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On a vu pour vous … Victoria saison 2 (ITV / Altice)

Altice diffuse la saison 2 de Victoria, aussi réussie que la première. Drama historique romanesque, la série reste délicieuse, portée par une Jenna Coleman lumineuse.

C’est quoi, Victoria ? En 1837, Victoria (Jenna Coleman) n’est âgée que de 18 ans lorsqu’elle devient Reine de Grande-Bretagne, à la mort de son grand-père Guillaume IV. Insouciante et naïve, l’adolescente n’est en rien préparée à gouverner et elle a tout à apprendre. Ses premiers pas sont d’autant plus délicats que son entourage tente de l’influencer et de faire pression sur elle -qu’il s’agisse de ses ministres, de sa mère  (Catherine Flemming) ou de son mari Albert (Tom Hughes) dont elle est éperdument amoureuse. Mais avec l’appui de Lord Melbourne (Rufus Sewell), le Premier ministre sortant qui lui est entièrement dévoué, Victoria découvre les coulisses du pouvoir et s’affranchit de ses proches. Des années d’apprentissage qui font l’objet des huit épisodes de la première saison.

Le règne de Victoria a été le plus long de l’Histoire de la Grande-Bretagne – jusqu’en 2015, où Elisabeth II a battu son record. Et il est curieux de voir les deux souveraines faire simultanément l’objet de deux séries : Victoria sur ITV et The Crown sur Netflix. Malgré un thème similaire, les deux séries présentent toutefois de nombreuses divergences et, au final, n’ont pas grand-chose en commun : quand The Crown développe un récit ambitieux au plus près de la réalité historique, Victoria est plus légère et moins rigoureuse. Elle n’en reste pas moins excellente, dans un autre registre.

Nous avions quitté Victoria après la naissance de son premier enfant. La saison 2 débute quelques mois plus tard : la jeune mère mène une vie de famille apparemment heureuse aux côtés de son mari nonobstant les devoirs qui pèsent sur elle. En réalité, étouffée par le protocole et son rôle de Reine, alors qu’elle est à nouveau enceinte, Victoria sombre dans la dépression. Mise à l’écart par ses ministres et son mari, qui entendent la délester de sa charge et régner en son nom, la jeune femme est d’autant plus frustrée que son ancien mentor, Lord Melbourne, s’est retiré de la scène politique.

Heavy is the head that wears the crown…

 

Bien que toujours animé par une  intense passion amoureuse, le couple royal traverse une crise : Albert nourrit l’ambition de régner aux côtés de son épouse alors qu’il est constamment renvoyé à son statut de simple prince consort. Pour autant, Victoria n’est plus la jeune femme candide du début du règne : pragmatique et déterminée, elle ne tarde pas à reprendre les rênes et affirmer son autorité. En s’entourant des meilleurs conseillers, elle s’intéresse aux avancées scientifiques de son époque, à la famine dramatique qui frappe l’Irlande, aux conflits religieux ou aux tensions internationales avec la France.  Accordant quelques concessions à Albert, elle se révèle aussi son meilleur soutien lorsqu’il s’effondre, ébranlé par un lourd secret de famille remonté à la surface.

La comparaison avec The Crown semble inévitable, ne serait-ce que parce que les deux séries racontent les règnes respectifs de deux jeunes femmes qui accèdent au trône en dépit de leur manque d’expérience. De surcroît, les deux récits abordent l’Histoire à travers la vie privée, familiale, intime de leurs héroïnes, traçant autant le portrait de la Reine que celui de la femme qui porte la couronne. Dans le cas de Victoria se posent – entre autres – les questions de l’exercice du pouvoir mais aussi des relations de couple, de la maternité ou de la dépression post-partum. Somptueuses dans les costumes et les décors, les deux séries soignent le moindre détail pour créer une ambiance, une atmosphère immersive dans laquelle le spectateur se laisse facilement emporter.

Victoria et Albert, romance royale passionnée (et passionnante)

 

Toutefois, il existe aussi de notables différences, notamment en raison d’un récit contemporain face auquel les auteurs de The Crown ne se sont probablement pas autorisés la même approche, plus libre, que permet la distance entre Victoria et l’époque qu’elle raconte. De fait, Victoria choisit un angle différent : moins rigoureuse, moins attachée à l’exactitude historique, la série mêle les genres, joue sur plusieurs registres et insère dans l’Histoire une large part de fiction ou, à tout le moins, d’extrapolation.

La rigueur historique est donc à prendre avec précaution. Non qu’un historien risque la crise cardiaque devant Victoria : la série ne commet aucun contre-sens, mais elle s’accorde une certaine latitude, emprunte des raccourcis et prend pour acquises certaines hypothèses, ce qui la rapproche des Tudors ou de The White Princess. C’était par exemple le cas en saison 1, dans la manière ambiguë dont était présentée la relation entre Lord Melbourne et Victoria.

Victoria lorgne aussi du côté de Downton Abbey, le personnel au service de la famille royale faisant l’objet de plusieurs intrigues secondaires, assez succinctes mais néanmoins suivies d’un épisode à l’autre. Toutefois, plus diffus au cours de la saison 2, ces arcs narratifs apparaissent anecdotiques et de moins en moins nécessaires – bien que toujours cohérents et crédibles.

Victoria et ses femmes de chambre . Upstairs, downstairs

 

Enfin, la série joue principalement la carte de la romance et des intrigues sentimentales. Il y a, bien sûr,  l’idylle éminemment romanesque (et romancée) entre Victoria et Albert,à la fois charmante et passionnée, mais aussi par exemple celle centrée sur le frère d’Albert. Des intrigues parfois fleur bleue, jamais mièvres, qui donnent à la série une touche sentimentale et parfois exaltée avec quelques séquences délicieuses, comme l’escapade du couple royal en Écosse ou la tendresse de leurs échanges privés. Des scènes intimistes parfaitement intégrées au récit, a fortiori grâce à l’interprétation impeccable de Jenna Coleman (vue dans Docteur Who) et de  Tom Hughes. Globalement, tous les acteurs sont du reste excellents : signalons que la saison 2 s’enrichit de nouveaux personnages, au premier rang desquels  Bruno Wolkowitch (étonnant Louis Philippe!) et Diana Riggs , truculente dame de compagnie qui n’a rien à envier à une certaine Duchesse de Grantham…


A lire aussi : On a vu pour vous … le premier épisode de The Crown


Royal drama plus romanesque qu’historique, Victoria est une série divertissante et légère, qui ne manque pas d’intelligence. Moins austère et moins méticuleuse que The Crown (précisons-le, ce n’est pas une critique envers la série de Netflix…), Victoria est sans doute aussi plus accessible, le mélange des genres lui donnant une fraîcheur et une légèreté séduisantes. A découvrir sur Altice, en attendant l’épisode de Noël prévu sur ITV…

Victoria – saison 2
Diffusion sur Altice à partir du 2 Décembre.
8 épisodes de 50′ environ.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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