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On a vu pour vous … Miniaturiste, magnifique succession de tableaux

Miniaturiste. Les secrets d’une famille hollandaise du XVIIème siècle se dévoilent dans une mystérieuse maison miniature, au fil d’images époustouflantes.

C’est quoi, Miniaturiste ? A la fin du XVIIème siècle, Nella Oortman (Anya Taylor-Joy) est une jeune hollandaise issue d’une famille criblée de dettes après la mort du père. Sa seule issue ? Se marier avec un homme riche. Elle épouse donc Johannes Brandt (Alex Hassell), un marchand prospère. Installée à Amsterdam, la jeune fille étouffe vite dans l’austère foyer conjugal. Lorsque Johannes lui offre une maison miniature, réplique exacte de celle qu’ils occupent, elle entreprend de la remplir de figurines et de meubles commandés à un miniaturiste. Peu à peu, elle reçoit de nouvelles pièces et personnages d’origine inconnue, qui lui dévoilent alors les secrets qui lient son mari et sa belle-sœur Marin (Romola Garai).

C’est presque une tradition : pendant les fêtes de fin d’année, la télévision britannique offre à ses spectateurs des épisodes spéciaux de leurs séries préférées, mais aussi des mini-séries historiques ou tirées de classiques de la littérature. L’année dernière, la BBC a choisi d’adapter un best-seller publié en 2016 : Miniaturiste, que l’auteure Jessie Burton a imaginé d’après un tableau représentant la maison de poupées de Petronella Oortman, veuve d’un riche marchand hollandais. Une influence picturale omniprésente dans la série, époustouflante du point de vue esthétique, avec une reconstitution méticuleuse et précieuse de la vie au XVIIe siècle à Amsterdam et une mise en scène évoquant les grands peintres flamands de l’époque.

La maison de poupée de Petronella Oortman, peinte par Jacob Appel

 

En trois épisodes (90 minutes pour les deux premiers, 60 pour le dernier), ce drama historique se centre sur l’évolution psychologique de Nella. La jeune fille naïve et timide, issue d’une famille désargentée, a consenti à un mariage arrangé avec un riche marchand de la ville cosmopolite d’Amsterdam. Toutefois, avec un mari distant et souvent absent pour affaires, l’univers de Nella se limite à la maison où sa belle-sœur Marin exerce une domination sans partage. Calviniste austère et ascétique, elle écrase la jeune épouse avec ses règles inflexibles et sa stricte moralité.

Pour la distraire, Johannes offre à son épouse une miniature de leur demeure. Nella se prend au jeu, se procure auprès d’un miniaturiste divers objets et figurines pour remplir la maison de poupées – jusqu’au jour où elle commence à recevoir des personnages et meubles qu’elle n’a pas commandés. En tentant de découvrir qui les lui envoie, elle prend conscience que ces pièces, répliques des habitants de la maison, sont susceptibles de lui révéler les secrets qui hantent le foyer et pèsent sur la relation entre le frère et la sœur.

Quels secrets cache donc la maison de poupée de Nella ?

 

Nous voilà face à un double mystère : les sombres secrets de la famille Brandt et l’origine des miniatures qui vont en donner la clé. Aussi prenantes l’une que l’autre, les deux intrigues s’imbriquent constamment. On ne peut s’empêcher de s’interroger. Qui dépose ces figurines sur le pas de la porte de l’héroïne ? Dans quel but ? Ont-elles un sens caché ? Comment leur fabricant est-il au courant des turpitudes de la famille Brandt ? Et quels sont donc ces secrets, cachés derrière l’austérité puritaine ?

Vécue à travers le regard de Nella, l’histoire est entièrement subordonnée aux images. D’emblée, la série impressionne par son esthétique incroyable, le travail du réalisateur catalan Guillem Morales frôlant la perfection plastique. Choix des couleurs, cadrage, mouvements de caméra, profondeur de champ, jeux de clairs-obscurs, décors et costumes : chaque scène se rapproche d’un tableau de peinture flamande – comme une exposition d’œuvres perdues de Vermeer ou Rembrandt. Dans ce musée vivant, les acteurs se meuvent avec un naturel saisissant. En particulier la jeune Anya Taylor-Joy et Romola Garai, qui s’emparent de leurs personnages avec aisance et conviction pour former un effroyable duo, dans des scènes d’affrontement larvé et de tension implicite.

Le miniaturiste, la série qui donne vie à la peinture flamande

 

Sans aucune scène d’action ou rebondissement spectaculaire, Miniaturiste progresse grâce à des séquences contemplatives et une analyse psychologique tracée par petites touches. Avec subtilité et élégance, mais aussi avec une lenteur susceptible de décourager certains spectateurs. En l’occurrence, c’est plus une nécessité qu’un choix : l’histoire ne saurait admettre un autre rythme. Parce que ce qu’elle raconte, ce sont les tourments intérieurs et zones d’ombre de ses personnages, mais aussi la manière dont, dans l’un des épicentres socio-économique de l’Europe au XVIIe siècle, la domination des guildes de marchands et de l’église calviniste font de la morale et du pouvoir financier les axes indissociables d’une société soumise à la dictature des apparences.

Ainsi, en arrière-plan, au fur et à mesure que Nella entrevoit la vérité, de grands thèmes de réflexion apparaissent, portés par l’histoire du frère et de la sœur, leurs affaires commerciales, les liens qu’ils entretiennent avec leur servante (Hayley Squires) et leur domestique noir (Paapa Essiedu). Prégnants dans l’Amsterdam du XVIIe siècle, ces sujets ont aussi un écho aujourd’hui. L’abus de pouvoir, l’intégrisme religieux, l’intolérance, le poids des conventions sociales, l’oppression des femmes, le racisme : tapis dans les recoins sombre de la demeure, ils le sont aussi dans ceux, non moins obscurs, de notre époque. Et la manière dont la mini-série historique transcende la période de son récit pour aborder des sujets encore présents n’est pas le moindre de ses mérites.

Si l’on peut être découragé par son rythme lent et son austérité, Miniaturiste reste une mini-série sublime : admirable dans son esthétique et la reconstitution d’époque, extrêmement bien interprétée, riche dans la portée de son propos. Avec son histoire intrigante et sa succession de tableaux, Miniaturiste est probablement la série qu’auraient réalisée Vermeer et Brueghel, s’ils avaient eu une caméra au lieu d’un pinceau.


Miniaturiste (BBC One)
3 épisodes de 2 X 90′ et 1 X 60′.
A partir du 27 Décembre sur Histoire.
Miniaturiste de Jesse Burton – disponible chez Folio Poche.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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