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Marseille: Racket sur le chantier de la rocade L2

11 malfaiteurs ont été arrêtés aujourd’hui par la police de Marseille. Ces derniers sont accusés de racket en bande organisée sur le chantier de la rocade L2 (autoroute A507). Plusieurs employés ont subi des pressions physiques et morales. Explications.

Depuis plusieurs mois, une odeur de racket hante le chantier de la rocade L2 à Marseille. Un racket qui s’effectue sous forme de “paix sociale”. Les malfaiteurs ont feint d’annihiler les clivages sociétaux et raciaux présents à Marseille en proposant de faire travailler des jeunes issus des quartiers sensibles, afin de pouvoir installer leur propre société de “protection” illégale. Si les entreprises refusent leurs services, ils les menaçent de représailles. Et ces menaces ne sont pas restées vaines. Ils ont utilisé tous les moyens possibles pour faire pression. Destruction volontaires de matériels et matériaux, incendies multiples sur des engins de chantier (foreuses, pelleteuses) début 2015. Le coût des réparations est estimé à 2 millions d’euros. Sans compter les pénalités de retard causées par l’arrêt de la construction.

Mais cette démolition qui ne reste “que” matérielle (bien qu’embêtante) n’est rien comparée aux actes turpides qu’a vécu le personnel. Beaucoup d’employés n’ont pas tenu le coup et sont partis en arrêt maladie à cause de la pression mentale, morale, psychique et psychologique devenue insoutenable au quotidien sans compter les menaces de représailles sur leurs familles. Un chef de chantier a été victime d’un rapt puis a été enfermé dans un coffre de voiture. Un autre a eu l’horrible sensation de sentir le canon d’une arme à feu dans le creux de sa bouche mais a fait preuve d’un flegme déconcertant pour que la situation ne vire pas à la catastrophe. Sans compter les travaux qui ont dû être refaits à maintes reprises car les fils en cuivre ont été arrachés ou tout a été démoli.

Malgré tous ces évènements négatifs à l’encontre de la ville, qui ne cesse d’être cataloguée, cette dernière possède un potentiel exponentiel de développement qui ne passe pas inaperçu.

Une ville dangereuse mais qui attire toujours

On ne cesse de le répéter, la ville de Marseille est en plein développement. Et ça, les entreprises de construction l’ont bien compris. Quand on est une PME ou une multinationale, que faire pour obtenir un chantier ? Tout commence par l’appel d’offres. Les promoteurs privés envoient un courrier pour annoncer la parution d’un appel d’offres alors que le maître d’ouvrage public est obligé de le publier sur la presse locale (de façon à éviter le clientélisme). Mais que faire ensuite pour assurer la sécurité des entreprises au quotidien ?

Contactée par nos soins, l’adjointe au maire à l’urbanisme Laure-Agnès Caradec n’a pas souhaité répondre à nos questions. Si les autorités ne peuvent (ne souhaitent) pas répondre autant s’adresser aux principales personnes concernées. Après tout, ce sont elles qui sont sur le terrain et qui sont potentiellement menacées. Moussa*, conducteur de travaux dans une PME qui officie dans le BTP nous informe de la réalité du terrain. En ce qui concerne la protection personnelle tout est réglementé “Pour le personnel, il y a l’EPI (équipement de protection individuelle) composé d’un casque, de gants, de chaussures de sécurité etc.” En ce qui concerne l’intégrité physique des travailleurs, cela devient plus compliqué “La sécurité des hommes ne peut pas être assurée si des trublions se présentent sur le chantier, et ont comme unique intention, que la rencontre tourne en une rixe violente avant de se terminer en pugilat. Pourtant il y a, à l’entrée de chaque chantier, un panneau où il est clairement écrit « Interdit au public ». Il n’y a pas de vigils sur les chantiers, juste des sociétés de gardiennage. Cela protège les chantiers mais pas les hommes. Sinon il faut appeler la police”.

“C’est triste parce que ça donne une mauvaise image des cités”

Lorsqu’on parle de sécurité dans le bâtiment, Marseille fait souvent figure de dernier de la classe. Mais est-ce réellement le cas ? Nordine*, maçon de profession, martèle un discours accablant mais déconcertant de lucidité. “Il se passe des choses à Marseille (et malheureusement dans les Quartiers Nord) qui ne se passent pas ailleurs. Par exemple, les jeunes des quartiers sensibles menacent les entreprises si elles ne les embauchent pas. Certains jeunes menacent même de les dépouiller si les patrons ne les engagent pas. C’est triste parce que ça donne une mauvaise image des cités alors que d’autres veulent s’en sortir comme moi”. Karim*, chef de chantier, se permet même de renchérir “Des fois, quand on fait des réhabilitations de logements HLM dans les cités, il y a des endroits où l’on ne peut pas accéder sans l’autorisation de certaines personnes (plus ou moins) influentes. Mais ATTENTION. Il ne faut pas généraliser. Il y a des chantiers où tout se passe à merveille. Même si cette pratique est récurrente, elle n’est pas systématique. En général, ce procédé n’est utilisé que lorsqu’un chantier est détenu par une grosse entreprise”.

Un projet qui devrait quand même voir le jour

Petit rappel historique : La rocade L2 est un projet de contournement de la ville. Elle aura une longueur de 9,7 km et assurera le contournement du centre-ville de Marseille entre l’A50 (autoroute Est vers Aubagne et Toulon) et l’A7 (autoroute Nord vers Lyon et par l’A51 vers Aix-en-Provence). Inscrite au plan d’occupation des sols de la ville depuis 1930 et considérée projet d’utilité publique depuis 1992. La fin de l’ensemble des travaux devrait voir le jour en fin d’été 2017 et devrait être officiellement livré à la fin de cette même année.

Enfin, si le chantier se termine un jour…

Julien HOLTZER


*Les prénoms ont été modifiés.

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