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La chaîne Nolife rend l’antenne

La chaîne Nolife rend l'antenne

Lancée le 1er juin 2007 par Sébastien Ruchet et Alex Pilot, la chaîne Nolife cessera d’émettre le dimanche 8 avril prochain. Du haut de ses (presque) onze ans, ce bastion de la culture geek en France aura défié tous les pronostics malgré ses problèmes financiers.

Coup de tonnerre dans la communauté des gamers et des otakus : Nolife, chaîne de télévision dédiée au jeu vidéo et à la pop culture japonaise, ne soufflera pas sa onzième bougie. Après plusieurs années de lutte, la chaîne a été placée en liquidation judiciaire et cessera d’émettre ce dimanche 8 avril.

“C’est peut-être notre poisson d’avril le moins drôle, mais c’est vrai : l’aventure de Nolife est terminée” a déclaré, ému, le président fondateur Sébastien Ruchet dans son Point Final sur Nolife. Les programmes suivront leur cours tout au long de la semaine, avant une ultime soirée ce dimanche en compagnie de celles et ceux qui ont écrit l’histoire de la chaîne.

* Insert Coin *

Nolife, qui a plus d’une fois trompé la mort, a toujours traversé de nombreuses difficultés financières. Faute de chiffres Médiamétrie l’antenne n’a accueilli la publicité que très tard, avant de se heurter à la chute constante des revenus publicitaires. La chaîne avait entretemps été sauvée par Ankama, mais restait structurellement déficitaire. En 2017, Nolife avait ainsi dû licencier sa rédaction jeu vidéo pour passer son redressement judiciaire. Des investisseurs s’étaient depuis manifestés pour relancer la machine, mais les discussions n’ont pas abouti.

Quand bien même le financement participatif aura permis au magazine Canard PC de surmonter la crise de Presstalis, Sébastien Ruchet s’y refuse : “les spectateurs nous ont déjà soutenu (…) certains au-delà du raisonnable.” Le service Noco.tv lancé en 2009 proposait déjà aux spectateurs de verser à la chaîne 5€/mois ou plus en l’échange d’un accès illimité aux archives de la chaîne en VOD. Pas question non plus de diffuser uniquement sur Internet. Se confiant au Monde, Sébastien Ruchet reconnaît que la diffusion télévisuelle ne pèse que très peu dans les dépenses de la chaîne.

“Y a pas que la vraie vie dans la vie”

Libération l’écrivait à l’époque : “un rêve de gosse, monté par une bande d’amis, comme on pouvait lancer un fanzine dans les années 70, une radio en 81, un site web collectif à la fin des années 90.” Difficile de décrire autrement Nolife : à son origine, Sébastien Ruchet et Alex Pilot, deux trublions du PAF qui s’étaient déjà fait remarquer sur Game One entre autres grâce aux soirées Omnibus, à leur série France Five et à leurs documentaires produits par leur société Pocket Shami. En presque 11 ans d’existence, leur bébé n’a jamais transigé avec son indépendance et sa liberté de ton, revendiquant une approche sans filtre des cultures alternatives.

Annoncée en janvier 2007, Nolife a très vite trouvé son public sur Internet. Son slogan, “Y a pas que la vraie vie dans la vie”, sonnait comme un cri de ralliement générationnel. Alors que Game One s’était rangé à la stratégie éditoriale de MTV, Nolife misait sur la niche : s’adresser à une constellation de publics spécifiques, convoquer leurs références avec déférence, décalage et pédagogie. Au-delà de l’étiquette, donner à voir la diversité d’une “culture geek” qui avait encore tout à prouver.

Catsuka, Retro & Magic, Chez Marcus, le J-Top, EXP, Hall of Shame, J’irai loler sur vos tombes, Superplay, Hard Corner, Mange mon Geek, NerdZ, Flander’s Company, Japan in Motion… Nolife n’a jamais hésité à jongler avec les formats : reportages, pastilles, fictions et documentaires, la chaîne a prouvé qu’il était possible d’abreuver son public avec une inventivité sans cesse renouvelée. Au risque de décourager certains annonceurs, cet esprit d’ouverture aura donné une tribune, voire un tremplin, à des talents de tous les horizons. De par son statut de chaîne musicale, Nolife aura enfin démocratisé la musique japonaise et plusieurs labels indépendants français dont Record Makers (Kavinsky, Sébastien Tellier).

Un héritage à préserver

Ce catalogue foisonnant se voit pourtant menacé. La liquidation de Nolife signant la fin de la plateforme Noco.tv, l’incertitude pèse en effet sur la sauvegarde de ses archives. Certains spectateurs se sont déjà lancés dans une course contre la montre pour sauver les grands moments de la chaîne avant leur potentielle disparition.

Au terme d’une décennie de recomposition perpétuelle du paysage médiatique, peu d’entités peuvent se targuer d’avoir accompagné la maturation de leur public. Après onze ans de bons et loyaux services, Nolife laisse un héritage précieux : celui d’avoir cassé l’hermétisme de certaines niches, d’avoir motivé la structuration d’une offre légale de japanimation en hexagone, d’avoir nourri des vocations et des carrières dans le milieu du jeu vidéo et du divertissement, d’avoir tout simplement montré que c’était possible.

La passation est amère, mais le flambeau n’est pas perdu.

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Animateur de HyperLink et Rédacteur-en-chef Pop Culture, spécialiste en univers virtuels et jukebox itinérant.
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