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Hélène et ses garçons,… 30 ans après, ça marche toujours

Depuis 30 ans cette année, Hélène et ses garçons vivent leurs aventures sur le petit écran, notamment avec la série Les mystères de l’amour. Mais pourquoi ça marche toujours ?

Hélène. Elle s’appelle Hélène. Elle est une fille… comme les autres… ou presque. Car depuis 1992, elle est l’héroïne de plusieurs séries à succès, un succès public toujours aussi vivace, même avec plus de 700 épisodes de Les mystères de l’amour. A la manière de ses grands soaps américains, les aventures de la “tribu d’Hélène” se déroulent sur nos écrans et se transmettent d’une génération à l’autre. Qu’importe que certains trouvent la série ringarde, qu’importe que la critique aime à se défouler sur elle, le public lui la soutient encore et toujours.
En mai 2016, Les mystères de l’amour devient la série la plus longue de la franchise (contre 281 épisodes pour Hélène et les garçons), et entre dans le club assez fermé des très longues séries hebdomadaires de la télévision française (au côtés de Sous le soleil), hors feuilleton quotidien bien entendu.
Derrière cette grande saga, un homme, Jean-Luc Azoulay, qui a créé un gigantesque univers de séries dont les histoires se croisent et se recroisent.

A écouter aussi : La loi des séries s’la raconte : Hélène et les garçons, la saga aux plus de 1000 épisodes

Générique saison 22

En 1987, Dorothée débarque sur TF1 pour devenir animatrice du mythique Club Dorothée et aussi responsable de l’unité jeunesse de la Une, nouvellement privatisée. Déjà chanteuse depuis quelques années, l’animatrice est accompagnée sur scène par une bande de musiciens, Les Musclés. C’est par eux que les fameuses sitcoms AB vont faire leurs débuts puisque Azoulay et Berda (A et B de AB) décident de leur confier une sitcom. Si le genre est très connu aux Etats-Unis depuis les débuts de la télévision (I love Lucy date de 1952), il ne l’est que très peu chez nous. Il y a eu bien entendu le carton de Maguy sur Antenne 2, et dès 1988, TF1 produit déjà Vivement Lundi. Mais c’est véritablement avec les sitcoms AB que le genre va prendre tout son envol. Et avec Salut les musclés, J.L Azoulay va créer tout un univers de séries entrecroisées les unes les autres. Ainsi c’est dans Salut les musclés que va apparaître le personnage de Justine, future héroïne de la série Premiers Baisers, jeune collégienne dont la sœur va rentrer à la fac, une sœur qui s’appelle… Hélène et qui aura sa série, Hélène et les garçons. Avec toutes ces séries, Azoulay peut au moins se vanter d’avoir créer les spin off à la française. Mais c’est aussi à partir de cette époque que la terminologie va devenir floue et que les termes de « sitcom » et de « soap » vont se confondre. Car à de rares exceptions et si on excepte les rires enregistrés, les séries AB n’ont que très peu de rapport avec le genre sitcom. Hélène et les garçons est plus un soap pour les jeunes et Premiers Baisers une sorte de teen drama avant l’heure en format vidéo (car il n’y a pas de drames dans les sitcoms, à la différence de beaucoup de séries AB).

Ce qui a permis à ces séries de s’installer, c’est bien entendu l’énorme présence médiatique des émissions de Dorothée qui diffusent en boucle ces programmes. Comme il l’avait fait avec Dorothée aux débuts des années 80, JLA va faire chanter quasiment tous les comédiens de son écurie, renforçant ainsi leur présence dans toutes ces émissions, qui diffusent leurs clips en boucle et les invitent lors des grands directs du mercredi.
Mais on ne peut pas réduire leur succès à la surmédiatisation de ces programmes. Ce serait bien trop simple et ça ne suffirait pas à expliquer le phénomène de société que deviendra une série comme Hélène et les garçons qui réunissait au plus fort de sa carrière jusqu’à 6 millions de téléspectateurs. On peut reconnaître un talent à Azoulay: il sait comment faire du « tube » que ce soit en matière de musique comme en matière de séries. Il sait aussi comment créer un lien particulier entre le public et ses programmes grâce à ses animateurs comme ses comédiens qui forment tous une sorte de famille. Et puis les programmes de Azoulay correspondent à une certaine époque de la télévision, à une certaine idée que l’on s’en faisait et dont certains ont aujourd’hui la nostalgie.

