2017 marque l’année de la débâcle pour la gauche. Nous reprenons, avec ce second épisode, et en compagnie de figures emblématiques de gauche, les nombreuses interrogations concernant son avenir. Aujourd’hui, Rachid Temal, sénateur et numéro 2 du PS depuis 2015, puis parachuté à la tête de Parti pour prendre les rênes de la direction collégiale à la suite de l’épisode Cambadélis, s’est confié à nous. Au programme : remise en question du PS, Présidentielles et reconstruction de la gauche.

VL. – La vente de Solférino est un symbole. Le parti paraît fracturé de l’intérieur avec des lignes idéologiques divergentes, des membres partent pour d’autres mouvances et des mouvements indépendants se créent. Est-ce que l’espace politique de parti est vraiment mort, ou est-ce une difficile fin de cycle ?

Rachid Temal – Cela fait très longtemps que l’on nous le répète. Souvenez-vous, dès 2002 et ce fameux « grand corps malade, à la renverse, etc »… La prophétie, je la connais, mais elle ne s’est pas réalisée. Ce qui est clair aujourd’hui c’est qu’il y un processus de refondation. On n’a pas le choix de nous refonder, de nous reconstruire et de nous réinventer. C’est l’action que nous menons.

Ce que je note, c’est que notre candidat à l’élection présidentielle, Benoît Hamon – pour qui j’ai fait campagne car il était candidat désigné par les électeurs aux primaires –  et Manuel Valls ont quitté le Parti. C’est une faute politique. On ne peut pas être à la fois ceux qui souhaitent reprendre le parti et puis, quelque temps après, quitter le parti et les militants qui ont pris du temps pour pouvoir faire campagne.

« Plus que jamais, notre pays a besoin d’un Parti Socialiste fort, structuré, réinventé »

Le PS a une fonction historique de lutte contre l’injustice sociale et de lutte pour l’émancipation individuelle et collective. Plus que jamais, je crois que notre pays a besoin d’un Parti Socialiste fort, structuré, réinventé. C’est le travail que nous menons.

VL – On le voit, il y a une certaine émulation qui commence à se former – avec « l’appel des 200 socialistes » signé dans L’Obs ou encore la feuille de route lancée pour le vote des moments forts jusqu’au Congrès en 2018 avec, en ce moment, les Forums de Refondation. Le débat est donc mis l’honneur autant que l’unité. Il y a une certaine volonté de reconstruire. Selon vous, la gauche peut donc encore s’incarner dans le parti ?

Rachid Temal – Quand vous regardez à gauche, la première force politique en nombre d’adhérents et en nombre de militants (90 000 ndlr), c’est le Parti Socialiste. Vous allez me dire que certains font plus de bruit que d’autres mais, quand vous prenez les collectivités, les communes, les départements et les régions ; il y a vingt-six départements gérés par le PS, une centaine de communes, cinq régions, trente parlementaires à l’Assemblée, soixante-dix-huit au Sénat, treize au Parlement Européen.

C’est une vraie force politique, qui est en capacité de mener trois choses à la fois. La première, c’est la refondation. L’idée est que notre parti se change entièrement, il doit se réinventer avec humilité, avec responsabilité, avec vigueur. Le deuxième élément, c’est l’opposition, et ce, chaque fois que nécessaire. Et puis, en même temps, nous sommes en capacité de proposer : nous sommes la seule formation politique qui a proposé un contre-budget par exemple.

Oui, le Parti Socialiste est un parti qui a une responsabilité : proposer une alternative le moment venu aux Français. On devra commencer à le faire avec le Congrès et donc, les Forums qui précèdent, c’est l’occasion de débattre avec les Français de gauche, les organisations associatives et syndicales et de dire que, dorénavant, le PS, dans son ADN, doit être en permanence dans le débat avec les français.

VL. –  Vous avez été un artisan de la Primaire citoyenne ouverte qui a éclaté en morceaux aujourd’hui. Est ce que cette ouverture peut continuer de se faire sainement ? 

Rachid Temal – Sur les primaires, on aura le débat plus tard, pour les prochaines élections. Mais sur deux primaires, dans un cas, il y a une élection qui a été gagnée, dans l’autre cas elle a été perdue. Il ne faut pas être manichéen et il faut considérer cela. Il s’agit de savoir si les socialistes, à l’occasion de leur Congrès en mars prochain, vont être en capacité de commencer à proposer un projet de société aux Français. La question est légitime : ils se demandent si le socialisme a quelque chose à nous dire, a quelque chose à nous proposer de différent de ce qui est fait, a les capacités de dire quelque chose par rapport à la situation.

« La question des Français est légitime : ils se demandent si le socialisme a quelque chose à nous dire »

On peut prendre un exemple concret encore une fois : aujourd’hui, il y a une injustice fiscale et territoriale. On peut se demander ce que le PS a à nous dire sur les questions d’emplois, sur la question des industries, sur la question écologiste – quand on voit un gouvernement à la ramasse sur le sujet avec un ministre qui se pose la question de son avenir dans l’exécutif. Il y a beaucoup de sujets comme cela où nous avons des choses à dire, parce que nous le faisons depuis des années sur les territoires, parce que nous sommes capables d’innover. C’est cela qui m’importe, ce n’est pas de savoir si la primaire a été bonne ou non. On peut revenir et refaire le match mais ce qui est important aujourd’hui, c’est de savoir si nous sommes en capacité de proposer un projet de société.

VL. – Ne manque-t-il pas une incarnation forte pour la reconstruction du parti ?

Rachid Temal – Sans le fond, sans le projet, un parti n’existe pas. Un parti ne se résume pas à une personne ou à des egos. J’en appelle à du collectif, à mettre de coté tous les egos, à du rassemblement sur un projet clair et qui parle à la société. Voilà l’enjeu du Parti Socialiste. Après, le moment venu, il y aura des gens pour l’incarner, pour porter ces messages. Mais d’abord il faut un message, un projet. Il faut travailler, faire du collectif.

VL. – Concernant la direction du PS, vous parliez de collectif. Est-ce que pour succéder à une seule figure qu’incarnait M. Cambadélis, une gouvernance collégiale, comme celle qui a été mis en place pour assurer l’intérim, peut être une solution ?

Rachid Temal – Je vois aujourd’hui qu’il y a d’abord les instances qui continuent de travailler, il y a une direction collégiale dont j’en suis le coordinateur. À l’issue du Congrès, où la priorité sera d’avoir un projet de société à présenter aux français, il faudra une équipe de direction. Je plaide pour un collectif resserré, qui, sur des fonctions précises avec un mandat précis, aura l’objectif de reconstruire le parti, de poursuivre le travail sur le fond et de préparer les élections européennes ainsi que municipales.

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