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François Hollande : Un retour sur le devant de la scène ?

Un livre original pour un ex-président. Après le traditionnel livre-bilan de mandat il y a un an (« Les Leçons du Pouvoir », Stock), François Hollande, crée l’événement avec une nouvelle publication, « Répondre à la crise démocratique » (Fayard), sous forme d’entretien avec le think tank de centre-gauche Terra Nova. S’en suit une série de conférences dans les universités françaises. L’objectif est annoncé : « redonner un nouveau souffle à la Vème République ». Entre grandes généralités et petites prétentions, l’ancien président se place au-dessus de la mêlée pour revenir au devant de la scène politique. François Hollande prépare-t-il l’avenir ? Éléments de réponse.

Petites et grandes ambitions.

Frôlant la lecture actualisante des réformes successives de la Vème République, Hollande donne une réponse affirmée à cette « crise » qu’entretient la France : la carence de son système démocratique. L’ancien président déplace ainsi le clivage contemporain sur le régime politique, entre réformisme radical et maintien acharné, vers une nouvelle lecture des institutions, avec « stabilité » pour maître-mot.

Et face au constat d’une vie politique française épuisée, un véritable « ciment » démocratique doit être retrouvé. L’enjeu environnemental semble être ce nouveau liant en même temps que la clef de voûte de son programme, soulignant que la démocratie doit se placer comme nécessaire solution au problème écologique. Un sujet qui ne fait plus débat aujourd’hui ; de quoi se placer au-dessus de la mêlée.

Un programme innovant ?

De véritables propositions institutionnelles défendues au nom de la cohérence : mandat présidentiel de 6 ans renouvelable 1 fois, possibilité de suppression de la fonction de Premier ministre, abolition du 49-3, fin du droit de dissolution, suppression des ordonnances. En bref, la proposition d’un régime présidentialiste aux inspirations américaines assumées.

L’ancien chef d’État n’innove en aucun point en calquant son programme au fonctionnement américain jusqu’à même la discordance des agendas électoraux législatifs et présidentiels. Son but : l’obligation d’une politique de compromis, sans réel force de proposition pour éviter un “shutdown”, cette fois à la française.

Et François Hollande va même plus loin. Avec la proposition de réduction du temps de travail des parlementaires et le recentrage de cet organe législatif plutôt sur la mise en application des lois, l’ex-président marque ainsi sa ferme volonté de renforcer un exécutif qui a subi les nombreuses vagues parlementaires, notamment durant son propre exercice.

Une positionnement pour l’avenir ?

Un discours structuré pour un homme d’État qui rappelle ses victoires à la tête du pouvoir : défendant le mariage pour tous, une guerre au Mali considérablement critiquée, et évoquant presque à titre d’anecdote ses échecs sur la constitutionnalisation de l’état d’urgence et la déchéance de nationalité. De plus, en mettant sur le dos du Parti Socialiste le cas de la fronde de son propre camp sur la “loi El Khomri” notamment, François Hollande fait la sourde oreille en éteignant les possibles dissonances. Comme si la gauche ne pouvait plus parler qu’à elle-même.

Au cœur de son livre : une claire volonté d’approfondissement d’une démarche davantage participative et citoyenne dans l’élaboration des lois ainsi que l’affirmation de l’importance des élus locaux. Cependant, François Hollande ne crée pas de réelles ruptures. Le progressisme semble s’arrêter ici, effleurant même un discours aux traits conservateurs : entre dénonciation d’un déséquilibre entre l’Union Européenne et les organes institutionnels français, critique de l’instauration des primaires ouvertes pour les partis, volonté de maintien du clivages politique traditionnel droite-gauche, critique de l’intégration d’une dose de proportionnelle à l’Assemblée, et ferme opposition au non-cumul des mandats pour les élus.

Notre pays a besoin d’autorité, mais aussi de responsabilité, de clarté, d’équilibre, de respect et d’engagement.

François Hollande, Répondre à la crise démocratique

Enfin, devant le constat d’éclatement des offres politiques, l’ex-président exprime la nécessité de remettre les partis traditionnels au cœur du jeu politique. Soulignant le danger des extrêmes, François Hollande semble vouloir remettre en place la boussole politique d’il y a quelques années. Néanmoins, il émet quelques critiques concernant la bureaucratisation et la tournure qu’ont pris les partis politiques dans le choix du candidat pour l’élection présidentielle. Le Parti Socialiste doit renouer avec ses fondements avec la fin de la pratique des primaires ouvertes et renforcer son lien avec le terrain et les français à l’heure où les programmes sont conçus par des experts de la pensée politique. Constat ironique lorsque l’on sait que cet ensemble de propositions est publié chez Terra Nova et que l’entretien est mené par ce même think tank.

Quelle gauche ?

Alors que la candidature de Bernard Cazeneuve est quasi certaine et que la possibilité de celle de Christiane Taubira commence à créer une certaine émulation au sein du PS, l’espace politique se resserre fortement pour François Hollande. D’autant plus que Cazeneuve sera l’homme attendu pour défendre son mandat et que l’ex-président ne semble plus avoir de soutien au sein de son ancienne famille.

Pourtant, de l’espace, il semble s’en créer seul : mettant un coup à la droite qu’il accuse de la radicalisation des manifestations du mariage pour tous, et à la coalition de façade qu’est la majorité actuelle qui ne propose, au fond, rien de neuf. Alors, si la porte est ouverte, on pourrait penser qu’Hollande se met à rêver de demain quelques mois avant le congrès annuel du Parti Socialiste.

Christiane Taubira, Bernard Cazeneuve, Manuel Valls et François Hollande (de gauche à droite)/Le Point.

Entre progressisme de discours et volonté d’une nouvelle pratique du pouvoir, François Hollande semble avoir mis un trait à son passé, en mettant derrière lui un bilan de mandat contrasté. Au-dessus de la mêlée, il propose une nouvelle lecture de la Vème République, sans pour autant innover, et plaide pour la mise en application d’une politique d’efficacité et de compromis. Une ligne dangereuse qui pourrait rimer avec immobilisme et politique vide, prenant en compte presque secondairement la mutation du système politique actuel : symbole d’une gauche qui ne s’est pas réconciliée avec la modestie.

Un livre marquant les bases d’un retour en politique assumé, sans pour autant délivrer des propositions neuves et des réponses claires pour un livre qui en promettait tant. Avec “Répondre à la crise démocratique”, l’ex-président veut marquer son retour sur la scène politique et réincarner un avenir au sein d’une gauche divisée. Demain nous dira s’il aura raison.

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