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On a vu pour vous… Heated Rivalry, romance queer et hockey sur glace

Derrière la rivalité sportive, Heated Rivalry raconte une histoire d’amour brute, obsessionnelle et profondément contemporaine.

C’est quoi, Heated Rivalry ? Le Russe Ilya Rozanov (Connor Storrie) et le Canadien Shane Hollander (Hudson Williams) sont deux joueurs de hockey prometteurs, le premier évoluant au sein de l’équipe de Boston, le second à Montréal. Sur la glace, leur rivalité est nourrie de tensions et d’affrontements par presse interposée ; dans l’intimité, une attirance charnelle les entraîne dans une liaison secrète et torride. Au fil des années, leurs rencontres sexuelles restent sporadiques, mais ils échangent sans cesse des textos enflammés tout en se défiant ouvertement devant les médias et leurs coéquipiers. Lorsqu’il devient évident que leur relation ne se résume plus au sexe, une question s’impose : peuvent-ils vivre leur amour au grand jour, au risque de tout perdre dans un milieu encore largement hostile ?

Du roman phénomène à la série qui fait le buzz

    Créée par Jacob Tierney, Heated Rivalry est l’adaptation du deuxième tome de la saga Game Changers de l’autrice canadienne Rachel Reid. Cette série de romances M/M situées dans le monde du hockey professionnel a rapidement connu un succès aussi inattendu que phénoménal, au point de transformer ses héros Shane Hollander et Ilya Rozanov — deux sportifs rivaux sur la glace mais amants clandestins — en véritables icônes auprès d’un lectorat fidèle.

    Face à cet engouement, la plate-forme canadienne Crave a décidé d’en tirer une mini-série de six épisodes, avant de la renouveler pour une deuxième saison compte tenu du succès. Diffusée aux États-Unis sur HBO Max (le 6 Février en France), Heated Rivalry est rapidement devenue un véritable phénomène, alimentant les réseaux sociaux et pulvérisant les scores sur les sites comme RottenTomatoes. 

    Le désir et la frustration

      Dès son premier épisode, Heated Rivalry  opte pour une fidélité rare au roman d’origine. Shane Hollander, Canadien discipliné et anxieux, et Ilya Rozanov, Russe provocateur et charismatique, incarnent un trope classique — celui des ennemis devenant amants — que la série détourne par sa temporalité. Leur relation ne naît pas pour évoluer rapidement vers une romance classique et un coming-out ;  elle s’étire sur près de dix ans, faite de rencontres furtives, de silences et de déni.

      En privé, Rozanov et Hollander font fondre la glace.

      Le récit avance par sauts temporels, suivant l’ascension professionnelle des deux joueurs. Le succès sportif, loin de résoudre les conflits intimes, les amplifie. Pression médiatique, attentes familiales, peur de perdre sponsors et contrats, tensions liées à la situation de Rozanov en Russie : chaque victoire sur la glace renforce l’enfermement émotionnel des personnages. Bien que les scènes sportives restent rares et anecdotiques, le hockey n’est pas un simple décor, mais un environnement profondément masculin, compétitif et hostile, qui conditionne chaque geste et chaque non-dit.

      Dans un paysage audiovisuel marqué par le succès de romances queer grand public comme Heartstopper ou Red, White & Royal Blue, Heated Rivalry s’en distingue par son ton plus mature. Ici, deux adultes sont prisonniers d’un système qui rend leur amour risqué. La série se démarque aussi par un choix fort dans la représentation du sexe : loin d’édulcorer le propos ou de lisser sa charge érotique, les épisodes assument pleinement la dimension charnelle et obsessionnelle de la relation. L’intimité physique, explicite avec ses scènes de sexe, n’est pas l’aboutissement de la relation mais son point de départ. Le désir devient un langage, un rapport de pouvoir, parfois une fuite, capable à la fois de concrétiser les sentiments… ou de les retarder.

      Par ailleurs, Heated Rivalry ne se limite pas au duo central et gagne en épaisseur avec la relation secondaire entre le serveur Kip (Robbie G.K.) et Scott (François Arnaud), autre joueur de la ligue. Plus discrète, plus tendre, moins chargée d’érotisme frontal, cette histoire agit comme un contrepoint essentiel. Là où Shane et Ilya incarnent une passion répétitive et clandestine, Kip et Scott représentent une autre manière d’aimer. 

      Cet arc narratif, plus doux et romantique, n’en reste pas moins marqué par le sceau du secret : la romance doit rester clandestine si Scott veut empêcher les rumeurs susceptibles de « ternir » son image. Reste qu’en élargissant le regard, en explorant deux relations qui diffèrent par leur rapport au sexe et aux sentiments, la série complexifie son propos sans jamais quitter le terrain de l’intime.

      Scott Hunter, autre joueur de la ligue qui cache sa relation

      Une série qui ose, quitte à diviser 

      Si Heated Rivalry s’est rapidement élevée au rang de phénomène médiatique et a suscité l’engouement d’une large partie du public, elle n’échappe pas à certaines critiques. Son caractère très explicite, assumé et central, a divisé. Pour certains, cette crudité participe à une représentation saine du désir queer, longtemps censuré. Pour d’autres, elle risque de réduire la série à sa dimension provocatrice, au détriment de ses enjeux émotionnels et sociaux.

      La dynamique narrative repose fortement sur la répétition des rencontres secrètes, des ruptures, de la jalousie et des réconciliations entre Shane et Ilya. Ce motif, central dans le roman, devient à l’écran à la fois sa force et sa fragilité : il traduit l’usure du temps et la difficulté de choisir, mais peut parfois se révéler lassant.

      Heated Rivalry n’a toutefois ni l’ambition politique de It’s a Sin, ni la portée communautaire de Queer as Folk. Les problématiques abordées — homophobie dans le sport, invisibilisation des athlètes LGBTQ+, contexte politique en Russie — restent totalement en arrière-plan, au profit du drame amoureux. Un choix cohérent avec l’origine littéraire du projet, une romance queer décomplexée qui s’appuie sur le désir comme point de départ pour sonder les contradictions d’un amour clandestin dans un milieu sportif encore profondément hostile.

      Malgré quelques réserves, l’existence même de Heated Rivalry demeure significative. Dans cette série qui monte en puissance au fil des épisodes, voilà une histoire qui aurait longtemps été racontée comme une tragédie, mais qui propose ici une vision de l’amour queer imparfaite et profondément humaine. Heated Rivalry mérite-t-elle les critiques dithyrambiques des spectateurs ? Probablement pas. Mais on a envie de mettre 10/10 à cette série feel good, belle et touchante. Et ça fait toute la différence. 

      Heated Rivalry
      6 X 50′ environ
      Sur HBO Max à partir du 6 Février

      About author

      Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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