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La grande histoire des Classiques d’animation Disney – 2ème partie : Le faste des années 1950

Comme nous l’avons précisé dans l’article précédent, après la sortie de Bambi en 1942, les studios Disney traversent une période difficile et produisent des long-métrages artistiquement peu ambitieux en raison du second conflit mondial et d’une grève des employés particulièrement douloureuse. En 1950, la sortie de Cendrillon sonne le glas de cette période médiocre et inaugure une nouvelle ère fastueuse pour les studios Disney qui prendra fin neuf ans plus tard avec La Belle au Bois dormant.

Pour la grande majorité des critiques, Cendrillon présente une qualité inférieure aux long-métrages du premier âge d’or, sûrement dû à l’intérêt grandissant de Walt Disney pour la création d’un parc à thème et la production de films en prises de vue réelles. C’est pourtant avec Cendrillon que s’effectue chez Disney un formidable retour aux sources avec des long-métrages originaux, dont le sujet et les thèmes se rattachent à ceux des premiers chef-d’œuvres comme Blanche Neige.

On retrouve ainsi un scénario issu d’un conte de fée intemporel : Cendrillon ou la Petite Pantoufle de verre publié par Charles Perrault en 1697 ; ainsi qu’une formule simple mais efficace fondée sur l’éternelle lutte entre le Bien et le Mal, etc.. Cendrillon est une réussite incontestable et demeure un modèle indéfectible des Classiques Disney, avec la mise en place d’un point de vue et d’un idéal qui leur sont propres. Dans un film où se mêlent des dessins somptueux, des personnages identifiables – tels que la méchante marâtre et les animaux anthropomorphes attachants –, et une histoire pleine d’humour, de tendresse et de rebondissements, un message très manichéen semble se profiler à l’horizon. À ce titre, la marâtre Lady Tremaine est, comme le fut la Reine dans Blanche Neige, et comme le sera Maleficent dans La Belle au Bois Dormant, l’un des personnages les plus terrifiants des studios Disney. Elle ne possède aucun pouvoir magique, mais sa condition de mortelle la rend encore plus réaliste. C’est une femme glaciale et cruelle, prête à tout pour privilégier ses filles, quitte à faire de sa belle-fille une esclave. Ses mouvements sont lents et elle est souvent représentée dans l’ombre, ce qui renforce son caractère malveillant.

Esthétiquement parlant, le film contient une forte influence française pour son atmosphère expressionniste, parfois assimilée aux tableaux de Fragonard. L’Europe romantique est également au cœur des inspirations artistiques de Cendrillon, notamment au niveau des représentations architecturales du château. Le long-métrage présente une uniformité visuelle élaborée à partir de couleurs froides et d’éclairage modérés, entretenant ainsi la dimension magique de l’histoire. De nouveaux effets spéciaux sont mis à profit dans la réalisation, comme celui permettant à l’image de Cendrillon de se refléter dans des bulles de savon, ou encore l’utilisation de particules lumineuses lors de l’apparition de la fée marraine ou pendant la danse avec le prince.

La bande originale tient une nouvelle fois une place cruciale au sein de l’intrigue avec des chansons mémorables comme A Dream Is a Wish Your Heart Makes et Bibbidi-Bobbidi-Boo – deux anciens compositeurs de films Disney n’ayant encore jamais collaboré ensemble travaillèrent sur la partition : Oliver Wallace et Paul J. Smith. Cendrillon remporta l’Ours d’or du film musical lors du tout premier Festival de Berlin en 1951.

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Cinderella

Le long-métrage suivant est Alice au pays des merveilles, sorti sur les écrans en 1951. Il est adapté du roman homonyme de Lewis Caroll et de sa suite, De l’autre côté du miroir (1865-1871). Ce dessin-animé relativement particulier dans la filmographie des studios Disney fut souvent sujet à débat. Semi-échec commercial pratiquement renié par ses créateurs lors de sa sortie, il s’est progressivement détaché de sa mauvaise réputation et devint au fil des années, une source d’admiration pour le public – notamment pour la mouvance hippie des années 60-70. Il est finalement entré au panthéon des grands Classiques d’animation Disney et devenu un film culte, considéré à ce titre comme la meilleure adaptation cinématographique de l’œuvre de Lewis Carroll.