Le miracle de l’amour. Les vacances de l’amour. Et aujourd’hui, Les mystères de l’amour. Chaque week-end, un ou deux épisodes inédits de la 3ème série dérivée de Hélène et les garçons sont diffusés sur TMC, offrant à la chaîne de très jolis scores d’audience. Mêmes recettes qu’à son lancement, mêmes intrigues ou presque, et toujours le même succès auprès du public. Il est indéniable qu’il y a un vrai attachement du public non seulement à cette série, mais surtout à ces comédiens. Il n’y avait qu’à être au Festival de la fiction TV de la Rochelle ou à Canneséries pour le constater. La très longue file d’attente pour les dédicaces parle d’elle même. Et cette longue file d’attente n’était pas uniquement constituée de trentenaires ou quarantenaires nostalgiques. Une nouvelle génération de spectateurs s’est emparée de la série pour en faire la sienne. On parle d’attachement. Qu’il s’agisse d’un attachement nostalgique pour une bande qu’on a toujours connu, ou un vrai engouement récent pour ces aventures, le public aime Hélène, Nicolas, Cri-Cri, Fanny ou Laly ; il aime les retrouver chaque Week-end ; il aime découvrir les nouvelles chansons d’Hélène ou de Fanny incorporées à la série comme au bon vieux temps du Club Dorothée.

L’autre grand force de Jean-Luc Azoulay est d’avoir transformé Les mystères de l’amour au fil des années en cocon douillet pour retrouver des visages qui avaient pour certains disparu des écrans depuis les années 90. Ainsi, il se plaît à convoquer dans sa série des personnages issus des autres séries AB (comme Philippe de La philo selon Philippe, Mme Pichardeau des Filles d’à côté, les Musclés bien entendu, ou encore Annette, Roger et Justine de Premiers Baisers), comme de la saga Hélène (le dernier en date est David Proux aka Etienne qui a fait son retour dans la série quelques 29 ans après l’avoir quitté). Cette technique rend l’univers très riche et instaure une connivence, une complicité avec le spectateur qui a tout suivi depuis le début. Il a aussi, du coup, l’impression d’appartenir à cette grande famille.

Il y a enfin un dernier aspect qui est, cette fois, à mettre au crédit des comédiens, c’est leur très grande sincérité et leur attachement non seulement au programme, mais aussi aux uns les autres. Au fil des années, ils sont devenus des amis qui prennent plaisir à travailler ensemble chaque jour. Reconnaissant pour leur public qui ne les a jamais lâché, y compris quand de l’autre côté, ils se faisaient “taper dessus”, cette troupe d’acteurs est devenue aujourd’hui une famille d’acteurs dont l’authenticité et l’honnêteté transparaît à chacune de leur sortie publique. Ils savent ce qu’ils font, ne se bouchent jamais le nez eux et ça le public le reconnait et le récompense.

Alors certes, l’audience n’est pas du niveau de celle de TF1 de la “grande époque” (pas de TNT en 1992 et une chaîne surpuissante) ; oui on peut “se pincer le nez” et “tourner la tête” en faisant comme si ça n’existait pas, notamment avec l’explosion qualitative de la fiction française.
Mais comment ignorer que ces héros, ces acteurs sont toujours là 30 ans après ? Qu’ils ont toujours leurs fans, nombreux, qui les suivent et les aiment ?

A écouter aussi : Elsa Esnoult & Bob Dylem, invités d’Un Éclair de Guény

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Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
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