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Médecine esthétique : alerte sur des dérives qui touchent de plein fouet les jeunes

Il fut un temps où la médecine esthétique appartenait à un imaginaire lointain, réservé aux célébrités ou aux générations mûres. Désormais, elle s’invite dans le quotidien des plus jeunes, portée par la puissance des réseaux sociaux, la banalisation des injections et l’illusion d’un geste simple, presque anodin.

C’est précisément cette mutation, et les dérives qu’elle entraîne, qui ont été au cœur du colloque « Médecine esthétique : enjeu sanitaire et politique incontournable », organisé par L’Hémicycle jeudi 12 février 2026, et consacré à un phénomène devenu un véritable sujet de santé publique. Une situation qui oblige les institutions à regarder en face ce qui n’est plus un simple phénomène de mode.

En ouverture, le député Thomas Lam a d’emblée posé le cadre politique du débat, rappelant que la médecine esthétique constitue désormais « un enjeu sanitaire émergent » face auquel le législateur ne peut rester spectateur. Une séquence vidéo de la ministre de la Santé Agnès Buzyn (2017-2020) est venue donner de la hauteur institutionnelle à l’échange, soulignant la nécessité d’un regard structuré et scientifique sur ces nouvelles pratiques. Le journaliste Éric Revel, animateur du débat, a posé la question centrale : lorsqu’une pratique concerne près d’un Français sur deux, peut-on encore la considérer comme marginale et sans véritable régulation globale ? Les chiffres évoqués au cours du colloque — notamment chez les jeunes femmes — traduisent un changement profond des usages.

« Toute injection est un acte médical »

Au centre des discussions, une conviction revient avec insistance : la médecine esthétique ne peut être réduite à une prestation de confort ou à un produit de consommation. Catherine Plagellat, déléguée générale du Cercle des Bonnes Pratiques en Médecine Esthétique, a rappelé avec force ce principe fondamental trop souvent oublié dans l’espace numérique : « Toute injection est un acte médical nécessitant expertise, diagnostic et capacité à gérer des complications parfois graves. »

Dans un univers saturé d’images “avant/après” et de contenus promotionnels, la frontière entre soin et esthétique se brouille dangereusement. Or, insiste Catherine Plagellat, l’injection n’est jamais un geste anodin : elle engage la responsabilité du médecin et la sécurité du patient. Son inquiétude porte notamment sur la multiplication des pratiques illégales, alimentées par un marché parallèle prospérant en ligne. Face aux « fake injectors », ces faux praticiens qui exploitent la crédulité des plus jeunes, elle pose une question centrale : Comment « promouvoir une médecine esthétique responsable et mieux protéger les patients » dans un contexte de confusion croissante ?
Sur ce point, Aurélie Coviaux, fondatrice de l’Association nationale des avocats de victimes de dommages corporels, a apporté un éclairage concret : elle observe une progression des contentieux liés à des actes mal encadrés et souligne que nombre de victimes n’avaient pas pleinement conscience des risques encourus.

La banalisation numérique masque souvent la gravité potentielle des complications. Gérard Raymond, président de France Assos Santé, a insisté sur cette perte de repères : le patient est-il encore pleinement conscient qu’il s’agit d’un acte médical ? L’illusion de simplicité entretenue en ligne crée, selon lui, un faux sentiment de sécurité qui fragilise les plus jeunes. De son côté, Daniel Nizri, inspecteur général honoraire des affaires sociales, a interrogé la capacité du système de santé à anticiper cette transformation massive des usages et évoqué un possible retard du droit face à la réalité numérique.

Les réseaux sociaux, accélérateurs d’une dérive

Le colloque a mis en évidence un consensus massif : les réseaux sociaux ont bouleversé la perception de la médecine esthétique. 96 % des Français demandent un contrôle des contenus promotionnels. Pour tous les intervenants, un acte médical ne peut être promu comme un produit cosmétique. La communication digitale doit être encadrée, car elle entretient une illusion de simplicité qui fragilise la capacité de discernement des patients. La question de la responsabilité des plateformes a également été posée : peut-on laisser prospérer des pratiques illégales à la faveur d’une promotion numérique incontrôlée ?

L’Ordre des médecins face à la confusion commerciale

Cette confusion est également au cœur de la prise de parole de Jean-François Delahaye, secrétaire général du Conseil National de l’Ordre des Médecins, venu rappeler en synthèse que la médecine esthétique relève pleinement du champ médical, avec les mêmes exigences que toute pratique de soin. Il alerte sur « la montée des pratiques illégales » et surtout sur une dérive profonde : la confusion grandissante « entre médecine esthétique et logique commerciale ».

Dans un paysage où certains contenus transforment l’acte médical en service “lifestyle”, l’Ordre entend réaffirmer son rôle : faire respecter les règles, protéger les patients, préserver la confiance. Car derrière l’esthétique se cachent des risques bien réels : complications vasculaires, infections, séquelles irréversibles. Les jeunes, particulièrement exposés à la pression sociale et aux standards imposés par les réseaux, deviennent un public vulnérable.

Une réponse indispensable des pouvoirs publics

En filigrane, une urgence se dessine : celle d’une réponse collective, coordonnée et rapide. Le colloque organisé par L’Hémicycle aura eu le mérite de poser clairement la question : la médecine esthétique, devenue massive, ne peut rester dans un angle mort des politiques publiques. Il est désormais indispensable que les pouvoirs publics — le ministère de la Santé comme celui de l’Intérieur — prennent ce sujet à bras-le-corps, à la hauteur des dérives sanitaires et des réseaux illégaux qui prospèrent.

Il est également urgent que l’Ordre des médecins, avec tous les médecins formés et compétents, trouve très rapidement des solutions concrètes pour sécuriser la pratique, restaurer la confiance et protéger une génération trop souvent exposée aux mirages d’une médecine transformée en produit de consommation.

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Journaliste / JRI
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