Il met en scène la plupart des personnages clés du roman comme le Chapelier Toqué, le Lièvre de Mars, le Chat du Cheshire, ou encore la Reine de cœur qui furent ainsi immortalisés au cinéma. Les critiques de l’époque reprochèrent au film l’aspect fragmenté de sa narration ainsi que son étrangeté notoire. Pourtant, conformément à l’histoire dont il est tiré, Alice au pays des merveilles est un film surréaliste, flirtant parfois avec l’absurde. Les écrits de Lewis Carroll jouent justement sur la confrontation du personnage d’Alice, une petite fille curieuse et imaginative, avec un monde où règnent le non-sens et les paradoxes. L’univers de l’auteur britannique est dénué de logique et cela se retrouve parfaitement dans le film. La célèbre séquence du goûter de non-anniversaire en est d’ailleurs un exemple frappant : les situations et les dialogues atteignent un niveau d’absurdité exceptionnel, attribuant ainsi au film une grande dimension humoristique. Cette ambiance si particulière prend vie dans un défilé de décors burlesques, relevés de couleurs chatoyantes et de graphismes raffinés. Certains auteurs évoquent l’influence du peintre Dali, figure incontournable de la peinture surréaliste. Le film contient un nombre de chansons bien supérieur à tous les autres Disney, certaines ne durant pas plus d’une minute – on retiendra entre autres, All in the Golden Afternoon, The Unbirthday Song, ou encore Painting the Roses Red. La musique d’Oliver Wallace, tantôt douce et mélancolique, tantôt turbulente et rocambolesque, participe grandement à l’élaboration d’une mise en scène fantasque.

Alice au pays des merveilles s’apparenterait peut-être plus à un genre de cinéma expérimental comme le fut Fantasia, qu’à une forme plus classique préexistante chez Disney. Il est indiscutablement un excellent film, certaines séquences demeurant des moments de poésie inégalés, comme la rencontre avec les fleurs ou l’entretien avec la chenille fumant son narguilé.

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Alice in Wonderland

Après Lewis Carroll, les studios Disney choisissent d’adapter une autre œuvre littéraire britannique récente dédiée à la jeunesse. Il s’agit cette fois de la pièce de théâtre, Peter Pan, créée par J. M. Barrie en 1904. Le film sort en 1953 et fut majoritairement mieux accueilli qu’Alice au pays des merveilles. Une fois n’est pas coutume, les studios Disney poussent à leur paroxysme leurs techniques d’animation révolutionnaires. On retrouve l’usage de la caméra multiplane dans la séquence illustrant le vol au-dessus de Londres – une scène qui a nécessité 20 niveaux de peintures, de décors et de cellulos. L’effet de scintillement déjà existant dans les productions précédentes prend également de l’ampleur, puisqu’il est régulièrement utilisé pendant le film pour illustrer la poussière lumineuse de la fée Clochette.

