Le premier épisode du remake de Dynastie disponible en France sur Netflix ressemble énormément à son modèle tout en se voulant moderne. Adaptation réussie ?

Il ne s’agissait que d’attendre un peu pour que Dynastie l’un des plus grands soaps de l’histoire de la télévision américaine ait droit à sa version modernisée. Cinq ans après que Dallas ait tenté de s’atteler à une suite stoppée au bout de trois saisons, la série culte produite par Aaron Spelling revient sur les antennes de la CW aux États-Unis et dès le lendemain de sa diffusion américaine sur Netflix en France. Les premières images ainsi que le casting ne nous avaient que modérément convaincus et c’est avec une certaine méfiance que l’on s’est attelé au visionnage de ce premier épisode. Verdict.

Mais c’est quoi déjà… Dynastie ? Un reboot moderne et diversifié du soap classique des années 80, qui suit deux des familles les plus riches des Etats-Unis, les Carringtons et les Colbys, qui se battent pour le contrôle de leur richesse et leur famille.

Quand elle s’achève en 1989 Dynastie avait épuisé toutes ses ressources et sa singularité s’était diluée avec le temps. Le téléfilm réunion de 1991 n’avait rien apporté de plus et s’était contenté d’offrir un frisson de plaisir aux fans de la série. 26 ans plus tard, moderniser une série à ce point ancrée dans son époque, chantre du capitalisme et des années Reagan, le challenge à relever n’était pas une mince affaire. Devant toutes ces difficultés on avait au moins la satisfaction de voir deux personnes aux manettes qui connaissent les mécanismes du soap pour avoir présidé au destin de Gossip Girl : Stephanie Savage et Josh Schwartz. Et comme pour adouber le projet, les créateurs de la série originelle, Esther et Richard Shapiro sont producteurs délégués de cette nouvelle version.

Gommer certains archétypes de la série originale, épicer de sensualité et de glamour une intrigue sentimentale basique, adapter les enjeux économiques et le business dans lequel évolue les héros à notre époque, faire en sorte que la diversité des personnages soit plus marquée, modifier des caractéristiques de plusieurs personnages phares pour permettre au cahier des charges d’être respecté, le travail d’adaptation, voire de toilettage, a été considérable et pourtant ce premier épisode de Dynastie se caractérise par sa ressemblance patente avec son modèle.

Le pilote de trois heures de 1981 a certes été condensé en 43 minutes pour s’adapter au rythme tonitruant de l’ère du zapping, mais on y retrouve de très nombreuses scènes proches de celles présentes à l’époque. La présence des Shapiro et peut-être une trop grande révérence de Savage et Schwartz au matériau qu’ils avaient entre les mains expliquent peut-être cela et rien ne dit que pour la suite la série ne parviendra pas à s’émanciper de son modèle et à trouver sa propre respiration, mais il est assez déconcertant de voir une telle proximité dans les intrigues, comme si les enjeux dramatiques et la progression narrative n’avaient pas su évoluer avec les années.

Ce Dynastie 2017 est un soap dans la grande tradition, usant des conflits familiaux, des histoires d’amour contrariées, des rivalités professionnelles et des rebondissements dramatiques comme à la belle époque et force est de constater que si la série ne révolutionne rien elle sait restituer efficacement les figures imposées du genre. Pour qui est friand de ce type de série c’est évidemment agréable même si l’objectivité oblige à stigmatiser les défauts que la série laisse entrevoir.

Débutant par des images des Kardashian, des Murdoch et des Trump et par un monologue en voix off de la fille Carrington, Fallon, ce pilote de Dynastie tente d’emblée d’asseoir sa modernité et sa différence mais ne parvient pas au-delà des premières minutes à en prolonger l’effet, malgré quelques différences notables (le fils Carrington est ouvertement homosexuel alors qu’au début des années 80 ce n’était évidemment pas le cas, la diversité ethnique est nettement plus prononcée…)

Le gros souci comme on le pressentait se trouve dans le casting. Quitte à comparer avec la série originale, il est indéniable que les comédiens de cette nouvelle version sont nettement moins charismatiques que ceux de la distribution originelle. Elisabeth Gilles (Fallon), Sam Adegoke (Jeff), James Mackay (Steven), Grant Show (Blake), Nathalie Kelley (Cristal) et Rafael de la Fuente (Sammy-Joe) s’avèrent en effet incapables de tenir la comparaison avec Pamela Sue Martin, John James, Jack Coleman, John Forsythe, Linda Evans et Heather Locklear.

Et si cela passe sur ce premier épisode, il n’est pas certain que cela ne finisse pas par être préjudiciable à la série. Les dialogues ne sont pas non plus le point fort de Dynastie mais ils sont paradoxalement contrebalancés par un humour et une ironie assez réjouissante qui elle, fonctionne relativement bien. La grande absente de ce premier épisode est Alexis qui est bien évoquée et que l’on a hâte de voir arriver dans ce jeu de quilles pour mettre un  peu de désordre dans une série pour l’instant trop proprette et où certains personnages, bien que parfois d’apparence très différente de leurs modèle, s’insèrent dans des enjeux dramatiques d’ores et déjà identifiés.

Au final, Dynastie répond au cahier des charges attendu et offre très peu de surprises malgré quelques clins d’œil qui évoquent plus le fan service qu’autre chose (le thème de la série joué au piano par un des personnages, un crêpage de chignons en règle… ). La série tente par ailleurs de dépoussiérer les clichés sexistes attachés la série d’origine et d’un autre côté ne peut s’empêcher d’y succomber par certains aspects.

En voulant s’offrir un lifting, Dynastie ne réussit pour l’instant au mieux qu’une injection de botox mais parvient à donner l’illusion qu’elle va évoluer et se trouver en nous agrippant efficacement. On n’attend évidemment pas de Dynastie qu’elle transcende le genre dans lequel elle s’inscrit mais qu’au moins elle soit une véritable série de son temps, consciente de son héritage et jouant avec plutôt que de le régurgiter. On attend du panache et du glamour, du suspense et des sentiments, des personnages attachants et d’autres qu’on peut haïr, bref, on attend du soap comme on l’aime et comme on l’aimera toujours dès lors qu’il ne souffre pas d’anachronisme.

Dynastie, chaque jeudi sur Netflix


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