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On a vu pour vous… King & Conqueror, Guillaume à la conquête de l’Angleterre

Entre fresque épique, drame intime et libertés historiques assumées, King & conqueror raconte l’un des tournants majeurs de l’Histoire européenne : la bataille d’Hastings.

C’est quoi, King & conqueror ? Nous sommes au XIème siècle, entre l’Angleterre et la Normandie. Harold Godwinson (James Norton) est le fils ambitieux d’une puissante famille saxonne, cherchant à s’imposer dans un monde dominé par les jeux d’alliances et les intrigues de cour. En face, Guillaume (Nikolaj Coster-Waldau), bâtard devenu duc, lutte pour faire reconnaître sa légitimité face à un entourage qui ne cesse de la contester. Exil, serments brisés, trahisons, alliances matrimoniales et ambitions personnelles dessinent peu à peu un chemin qui conduit inévitablement à la guerre, lors de la mort du Roi d’Angleterre Édouard le Confesseur (Eddie Marsan). Un affrontement qui va culminer en octobre 1066 à Hastings, lorsque les deux hommes s’avancent l’un vers l’autre, armes à la main, au cœur de la bataille qui va déterminer le futur de l’Angleterre.

Depuis le succès de Vikings et après The Last Kingdom, le Haut Moyen Âge est devenu un terrain de jeu éprouvé pour les séries historiques. King & conqueror,  coproduite par HBO Max et la BBC (en France sur Canal +) s’inscrit clairement dans cette lignée, avec l’idée de retracer la conquête normande de l’Angleterre avec en point d’orgue la bataille d’Hastings.

Créée par Michael Robert Johnson (scénariste des films Sherlock Holmes et Pompéi), la série affiche son ambition  : huit épisodes pour raconter plus de vingt ans d’histoire et expliquer comment l’Angleterre anglo-saxonne est devenue un royaume normand. Avec un dilemme récurrent dans les séries du genre : comment concilier rigueur historique, narration dramatique et dimension spectaculaire ? 

Une tragédie humaine au cœur de l’Histoire

    Hastings, 1066. Deux hommes s’avancent l’un vers l’autre, au milieu du tumulte des combats parmi les cadavres jonchant le sol : Harold de Wessex, roi d’Angleterre fraîchement couronné, et Guillaume de Normandie, prétendant déterminé à conquérir le trône qu’il estime lui revenir. Ainsi commence la série King & conqueror, avant de revenir en arrière pour  retracer le parcours parallèle de ces deux figures historiques jusqu’à l’affrontement final, montrant comment des choix politiques et surtout intimes façonnent le destin de tout un royaume.

    Le principal atout de la série est certainement dans ce choix : raconter Hastings non pas comme un choc militaire à un moment précis, mais comme l’aboutissement de trajectoires humaines complexes. Harold et Guillaume ne sont pas présentés comme des figures figées de manuels scolaires, mais comme des hommes pris dans des contradictions profondes : loyauté contre ambition, devoir contre désir, honneur contre survie politique.

    Harold découvre que lourde est la tête qui porte la couronne

    James Norton donne à Harold une dimension presque tragique, celle d’un homme qui devient roi plus par nécessité que par soif de pouvoir, et qui comprend trop tard le prix de cette couronne. En face, Nikolaj Coster-Waldau compose un Guillaume tendu, parfois cruel, souvent vulnérable, dont la quête de légitimité est presque pathologique. Leur opposition fonctionne précisément parce qu’elle n’est jamais totalement manichéenne : chacun a ses raisons, ses failles et ses angles morts.

    Autour d’eux gravite une galerie de personnages secondaires qui enrichissent le propos, en particulier Lady Emma, incarnée par une impressionnante Juliet Stevenson. Véritable stratège de l’ombre, elle rappelle que le pouvoir ne se joue pas uniquement sur les champs de bataille, mais aussi dans les chambres, les conseils et les silences. Citons également Jean-Marc Barr, Clémence Poésy ou Eddie Marsan dans des rôles secondaires mais puissants. 

    Entre récit épique et licence artistique

      Il est compréhensible qu’une œuvre de fiction s’affranchisse partiellement de l’exactitude stricte des faits pour créer son propre récit. On évoque cependant cette question car la série a divisé lors de sa diffusion en Angleterre. Certains spectateurs ont en effet critiqué les libertés que s’autorise King & conqueror : chronologie compressée, relations inventées, morts réécrites, serments transformés en choix volontaires plutôt qu’en contraintes politiques, langage truffé d’expressions contemporaines… Ces choix, qui semblent avoir frustré un public très (trop ?) attaché à la rigueur historique, ont toutefois l’avantage de servir la dramaturgie et de rendre l’ensemble plus accessible, plus proche de nous. 

      Le problème – s’il y en a un – n’est pas tant l’existence de ces libertés que leur ampleur, dans un récit revendiqué comme exact. Contrairement à The Last Kingdom, qui se présentait comme une fiction inspirée de l’Histoire, King & conqueror revendique une exactitude historique dont elle s’écarte largement. Ce décalage crée une forme de flou entre faits historiques et documentés d’un côté, et ce qui relève de la pure invention de l’autre. 

      Guillaume le conquérant à la bataille d’Hastings

      Mais pour les moins intransigeants,  King & conqueror est une série intense et épique, avec des scènes de bataille spectaculaires, des enjeux géopolitiques complexes mais bien expliqués et une mise en scène souvent grandiose.  Les paysages islandais offrent des décors sauvages et crépusculaires, parfaits pour exalter le souffle dramatique d’un affrontement à distance puis au corps à corps. Et si le recours à certains effets numériques se ressent parfois, la reconstitution demeure impeccable :  les costumes, les accessoires, les décors témoignent d’un réel souci de cohérence et participent à l’immersion dans l’histoire et son contexte.

      Certes, King & conqueror oscille entre dramatisation, réécriture et exactitude historique… mais gageons que le public n’est pas dupe. Le spectateur sait parfaitement qu’il regarde une série de fiction et pas un documentaire, et qu’il lui suffit de se tourner vers son moteur de recherche préféré pour démêler le vrai du faux.  Car au final, derrière le contexte historique, c’est bien la tragédie de deux hommes qui nous est racontée. Deux destins contraires, qui ont convergé à Hastings et bouleversé le destin de tout un pays. 

      Ambitieuse bien qu’imparfaite, King & conqueror entretient un rapport flottant à l’Histoire. Spectaculaire et captivante, elle réussit toutefois brillamment son pari humain : donner chair à deux figures historiques majeures et  transformer un événement fondateur en tragédie intime. Avec pour résultat une fresque solide, portée par de grands acteurs et un vrai souffle dramatique, qui séduira les amateurs de sagas médiévales et donnera peut-être à certains l’envie d’aller explorer la véritable histoire derrière la fiction. 

      King & conqueror
      8X55′ environ
      Disponible sur Canal+.

      About author

      Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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