Sur un plan purement esthétique, Peter Pan comprend de nombreux paysages et décors gorgés de couleurs vives, chaudes et lumineuses, renforçant ainsi l’aspect onirique du Pays Imaginaire et de l’aventure vécue par les enfants Darling. C’est un long-métrage particulièrement représentatif de la maturité des studios Disney en matière d’animation, mais également de narration cinématographique. Peter Pan est un parfait exemple d’intégration de la musique dans l’histoire, comme c’est le cas avec la chanson You Can Fly. La bande originale fut une nouvelle fois confiée à Oliver Wallace, qui signe une énième magnifique partition. Malgré l’aspect quelque peu antipathique de la personnalité de Peter Pan, ce film est l’une des rares productions Disney avec un personnage principal masculin a avoir eu du succès auprès du public. Pourtant, Peter est un jeune garçon narcissique, prétentieux et autoritaire. Il ne cesse de tourmenter le méchant du film, le Capitaine Crochet, dont le quasi-rôle de victime en viendrait presque à attirer la sympathie du spectateur. Peut-être que l’universalité de certains sujets évoqués dans le film toucha le public de l’époque : tels que le pouvoir de l’amour maternel ou encore la jalousie féminine et la vanité. Ces deux derniers penchants étant incarnés par le personnage de Clochette, une petite fée capricieuse, boudeuse et jalouse. Peter Pan s’oppose par ailleurs à de nombreux Disney, dans la mesure où il présente une famille intacte. Dans les autres, on a souvent affaire à des familles monoparentales, des orphelins, etc..

Peter Pan a largement contribué à populariser le syndrome du même nom, expression couramment utilisée pour définir le refus ou la peur de grandir, et donc, le désir de rester un enfant – un psychanalyste, Dan Kiley, en fera le titre d’un ouvrage en 1983. Paradoxalement, Peter Pan suscita, à l’époque de sa sortie, une controverse, car on vit dans la fée Clochette, les premières véritables formes de sexualisation et d’érotisation d’un personnage féminin chez Disney. Cette version de Peter Pan est, comme celle d’Alice au pays des merveilles, souvent considérée comme la meilleure adaptation de l’œuvre dont elle est inspirée. Selon certaines sources, elle serait en outre, la seule adaptation officielle et autorisée de la pièce de J. M. Barrie.

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Peter Pan

Le prochain film marque une étape importante dans l’histoire des studios Disney, il s’agit de La Belle et le Clochard, sorti en 1955. Il est tout d’abord le premier de leurs long-métrages d’animation à utiliser le format d’image CinemaScope, ainsi que le premier distribué par Buena Vista Pictures Distribution, une société créée en 1954 par Walt Disney afin de ne plus être dépendant d’autres sociétés de production – les films ayant été jusqu’alors distribués par RKO Radio Pictures. C’est également avec La Belle et le Clochard que Disney requiert pour la première fois la contribution artistique d’une grande célébrité pour le doublage du film. En effet, Peggy Lee, une des personnalités musicales les plus influentes du XXe siècle, offre sa voix à un personnage secondaire et interprète même une des chansons du film : He’s a Tramp.

Le film ne s’inspire ni d’un conte ni d’un classique de la littérature, mais d’une nouvelle écrite par un auteur peu connu, du nom de Ward Greene. La Belle et le Clochard raconte l’histoire de Lady, une jeune chienne cocker spaniel anglais vivant dans une petite famille bourgeoise de Nouvelle-Angleterre au début du XXe siècle. Lorsqu’elle rencontre un chien errant surnommé the Tramp (le Clochard), ces deux derniers s’embarquent dans une aventure romantique. Le film possède une authentique dimension charmante qui en fait l’un des Disney les plus attendrissants et appréciés par le public. Cette « romance canine » se base sur une histoire assez simple soutenue par un réalisme visuel soucieux du détail, une musique délicate et harmonieuse toujours signée Oliver Wallace, ainsi qu’une forte histoire d’amour. La scène où Lady et le Clochard mangent un plat de spaghetti dans l’arrière-cour d’un restaurant italien au son de la chanson Bella Notte reste une des images les plus marquantes de l’histoire du cinéma. La Belle et le Clochard est avant tout une histoire d’amour entre deux êtres que tout oppose et une leçon de morale sur l’affranchissement des classes sociales. Le film est également empreint d’une forte nostalgie des années 1900-1910, avec la présence de lampes à gaz, des premières automobiles, etc.

