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Obama en Ethiopie : visite chez un partenaire privilégié de Washington

A l’occasion de la visite de Barack Obama en Ethiopie, pays deux fois plus grand que la France et comptant près de cent millions d’habitants, nous nous sommes penchés sur ce qui fait la singularité de ce pays d’Afrique de l’est, considéré aujourd’hui comme un géant dans sa région.

L’histoire d’une renaissance

De 1983 à 1985, l’Ethiopie était un pays ravagé par une famine de proportion biblique. 8 millions d’Ethiopiens avaient été affectés par cette épouvantable famine, un million en serait mort.

ethiopie

crédit: AFP

Trente ans plus tard, c’est à un tout autre pays que Barack Obama va rendre visite. On parle d’ailleurs de « lion africain » pour qualifier l’Ethiopie actuelle. Les chiffres bruts de l’économie éthiopienne sont impressionnants, à commencer par une croissance de 8 à 10% par an, et ce depuis plus de dix ans. Et une croissance vertueuse en plus de ça : depuis vingt ans, les autorités éthiopiennes consacrent 60% de leur budget national à la trilogie du développement durable, à savoir éducation, infrastructure, agriculture. Résultat : plus aucune famine dans le pays.

Le nombre d’enfants scolarisés dans le pays est un record et les infrastructures sont uniques en Afrique subsaharienne. Par exemple, un tramway a été inauguré il y a quelques semaines dans la capitale, Addis Abeba. Au total, cinq mille kilomètres de voies ferrées sont en construction. Mais c’est surtout la création du plus grand barrage d’Afrique sur le Nil bleu qui fait beaucoup parler d’elle en ce moment. Ce « barrage de la renaissance » pique la place de référence africaine absolue au barrage égyptien d’Assouan. Ce nouveau chantier devrait, à terme, avoir une production électrique de six mille mégawatt, soit trois fois plus que celle du barrage égyptien d’Assouan, jusque-là la référence absolue en Afrique.

Trop beau pour être vrai ?

Il se pourrait bien que oui, car les chiffres ne décrivent jamais toute la vérité. L’Ethiopie reste tout de même un des pays les plus pauvres du monde, et à titre de comparaison, le Vietnam, qui a à peu près la même population, est déjà quatre fois plus riche, alors que les deux pays sont partis du même point au même moment.

crédit: libreafrique.org

crédit: libreafrique.org

Le pays n’est pas non plus un modèle de démocratie, loin de là. Ce qui n’est cependant pas moins vrai pour la Chine, le Vietnam ou encore l’Egypte du président Abdel Fattah al-Sissi. Le « modèle » est en effet à peu près partout le même : « Enrichissez-vous mais ne vous occupez pas de politique ». Il y a donc de meilleurs élèves que l’Ethiopie, comme le Kenya par exemple, que le président Barack Obama vient aussi de visiter. Le Kenya est en effet à la fois en avance économiquement, et ouvert démocratiquement.

Mais il y a aussi bien pire autour de l’Ethiopie, où règne une véritable ceinture de guerre, de répression, de dictature et d’intolérance religieuse. Il suffit d’ailleurs d’égrainer les noms pour faire peur : Soudan, Soudan du Sud, Somalie et Erythrée (le fameux régime le plus féroce de la région). Dernier chiffre pour conclure ce portrait rapide de l’Ethiopie: le pays a réduit de deux tiers sa mortalité infantile, en avance de trois ans des prévisions les plus optimistes. Pas mal tout de même pour un pays qui mourait de faim il y a trente ans.

Alors que peut-on attendre du discours que le président Barack Obama prononcera devant l’Union Africaine?

C’est une première ! En effet, jamais dans l’histoire présidentielle des Etats-Unis nous n’avions vu un président américain s’exprimer devant l’institution panafricaine. Annonce d’un moment clé dans l’histoire africaine ?

crédit: REUTERS/Jonathan Ernst

Barack Obama accueilli en Ethiopie par le premier ministre Hailemariam Desalegn et sa femme (à gauche) crédit: REUTERS/Jonathan Ernst

Ce dont nous pouvons être sur c’est qu’en s’arrêtant à Addis-Abeba dimanche 26 juillet, Barack Obama récompense un allié crucial dans la lutte contre le terrorisme dans la Corne de l’Afrique, quitte à reléguer au second plan les violations des droits de l’homme dans le pays.

De manière générale, le nord-est de l’Afrique est une région toujours aussi violente, où les Etats-Unis ont finalement peu d’alliées fiables. L’Ethiopie demeure donc un partenaire privilégié et indispensable pour Washington, compte tenu de son implication militaire contre les islamistes shebabs en Somalie, au sein de la force de l’Union africaine, mais également de son rôle de médiateur dans le Soudan du Sud, pays qui connait actuellement une abominable guerre civile.

Et les droits de l’homme dans tout ça ?

Mais la visite de Barack Obama peut également sonnée comme un geste de soutien au régime d’Addis Abeba, régime qui vient d’être conforté au pouvoir pour cinq années supplémentaires grâce à une nette victoire électorale : 100% des sièges de l’Assemblée nationale remportés par la coalition au pouvoir. Pourtant, le régime éthiopien est aussi connu pour ses méthodes souvent dénoncées par les organisations de défense des droits de l’homme. La question est de savoir si Barack Obama n’a pas peur de froisser les autorités locales en demandant davantage de démocratie et de respect, ou si, au contraire, ne préfère pas cibler son allocution sur des questions de politique et de coopération au sens plus large.

Le président éthiopien

Le président éthiopien Mulatu Teshome et le président américain Barack Obama au Palais National d’Addis Abeba le 27 juillet 2015. crédit: SAUL LOEB/AFP

Lundi 27 juillet, beaucoup avaient été déçus par le discours du président américain en Ethiope, jugé trop gentil et pas assez engagé contre le régime répressif d’Addis-Abeba. Aujourd’hui, grâce à un auditoire moins ciblé et représentant tout le continent, Barack Obama pourra peut-être s’aventurer davantage sur des thèmes essentiels que sont la démocratie et la liberté d’expression.

Enfin, au-delà des thèmes principaux que sont la paix et la sécurité, le régime éthiopien attend le président américain sur un autre terrain : le développement. Bien que les Etats-Unis restent le partenaire économique majeur pour l’Afrique, c’est bien la Chine qui poursuit son petit bonhomme de chemin sur le continent. En effet, les Chinois ont su déployer des moyens très importants et employer des méthodes plus souples afin de s’adapter à l’Afrique.

Petit clin d’œil : le bâtiment de l’Union africaine, où s’exprimera Barack Obama, a justement été gracieusement financé et construit par la Chine.

crédit image de couverture: REUTERS

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