par moments, Engrenages capitalise sur tous ses points forts depuis sa création et les amène à maturité dans un remarquable entrelacement de récits tout en obtenant le meilleur de personnages récurrents de plus en plus denses. Laure est sur la sellette depuis l’affaire Larbi et perd tous ses repères tandis que Gilou veut se faire muter mais que Laure bloque ses velléités de départ. Joséphine manque de se faire assassiner et Pierre dégoûté de sa mise au rencard décide de quitter la magistrature. On en en apprend aussi plus sur les situations personnelles des personnages. Roban  notamment dévoile une facette méconnue de sa personnalité (une mère malade, un frère en lien avec le milieu et il se révèle en homme amoureux d’une ancienne conquête (interprétée par Anne Alvaro)). De nouveaux personnages secondaires intègrent la série (Bruno Debrandt, Corinne Masiero…) et la saison passe de 8 à 12 épisodes qui lui permettent enfin de laisser ses arcs narratifs se développer au mieux de leurs possibilités. Si tout n’est pas parfait et que quelques facilités apparaissent encore, il faut reconnaitre qu’Engrenages s’impose assez facilement comme l’une des séries les plus impressionnantes de la télévision française.

Une série en prise avec le réel

Le retour de la série en saison 4 se fait avec toujours ce soin mis dans l’authenticité et la prise directe avec les problématiques de la société contemporaine en brassant de nombreux sujets au détour d’intrigues et de sous intrigues toujours très élaborées. Pour cette nouvelle saison c’est le milieu terroriste qui est au cœur du scénario. Les policiers, les avocats ou les juges d’instruction, tous sont sur le fil à flirter avec la ligne rouge et la série poursuit sa critique du système judiciaire et de ses failles et la mise en scène nerveuse nous immerge dans les méandres d’affaires complexes et toujours aussi passionnantes. L’arrivée de Nicolas Briançon en tant que nouveau patron de la DPJ est une vraie bonne idée de casting, le comédien imposant d’emblée une présence trouble et une personnalité marquante symbolisée par son tout premier face à face avec Berthaud qui ne manque pas de piquant : “Vous êtes un flic dans mon genre Berthaud, pas d’états d’âme, pas de gosses, pas de mari, toutes ces conneries sentimentales avec lesquelles on nous fait chier toute la journée. Moi j’aime les flics 100% flic!

Tous les personnages sont mis à mal dans cette saison 4 au premier rang desquels Laure, dont la chute morale se poursuit inexorablement. Tintin après une grave blessure développe quelques soucis psychologiques tandis qu’on en apprend plus sur la famille de Joséphine (le suicide de sa mère, les relations inexistantes avec son père…) et le mariage de sa sœur déclenche un tel traumatisme en elle qu’elle couche avec Pierre comme un exutoire à sa souffrance. Pierre lui va se trouver sous la menace de truands prêts à tout. Non seulement son association avec Joséphine le place dans des situations périlleuses et cela influe sur son caractère ce qui confère une évolution très intéressante au personnage auquel Grégory Fitoussi apporte énormément de profondeur. La saison est extrêmement rythmée et la tension atteint son paroxysme sur les derniers épisodes où se succèdent explosion ou poursuite en voiture. La conclusion de cette saison 4 est très puissante et permet à la série de redistribuer  toutes les cartes par la grâce d’un cliffhanger exceptionnel. La position prédominante des deux personnages féminins principaux incite aussi à regarder Engrenages avec un regard enthousiaste, car autant Laure Berthaud que Joséphine Karlsson, sont les deux faces d’une même pièce sur la position de la femme face à ses responsabilités professionnelles et ses interrogations face à l’assouvissement de ses désirs personnels, ce qui n’est pas une vision si courante dans la fiction française. Si l’arc principal est peut-être en deçà de celui de la saison 3, le développement des personnages est un vrai régal et on sent que les comédiens s’éclatent avec le grain qu’on leur donne à moudre tandis que la série attire des acteurs très talentueux comme Marc Zinga, Judith Chemla ou Abdelhafid Metalsi.

La série fait évoluer ses fondamentaux

Avant la saison 5, on ne peut que convenir que la série sait alterner avec la structure et les obligations inhérentes au thriller tout en étoffant de manière brillante ses personnages et en leur offrant toujours plus de densité. La saison 5 est dans la droite lignée de la 4, tendue et puissante dans le sillage d’une enquête pour meurtre qui sonde avec encore plus d’acuité les noirceurs de l’âme humaine. Laure sous tension extrême se découvre enceinte ce qui est une totale contradiction avec la vie qu’elle mène et ce postulat va permettre à Caroline Proust d’atteindre une performance de haute volée, percluse entre ses doutes, ses ambitions, ses envies et ses contradictions. Le soin apporté aux personnages secondaires et à leurs interprètes favorise à nouveau l’intensité de certaines scènes et que ce soit Foëd Amara et Fanny Valette (très intenses), Shirley Souagnon ou Jisca Kalvanda (fantastiques de dureté et d’intensité), on est servis dans cette saison dont l’issue, une prise d’otages avec demande de rançon, est tendue du début à la fin. Ces nouveaux épisodes marquent aussi le fait que la DPJ est souvent à la ramasse, toutes les filatures ou opérations échouant presque systématiquement.

Mais cette saison marque un tournant capital dans l’histoire de la série en osant un fait scénaristique qui est un véritable choc tellurique qui fait bouger toutes les lignes narratives. En influant de manière définitive sur le destin d’un des personnages principaux en plein milieu de saison, la série s’oblige à une remise en cause et elle traite avec brio ce fait majeur qui induit forcément des changements sur de nombreux autres personnages. Alors que le risque qu‘Engrenages ne se mette à ronronner était criant, les auteurs parviennent à impulser une nouvelle dynamique tout en faisant en en sorte que la série soit toujours synchrone avec les pulsations de ce monde.

Avant la saison 6 tous les voyants sont au vert pour celle qui restera toujours comme la première Création Originale de Canal Plus. Si le travail de tous ceux qui président à la destinée de la série en coulisses, que ce soit les auteurs ou les réalisateurs, est à saluer, il convient à nouveau de souligner l’importance des comédiens qui amènent à la série une puissance et une profondeur dignes des plus grandes fictions. Les policiers (Caroline Proust, Thierry Godard, Fred Bianconi, Bruno Debrandt, Nicolas Briançon, Samir Boitard) les avocats (Grégory Fitoussi, Audrey Fleurot), le juge d’instruction (Philippe Duclos) sont le centre névralgique et la pierre angulaire d’Engrenages, une grande série chorale qui regarde un microcosme se débattre face à la folie du monde.

A lire aussi : Mais c’est qui déjà…Laure Berthaud?

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Journaliste pôle séries et La Loi des Séries, d'Amicalement Vôtre à Côte Ouest, de Hill Street Blues à Ray Donovan en passant par New york Unité Spéciale, Engrenages, Une famille formidable ou 24, la passion n'a pas d'âge! Liste non exhaustive, disponible sur demande!
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