Sur le plan narratif, La Belle et le Clochard illustre un monde du point de vue des chiens, les hommes n’étant représentés qu’en détails dans la plupart des scènes clés du film. L’anthropomorphisme y prend tout son sens, car si une vision animalière est inhérente aux personnages principaux, le scénario leur attribue des caractéristiques purement humaines. Presque tous les personnages du film sont sympathiques et les rares opposants divertissent par leurs crapuleries, comme c’est le cas pour les chats siamois, ou se repentissent comme Tante Sarah. Seul un rat, au comportement purement animal et sans l’once d’une quelconque forme d’âme représente le principal méchant du film.

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Lady and the Tramp

En 1959, les studios Disney atteignent une nouvelle apogée avec la sortie de La Belle au Bois Dormant, tourné en CinemaScope comme La Belle et le Clochard. Après les succès de Blanche Neige et de Cendrillon, on effectue un nouveau retour aux histoires intemporelles adaptées de contes de fées. Bien qu’il fut à sa sortie un échec critique commercial inattendu, ce long-métrage est assurément l’un des plus emblématiques de la filmographie Disney et l’un des plus intéressants au niveau artistique.

Il semble avoir souffert des absences répétées de Walt Disney lui-même, de plus en plus occupé sur son projet de parc à thème. Il est pourtant aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands films d’animation. Adapté du conte homonyme de Charles Perrault publié en 1697, il s’inscrit dans une forte esthétique médiévale dont les décors évoquent le gothique et les enluminures. Selon certains auteurs, la principale source artistique de La Belle au Bois Dormant serait le livre liturgique Les Très Riches Heures du duc de Berry (ouvrage achevé vers 1485-1486), notamment en ce qui concerne le style architecturale du château et la représentation de la nature. Les arbres et autres éléments naturels sont illustrés par des lignes verticales et présentent un aspect simplifié, parfois en forme de carrés, comme dans les anciennes tapisseries gothiques. L’accent est également mis sur le réalisme des personnages humains, notamment pour la princesse Aurore.

La grande majorité des musiques du film dont le thème principal Once Upon a Dream, sont extraites du ballet de Tchaïkovski et furent arrangées par George Bruns, compositeur qui travaillera sur tous les films Disney de 1959 à 1973. Il composa également quelques thèmes originaux, comme ceux audibles pendant les séquences mettant en scène les fées Flora, Fauna et Merryweather. Ces trois personnages incarnent toute la dimension mythologique et mystique du film, par leur caractère surnaturel mais également par leur importance au sein de l’histoire, car elles ne cessent de lutter contre les forces du mal – on pourrait les rapprocher des Trois Charités de la mythologie grecque. La Belle au Bois Dormant revêt en effet une dimension sacrée qui montre une fois de plus que chez Disney l’amour est toujours vainqueur et que le Bien l’emporte sur le Mal. Certaines critiques voient à ce titre dans le réveil de la Princesse Aurore, un motif de résurrection.

Le personnage de Maleficent, la terrifiante sorcière du Mal, représente l’un des éléments les plus marquants du film, tant pour son allure et sa démarche à la fois glaçantes et lascives, sa personnalité, sa transformation en dragon et le thème musical qui lui est propre – un arrangement de la Danse du Chat Botté. Le combat entre elle et le Prince Philippe fait l’objet d’une scène saisissante et mémorable ayant marqué de nombreux cinéphiles. Certains la décrivent même comme l’un des épisodes les plus effrayants de l’histoire de Disney. Malgré des critiques négatives qui persistent encore aujourd’hui, La Belle au Bois Dormant est un véritable sommet de poésie et d’art graphique et restera l’une des plus belles œuvres des studios Disney.

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Sleeping Beauty

Les faibles revenus de La Belle au Bois Dormant et la lassitude du public pour les contes de fées poussent Disney à envisager la réalisation de films plus familiaux, dans la lignée de La Belle et le Clochard. Les studios entrent alors la période suivante, marquée entre autre par le développement de nouvelles techniques d’animation, qui semble annoncer un déclin inévitable.

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