VL a pu regarder le reportage d’Envoyé Spécial. Pour ce premier numéro de l’année, le magazine d’information de France 2 consacre un reportage aux conséquences de la robotisation sur le marché de l’emploi.

Le reportage s’ouvre dans le centre postal « le plus moderne du monde ». STO Express est le numéro trois du courrier en Chine. À l’intérieur de l’usine « une armée de petits robots roulants, infatigables et dociles » travaille à déposer des colis dans les fentes correspondantes à la destination de ceux-ci. Les 300 robots trient 70.000 colis par jour. Une concurrence insoutenable pour une main-d’oeuvre humaine qui met 30 fois plus de temps pour faire les mêmes tâches. Le système automatisé a été mis en place en 2016 dans quatre des sept plateformes du groupe. À chaque fois la société a supprimé les trois quarts de ses employés. Le directeur de l’usine l’affirme :  « D’ici 3 ans il n’y aura plus aucun employé humain. »

Vous l’aurez compris, le reportage d’envoyé spécial s’intéresse aux conséquences de la robotisation sur le marché de l’emploi. Le journaliste ne peut s’empêcher de poser la question qui fâche : « Les robots vont-ils simplement nous délester des tâches ingrates ou bien vont-ils nous remplacer ? »

Après l’industrie, le secteur des services

Amelia est un robot capable d’apprendre n’importe quelles informations en quelques minutes. Le directeur de l’entreprise plastronne :  « son cerveau informatique est construit comme celui d’un humain mais sans défaillance ». Capable de remplacer des employés travaillant dans les secteurs de la banque, les assurances, les ressources humaines ou les agences de voyages, son utilisation inquiète. Des économistes de l’université d’Oxford révèlent, dans une enquête datante de 2013, que cette intelligence artificielle va remplacer 99% des emplois de bureau. 

Le concepteur d’Amelia le dit lui-même, son invention va supprimer 250 millions d’emplois sur la planète d’ici 2025.

C’est le cas du travail de Beverley Clayton. Cette ancienne comptable a subi le nouveau diktat imposé par la robotisation. Comptant parmi les 7000 comptables de Wall Mart licenciées elle a dû trouver un nouvel emploi payé deux fois moins chère. Motif du licenciement : « pénurie de travail ».

La destruction créatrice, vraiment ?

Daron Acemoglu est chercheur au MIT, la prestigieuse école d’ingénieurs de Boston. En 2012 il l’affirme : « parfois les progrès technologiques parviennent à remplacer des ouvriers par des machines mais nous pensons au final que tout ceci est positif pour les travailleurs et pour la société ». Depuis, il a totalement changé de point de vue : « nos résultats sont légèrement plus négatifs, sur 20 ans, les créations d’emplois dans d’autres secteurs de l’économie, n’ont pas compensé les destructions liées à l’automatisation »

Son étude révèle que de 1990 à 2007, les robots ont détruits jusqu’à 670.000 emplois américains dans l’industrie. Au-delà du premier impact direct qu’est la perte de l’emploi pour le salarié, Daron Acemoglu relève un autre problème : la pression à la baisse sur les salaires qu’exercent ces nouveaux chômeurs.

La Chine, terre de robotisation

Les journalistes de France 2 nous emmènent ensuite en Chine. En 2014 le gouvernement central chinois a décidé d’imposer à son économie un plan national de robotisation massif : 650.000 robots installés à l’horizon 2025 pour remplacer des millions d’ouvriers et rester compétitifs.

Ce projet répond aux nombreux mouvements sociaux qui ont eu lieu dans le pays ces dernières années, notamment en 2013. Tao, un activiste ouvrier explique ce changement : « la génération d’ouvriers n’est pas aussi docile que l’ancienne. » À force, Tao prévoit que ces ouvriers puissent « passer au stade supérieur et renverser ce mauvais système. »

Quelles seront les conséquences de l’automatisation systématique des emplois ? Daron Acemoglu redoute que les gens mis en colère par la perte de leurs emplois se vengent sur le pouvoir politique et votent pour des extrémistes « qui promettent de renverser le système. »

A voir ce soir : Envoyé Spécial, 20h55 sur France 2. Présenté par Elise Lucet.