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Lumière sur un génocide de 100 jours 20 ans après

1994 peut-être l’année de votre naissance, c’est pourtant celle qui précède la mienne. A la veille jour pour jour des 20 ans du dernier génocide du XXe siècle alors que l’on connaît par cœur l’histoire du génocide Juif, le génocide des Tutsis ne parlent qu’à très peu n’est-ce pas ? Loin d’être un reproche, beaucoup d’entre nous vivent sans connaître l’existence de la souffrance encore actuelle des Tutsis. Enquête sur un pays qui n’a pas achevé son deuil.

La haine n’a pas d’odeur, juste des racines

C’est ce que j’ai compris au cours de ma semaine de recherche sur ce génocide si peu compris. Lorsque ma mère a jeté un œil à mes brouillons étalés sur mon lit, elle a eu un mouvement de sursaut comme si des images lui revenaient. C’est à peu près la réaction de l’ensemble de mes proches lorsque je leurs évoque ce sujet épineux.

Tout commence à l’époque coloniale lorsque les Belges avec l’aide de la monarchie Tutsie gouverne le pays, ces derniers voient les Tutsis comme intelligents et aptes à recevoir l’évangélisation à l’inverse des Hutus qui sont catégorisés comme bons travailleurs. De cette distinction, les Belges ont classé chaque Rwandais soit Hutus ou Tutsis.

1959 est marquée par la révolution sociale des Hutus qui sont à la surprise générale soutenus par les Belges. C’est 85 % du pays Hutus contre 15 % des Tutsis qui finiront par accéder au pouvoir où la persécution des Tutsis commencent à se faire ressentir par ceux qui ont décidé de rester au lieu de fuir. La diaspora Rwandaise dirigé par Paul Kagame en Ouganda forme la FPR, la rébellion Tutsie.

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Rwanda, mon amour

En tête-à-tête avec Madame Mujawayo rescapée Tutsie, j’ai pu comprendre sa version de la réconciliation. Le Génocide a ôté pour elle toute forme de beauté, trouver beau le Lac Kivu n’était plus possible car combien de corps ont décorés la surface de l’eau ou même les abîmes. Il y a bien eu des procès vous raconterait-elle, les Gachacha. Où génocidaires faisaient face aux familles de victimes, elle y voit un flagrant paradoxe. Très souvent seule contre toute la famille du génocidaire encore en vie, la victime se rendait bien compte de ce qu’elle avait perdu.

“La réconciliation n’a pas le même sens pour moi. Il a fallu d’abord que je me réconcilie avec la vie puis avec moi. Ma génération à moi est foutue mais la génération suivante Rwandaise a encore une vie face à elle. Comme on dit chez nous, je te souhaite filles et fils, je te souhaite sœurs et frères. Personne après le génocide pouvait nous le souhaiter, car on avait déjà tout perdu”. Esther aime toujours autant son pays au-delà des blessures. Mais elle me fait par de la notion de négationnisme …

Le négationnisme français

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Nul n’ignore les relations qu’entretenaient Mitterrand et le Président Rwandais Juvénal Habyarimana. C’est son décès le 6 Avril 1994 qui mettra le feu au poudre. Mais alors où était la France durant ces 100 jours ?

Nombreux sont les témoignages de médecins d’MSF présents sur le terrain mais impuissants face à des machettes, qui vous diront sans hésiter. “L’armée Française était au côté de l’armée Rwandaise Hutu leur fournissant armes et formation militaire. Sans protéger les Tutsi pour autant.”. Triste révélation pour le pays des Droits de l’Homme qui condamne à outrance le négationnisme turque à l’égard des Arméniens certes odieux, mais qui en parallèle n’a pas plus bronché contre l’éradication totale d’une parti du peuple Rwandais.

Laissant la radio Mille Collines propageait ces incitations à la haine et à la mort “des cafards”, les Hutus ont travaillé au corps les Tutsis sous les yeux aveuglés par les intérêts financiers de l’Elysée. Sur son lit de mort le patriote Mitterrand avouera à Bernard Debré pour les besoins de la Commission sur la tragédie Rwandaise en 1998 , qui défie quiconque d’avoir deviné le 7 Avril 1994 qu’il s’agissait d’un génocide. Ne parlons toujours pas de négationnisme et étonnons-nous encore des propos aiguisés du Président Kagame actuel Rwandais il y a quelques heures.

Langue de bois de la Ve République récurrente mais toujours aussi aberrante vous comprenez qu’il faille se retirer des commémorations des 20 ans du génocide car la France est outrée par ses propos non fondés, évidemment.

Ma France à moi est hantée par son intervention tardive en Juin 1994 avec l’opération Turquoise alors qu’on comptait entre 800 000 et 1 million morts de Tustis et de Hutus modérés protégeant leurs voisins. Le spectre d’une accusation 20 ans après alors que la France a brillé au Mali mais peine en Centrafrique ne tombe pas à pic. Les fantômes de la FranceAfrique laissés par Giscard et Mittérand ressortent au mauvais moment.

Mais en refusant d’être présent pour tous ces Tutsis qui ont vécus chaque jour du génocide comme le dernier, n’est-ce pas la plus grande forme de négationnisme 20 ans après ?

J’ai refermé les cahiers de ces 100 jours noirs en essayant de regarder les conflits actuels du continent africain. Alors que le Point titrait l’Afrique le Grand Réveil pour glorifier des taux de croissances qu’envie les français, comment peut-on être encore réduit à tuer un membre de son peuple parce qu’il est d’une autre ethnie ou d’une autre religion ? C’est cette question que je poserais aux Centrafricains, aux congolais du Zaïre, aux Soudanais des deux Soudans … Sont-ils enfin prêts à décoller avec l’économie du continent ?

Hermance Fotchine

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