C’est une bien triste nouvelle que les médias nous ont fait parvenir en ce jour du 12 mars 2018. Une des dernières grandes pointures de la mode, à la griffe unique s’est éteinte à l’âge de 91 ans : Hubert de Givenchy. En effet, son compagnon annonçait : « C’est avec une immense tristesse que Monsieur Philippe Venet vous informe du décès de Monsieur Hubert Taffin de Givenchy, son compagnon et ami. Monsieur de Givenchy s’est éteint dans son sommeil le samedi 10 mars 2018. Ses neveux et nièces et leurs enfants partagent sa douleur. » Après l’idole des jeunes prénommée Johnny Hallyday et Paul Bocuse dans le milieu de la gastronomie, c’est un autre grand pilier de la culture française que nous regrettons. Quoi de plus évident donc que de retracer le parcours flamboyant d’un homme qui aura su être le marqueur de l’élégance à la française.

Le destin d’un homme prénommé Hubert de Givenchy

Hubert de Givenchy, c’est l’histoire d’une ascension fulgurante. Né le 20 février 1927 à Beauvais (dans l’Oise), il côtoie déjà les grands noms à l’âge de vingt ans, en se faisant assistant de la créatrice Elsa Schiaparelli. Cinq ans plus tard, il crée sa propre maison de haute-couture. Son projet est novateur, pour une époque où les règles et les codes en matière de Mannequinat sont très strictes et l’état d’esprit général très arrêté. Il est question de lancer des « separates », qui sont des jupes et chemises dont la principale qualité réside dans le confort et la simplicité.  Le styliste rend cette sphère accessible aux plus petites bourses. Les matières telles que la popeline ou le coton brut  sont certes plus modestes qu’en haute-couture, mais il s’agit tout de même de tissus qualitatifs.  Pour finaliser chacun de ses modèles, le créateur s’attache à les accompagner d’accessoires décalés pour créer un look rempli de vibration rafraichies et printanières qui donnent le sourire.

DP Gemeentemuseum Den Haag

Sa notoriété atteint son paroxysme grâce à une collection dont la pièce maîtresse : « la Blouse Bettina » remportera les acclamation de Vogue, la qualifiant de « magique première collection ». Cet avant-gardiste a, dès 1954 mis en place une ligne de prêt-à-porter de luxe en totale adéquation avec l’esprit Sportswear déjà bien encré aux Etats-Unis. Ces mots de Coco Chanel lui conviendraient donc parfaitement : « Il n’y a pas de mode si elle ne descend pas dans la rue ».

Givenchy

 

Ce grand homme décide finalement de mettre un point final à sa carrière en 1995 en toute  discrétion et sincérité, confiant les clefs de sa seconde demeure au groupe LVMH. Ce dernier ne trouvait plus sa place dans la nouvelle ère des « bulldozers industriels » où « Il y a de plus en plus de robes mais pas de direction, des sacs avec des chaînes, des chaussures presque importables. Si c’est ça le luxe, ça n’a qu’un temps ». Non sans une pointe d’amertume, Givenchy est nostalgique de la belle époque. C’est pourquoi, son ultime défilé fut le fruit du projet qu’il a tenu à bout de bras depuis les prémices de sa carrière : une collection « toujours plus épurée et simple » pour « parvenir à l’essence même d’un manteau, d’une robe un tailleur ».

Zylenia

Givenchy, les icônes glamour et le cinéma

L’âge d’or de ses créations est de pair avec les années 1950. Le couturier habillera des déesses mythiques dans le monde entier, des femmes d’ombre et de lumière à l’image de Grace Kelly, Jackie Kennedy ou encore Jeanne Moreau. Mais, comme tout grand artiste, Givenchy avait une muse : Audrey Hepburn, dont naîtra une synergie sans bornes. A l’origine, tout part d’un malentendu. Pensant retrouver Catherine Hepburn, dont il est fervent admirateur, pour une collaboration, il se retrouve face à Audrey Hepburn. D’abord déçu, il refuse la requête de la jeune femme visant à lui réaliser les costumes pour le film « Sabrina » de Billy Wilder. Cependant, face au charme éblouissant de l’actrice, le créateur accepte finalement de débuter une collaboration professionnelle. Il sera d’ailleurs récompensé de l’Oscar du meilleur costume pour « Sabrina« . C’est alors le début d’un succès de haut vol et d’une grande histoire d’amitié entre ces deux là. On parle aujourd’hui de l’inventeur du « style Hepburn ». Cette égérie et icône glamour portera pendant prêt de 40 ans les tenues de couturier sur les plateaux de cinéma comme dans son quotidien. Qui ne se souvient pas de la mythique « petite robe noire » dans le classique cinématographique « Tiffany’s Breakfast » ?

Sabrina

Breakfast at tiffany’s

Une rencontre qui a jalonné et façonné sa vie et son oeuvre : Cristóbal Balenciaga

Ces deux compères se rencontrent lors d’une escapade à New York. Depuis son plus jeune âge, Givenchy voyait en Cristobal Balenziaga l’idéal du couturier, celui qu’il avait envie d’imiter. Jusqu’à sa mort en 1972, ces deux maîtres de l’art du tissu construiront une belle et grande histoire d’amitié et noueront entre eux un soutien indéfectible. A cela s’ajoutent d’interminables conversations sur la façon la plus naturelle et la plus simple d’habiller la femme, en respectant les matières brut : « le dos et les manches conçus avec le moins de coutures possibles, la simplicité des lignes, le mouvement indépendant du corps féminin et du textile, et l’importance de respecter les caractéristiques propres à chaque textile et à en tirer le meilleur parti  » furent les mots de Givenchy. Balenziaga et Givenchy se sont bien trouvés car ils avaient la même façon de voir le monde de la mode, ce qui leur a voulu d’être complémentaires.

GETTY

Que dire, si ce n’est merci d’avoir défendu le style de l’élégance et de la féminité à la française, sans avoir dévié dans une société enclin aux influences des réseaux sociaux. Nul doute que l’heure de gloire de ce maître est bien loin d’être achevée, lui qui en 2017 avait fait l’objet d’une exposition à la cité de la dentelle et de la mode de Calais pour ces 40 ans de carrière.

Pour achever cet article, la rédaction vous propose ces quelques notes musicales d’Hugues Aufray qui résument notre pensée : Adieu monsieur le professeur, On ne vous oubliera jamais, Et tout au fond de notre coeur, Ces mots sont écrits à la craie, Nous vous offrons ces quelques fleurs, Pour dire combien on vous aimait, On ne vous oubliera jamais.

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