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Guillaume Singelin : “Je ne sais pas si j’aurais continué la BD sans Ankama”

Japan Expo : Guillaume Singelin

C’est peu de le dire, Japan Expo rassemble de nombreux talents français et japonais. À cette occasion nous avons pu rencontrer Guillaume Singelin. Illustrateur de talent, il s’est distingué grâce au Label 619 (éditions Ankama) notamment sur The Grocery, succès critique qui lui a valu une sélection au festival international de la bande dessinée d’Angoulême.

Japan Expo : Guillaume Singelin (Ankama)

Guillaume Singelin, dessinateur (et auteur !)

 

Karel : Quelles sont tes influences et tes inspirations ?

Guillaume Singelin : Haha la question large dès le début ! Elles sont assez vastes. Je pense que j’ai une grosse influence qui vient du manga. Forcément, j’ai commencé à dévorer Akira, Dragon Ball etc. Puis un peu tout ce qui sortait à l’époque, notamment avec le club Dorothée. J’ai grandi en lisant pas mal de BD franco-belge comme Spirou et un peu de comics, surtout Frank Miller. Mes parents étaient pas mal axés sur la culture, ça m’a permis d’avoir des références assez variées. En ce moment, je tiens plus mes références de séries TV : The Wire, Les Sopranos, Fargo

K : Tu présentes à Japan Expo entre autres ton travail au sein des DoggyBags. Que peux-tu nous en dire ?

S : Ouais, il y a plusieurs DoggyBags présentés à Japan Expo, notamment le spécial Japon auquel j’ai participé avec Sourya et Atsushi Kaneko (Wet Moon, Deathco). C’est une histoire de samouraï que Run a écrit. Les samouraïs m’intéressaient depuis longtemps, qui plus est le projet était presque uniquement en noir et blanc… ça a titillé mes influences mangas accumulées au fil des années. C’est pas facile de faire du noir et blanc en France, à part si c’est un roman graphique…

Singelin : Doggybags Samurai

DoggyBags (tome 12), couverture signée Singelin

 

K : Tu as beaucoup dessiné sur des scénarios écrits par d’autres, je pense à The Grocery ou King David… est ce que ça te donne envie de dessiner tes propres histoires ? Tu as un projet qui s’appelle PTSD non ?

S : C’est ça. J’avais fait une mini histoire dans DoggyBags que j’avais écrit seul, mais c’était plus une sorte de test, de concept pour moi. Là, je prépare mon premier projet en solo : PTSD, sur lequel je m’occupe du dessin mais aussi du scénario. J’ai mis 1 an à l’écrire, c’est dire si je galère !

K : Une date pour PTSD ?

S : Très lointaine. Le process de la maison d’édition américaine est beaucoup plus long qu’en France donc ce serait vers fin 2018, début 2019.

K : Est-ce que PTSD sera édité en France par Ankama ?

S : Pour le moment le projet est chez First Second, un éditeur américain. Ils m’ont contacté il y a 2 ans et demi, ils cherchaient à faire des ponts entre scénaristes américains et dessinateurs étrangers. Ils m’ont proposé le scénar d’un écrivain, mais je n’ai pas vraiment accroché. Je leur ai alors proposé une idée de départ, ils ont dit OK et je suis parti dessus.

K : J’ai appris que tu avais travaillé sur le film Mutafukaz, est-ce que tu peux nous parler de ton travail sur ce long-métrage ?

S : J’ai travaillé véritablement sur le début du projet, sur la partie concept / direction artistique. En 2007, la BD intéressait le studio 4°C (Mind Game, Amer Béton, Animatrix). Ils ont commencé à lancer les réflexions sur l’écriture et je suis arrivé à ce moment-là. Nous étions une petite équipe, il y avait Run et moi du côté français et du côté japonais il y avait Nishimi Shoujirou-san et son assistant Ayashi-san.

Mon boulot c’était de transmettre les idées de Run visuellement. Je faisais un dessin pour faire passer les idées, c’était plus rapide que de traduire du français au japonais. Ce projet m’a permis de faire du chara design, du décor, et du story-board pour quelques séquences dans le film. C’était hyper cool. J’ai pu toucher à pleins d’aspects du projet, même discuter un peu du scénario… j’avais une position de traducteur visuel.

K : J’imagine que tu bouillonnes d’impatience de voir le résultat !

S : Hahaha oui !

K : Est-ce que tu peux nous parler de ton rapport au Label 619 (collection créée par Run, ndlr) ?

S : Et bien c’est une très bonne relation ! On s’est rencontré avec Run il y a pas mal d’années, le premier truc que j’avais fait avec eux c’était le story-board de la bande-annonce du tome 0 de Mutafukaz. À l’époque Run connaissait mon boulot via Internet. J’étais encore étudiant, et il m’a proposé de venir en stage à Ankama pour voir comment ça fonctionne. On s’est super bien entendu, il m’a hébergé chez lui pendant le mois du stage et depuis nous sommes vraiment devenus hyper potes. Il m’a appris beaucoup de choses sur la BD, sur le monde de l’édition, il m’a permis de développer mon esprit documentaire pour la recherche de scénario… C’est grâce à lui si je peux écrire mon scénario maintenant.

C’est vrai qu’en ce moment je fais un écart personnel avec PTSD mais j’ai encore plein de projets avec Run et Ankama. En réalité, je ne sais pas si j’aurais continué la BD sans Ankama. Ça a été assez important pour moi.

Singelin : Akira

 

K : Japan Expo c’est pas mal de rapprochement entre la France et le Japon. On parle de plus en plus de “manfra” (manga à la française, ndlr) qu’est-ce que ça t’évoque ?

S : Je pense que c’est bien qu’on en fasse, il y a de bons auteurs. Il y a un public pour ce genre d’œuvres hybrides. Il n’y a plus vraiment de sens à faire des distinctions entre la BD, les comics, les mangas… Pour moi, du moment que c’est de la narration avec des images ça me va, point barre. Mes références sont autant manga et comics, que franco-belge, j’ai autant envie de faire l’un que l’autre. Ce que j’espère, c’est qu’on ne fasse plus de distinctions. Je ne pense pas que ce soit utile de s’enfermer dans des cases.

Aujourd’hui les différences relèvent davantage de l’aspect géographique et du processus de fabrication que du style graphique. Avec Internet, tous les jeunes auteurs de ma génération et des suivantes sont influencés par la terre entière. On peut parler de la naissance d’un style mondial.

K : Quel conseil donnerais-tu à un jeune auteur aux multiples influences ?

S : Je pense qu’il devrait faire ce qu’il a envie de faire. Ce n’est pas parce que tu veux faire du manga que tu dois forcément faire du noir et blanc. Si tu veux faire de la couleur, fais de la couleur ! Il faut avancer en fonction de ses envies. Quand Ankama a lancé DoggyBags, c’était un projet infaisable en France et ils l’ont fait parce qu’ils en avaient envie. Maintenant ça marche. Il ne faut pas se donner de fausses barrières.

Interview réalisée par Sébastien Semo et Karel Kamphuis

Visuels : Ty Bull Tome 2, Ankama, Guillaume Singelin, Peow

About author

Animateur de HyperLink et Rédacteur-en-chef Pop Culture, spécialiste en univers virtuels et jukebox itinérant.
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