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Découvrez l’art « extraterrestre » de Pierre Comte

Et si l’on envoyait l’art dans l’espace? C’est la folle idée de Pierre Comte, artiste plasticien, qui a présenté au public son parcours de création lors d’une conférence tenue dans les sublimes locaux de l’Aéro-Club de France à Paris.

"Alpha" en apesanteur en 1995

« Alpha » en apesanteur en 1995

Lors de cette conférence intitulée « l’Art en orbite » l’artiste a dévoilé les différentes étapes de son processus créatif. Pierre Comte est notamment reconnu pour avoir été un des seuls artistes dont les œuvres ont été envoyées dans l’espace avec accord de la NASA. Dès 1995, il s’intéresse à l’art cinétique extraterrestre et créé « Alpha » que vous pouvez voir ci-contre. « La microgravité permet beaucoup d’applications séduisantes dans le domaine techno-scientifique. J’ai pensé qu’elle pouvait avoir  également un intérêt esthétique. » déclare le plasticien pour expliquer sa démarche de création. Alpha est une petite structure avec trois boules qui une fois dans l’espace tourne et se meut au gré de la microgravité. Mais avant d’envoyer l’art dans l’espace, Pierre Comte a exploré deux autres champs de création qui exploitent selon ses propres termes « la relation Terre-Espace et Espace-Terre ».

Terre-Espace

Lorsqu’il entame sa réflexion Terre-Espace en 1979, Pierre Comte se met à la place de potentiels visiteurs extra-terrestres et s’exclame « 70% de notre Terre est recouverte d’eau, comment montrer à des visiteurs de l’espace qu’elle est habitée? » . Cette drôle d’idée va le mener à imaginer le projet « Horus » en 1979 constitué d’un cercle de 500 mètres de diamètre composé de 24 prismes géants flottant sur le lac Nasser en Égypte, ou encore en 1985 le « Triangle du Pacifique » reprenant le même procédé mais sous forme de triangle dans l’Océan Pacifique.

Si aucun de ces deux projets ne verront le jour suite à des difficultés de mise en place diverses, le premier succès de Pierre Comte est en 1989 « Signature Terre ». Cette réalisation composée de 16 carrés noirs de 60 mètres de côté, forme le symbole médiéval de la planète. L’installation couvrait une superficie de 390.000 m2. Le 6 octobre 1989 le satellite Spot alors à 830 km d’altitude captura plusieurs clichés de cette installation… La Terre était signée! Pour expliquer cette idée de « signer la Terre » Pierre Comte déclare « Je m’étais dit que notre planète étant la plus accomplie des œuvres d’art, elle devait être signée! ».

Signature Terre

Espace-Terre

Parallèlement à Terre-Espace, le plasticien s’interroge en 1981 sur la relation Espace-Terre, peut-on créer de l’art dans l’espace visible depuis la Terre? « Espace-Terre c’est, à l’origine, la création de satellites à vocation événementielle visibles à l’œil nu depuis le sol terrestre. » comme l’explique Pierre Comte. S’il est tout à fait possible d’envoyer des structures dans l’espace afin que celles-ci puissent être vues sur Terre, le seul problème est le coût d’envoi en effet un objet coûte une fortune à envoyer en orbite!

En s’inspirant de travaux réalisés auparavant, le plasticien a alors l’idée d’envoyer dans l’espace des structures gonflables! Celles-ci ont l’avantage d’être pliées et ainsi de ne prendre que très peu de place lors de leur départ depuis le sol mais d’atteindre des tailles gigantesques une fois gonflées dans l’espace. Les « ARSAT » ou « art-satellites » étaient nés, en réfléchissant la lumière du soleil ces derniers devaient envoyer autant de signaux lumineux visibles sur Terre, témoignage de notre maîtrise et conquête de l’espace.

Projet ARSAT pour les 500 ans de la découverte des Amériques : 3 points lumineux dans le ciel !

Projet ARSAT pour les 500 ans de la découverte des Amériques : 3 points lumineux dans le ciel !

Si le projet ARSAT n’a jamais véritablement vu le jour, la réflexion de Pierre Comte autour des structures gonflables a abouti au programme Biospace qui introduit l’idée d’habitats spatiaux sphériques, dignes des films de science-fiction les plus fous, plutôt que sous forme de capsules que nous connaissons aujourd’hui. La sphère c’est l’avenir spatial, le plasticien en est certain « Pour le futur des ensembles plus complexes, des spatioports, sorte de villes de l’espace, pourraient être envisagés selon le même principe. »

Projet de station Biospace en 1990

Projet de station Biospace en 1990

Espace-Espace

Domaine d’exploration artistique évoqué au début de cet article, la relation « Espace-Espace » a été l’occasion pour Pierre Comte de changer son mode de pensée artistique puisque « ce qui fonctionne sur Terre se comporte de tout autre façon dans l’Espace ». Comment créer de l’art en orbite? C’est ainsi qu’est né le Zéro G.Art qui sont autant d’œuvres « destinées aux humains dans l’espace ». Après avoir résolu quelques contraintes techniques notamment celle de l’impossibilité d’envoyer quelque chose de peint à bord d’une station spatiale, « Alpha » en 1995 , « Prisma » en 2001 puis le « Spatiopithèque » en 2006  voient le jour.

Prisma (2001) et Spatiopithèque (2006) en apesanteur

Prisma (2001) et Spatiopithèque (2006) en apesanteur

Tous ces Zéro G. Art  ont été expérimentés dans l’Airbus Zéro G. du CNES.  « Alpha » a pris place dans la navette américaine Columbia, quant à « Prisma » il reste en permanence dans l’ISS, la station spatiale internationale. De nombreux astronautes dont la célèbre Claudie Haigneré ont pu profiter de ces objets dans l’espace. En plus de leur intérêt esthétique, les Zéro G.Art ont une valeur ludique permettant à l’astronaute de se détendre et de se divertir à la vue de  leurs mouvements cinétiques.

Pierre Comte l'un des pionniers du Space Art

Pierre Comte l’un des pionniers du Space Art

A la fin de cette conférence qui a littéralement transporté le public dans l’Espace, Pierre Comte a déclaré poursuivre son cheminement artistique spatial. Bien loin des musées et des pompeuses théories artistiques en tout genre, l’art de ce créateur infatigable dont l’imagination semble, à l’image de l’univers, ne pas avoir de limite, est une véritable source de fascination. Cette fascination que l’artiste nous transmet est celle dont il est lui-même habité, c’est la fascination astronautique!

 

Crédits photos : Mathilde Bonnin/Pierre Comte

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