Malgré des intrigues et personnages classiques, The Resident aborde la médecine sous un angle un peu différent, plus sombre et en pleine actualité.

C’est quoi, The Resident (saison 1) ? Résident de première année, Devon Pravesh (Manish Dayal) intègre l’hôpital du Chastain Park Memorial sous la supervision de Conrad Hawkins (Matt Czuchry). Brillant médecin, celui-ci privilégie l’intérêt de ses patients au détriment des consignes de sa hiérarchie et des règles de l’hôpital. Il se confronte régulièrement au chef de l’établissement, le chirurgien Solomon Bell (Bruce Greenwood), grand ponte vieillissant qui terrorise son équipe et pousse le Dr Mina Okafor (Shaunette Reneé Wilson) à rattraper ses erreurs. Au sein de l’hôpital, exercent également l’arrogante chef d’oncologie Lane Hinter (Melina Kanakaredes) et Nic Nevin (Emily VanCamp), une infirmière dévouée à son travail – et ex-petite amie de Hawkins. Si tous soignent leurs patients respectifs, certains sont motivés par leur idéalisme, d’autres par leur ego surdimensionné, d’autres enfin par l’appât du gain.

La série médicale est un genre dont la popularité ne se dément pas, et qui connaît même un renouveau depuis quelques saisons. Produite par Antoine Fuqua (Training Day, Shooter) et diffusée sur Warner TV à partir du 5 Février, The Resident vient s’ajouter à la liste. On peut légitimement se demander si l’on a vraiment besoin d’un nouveau drama hospitalier ; il est tentant de répondre par la négative, a fortiori parce que The Resident peut paraître très conventionnelle. Sur le fond, elle parvient pourtant à apporter quelque chose de légèrement différent en abordant la question de la médecine dans son aspect commercial et financier, avec toutes les questions éthiques inhérentes.

Il y a quelque chose de confortable et familier, dans The Resident : le cadre de l’hôpital, les patients qui y affluent, les médecins et infirmiers qui y officient. Sur ce plan, on retrouve des personnages déjà vus dans toutes les séries du genre.  Le médecin brillant qui contourne les règles (Matt Czuchry, toujours excellent) et qui entretient une liaison avec une l’infirmière coriace et dévouée à ses patients (la délicieuse Emily VanCamp) ;  le « bleu » (Manish Dayal) qui découvre la réalité de la médecine sur le terrain ; l’alter-ego de Cristina Yang, douée et ambitieuse (Shaunette Renée Wilson) ; le chef de la chirurgie (formidable Bruce Greenwood), diminué par des tremblements qui lui font commettre des erreurs au bloc opératoire ; l’oncologue sans scrupule (Melina Kanakaredes), le chirurgien génial mais bouffi d’orgueil (Malcolm-Jamal Warner) …  Des personnages manichéens, construits de manière assez unidimensionnelle mais sauvés par l’interprétation magistrale d’un casting alléchant qui tient toutes ses promesses.

Des personnages convenus, mais magnifiquement interprétés

Dans sa construction, la série adopte également une structure convenue mais efficace: entre  shoots d’action, émotion et pointe d’humour allégeant l’atmosphère, les médecins examinent un ou plusieurs patients (certains cas restent anecdotiques quand d’autres servent de fil rouge sur plusieurs épisodes) tandis que se dessinent en arrière-plan leurs relations personnelles, en particulier la romance entre Hawkins et Nic. Correcte et plaisante, The Resident est déjà susceptible de satisfaire les amateurs du genre et les accrocs à l’adrénaline des services d’urgences.

Pourtant, la séquence-choc qui ouvre le premier épisode annonce d’emblée quelque chose de différent, laisse deviner ce que deviendra progressivement The Resident. La scène montre le Dr Bell alors qu’il commet une erreur et tue un patient, au cours d’une appendicectomie pourtant simple. Mais Bell est un chirurgien réputé et influent, pratiquement intouchable, ce qui lui permet de faire pression sur son équipe pour que celle-ci étouffe l’incident. Une autre scène du pilote détonne : lors de son premier jour, Pravesh s’acharne à réanimer une jeune toxicomane, et la sauve… pour rien : Hawkins lui assène que la patiente, dont le cerveau a été privé d’oxygène pendant vingt minutes, restera à l’état végétatif.   

Cet aspect donne déjà un ton plus sombre et une vision moins idéalisée. Mais là où The Resident devient de plus en plus intéressante et se distingue, c’est à mesure qu’elle envisage une autre facette de la médecine : son aspect commercial. En s’emparant de cette dimension, la série aborde alors des problématiques éthiques prégnantes. Insérées dans le cadre d’un drama médical rythmé et globalement réussi, elles prennent encore une autre dimension lorsque les scénaristes puisent dans l’actualité récente et s’inspirent de faits réels. En saison 1, Nic soupçonne le Dr Hunter de pratiques plus que douteuses et s’emploie à la démasquer au cours d’une investigation toutefois un peu confuse ; en saison 2, une société spécialisée dans les implants médicaux vend à l’hôpital des dispositifs high-tech, mais produits à bas prix et défectueux, qui provoquent plusieurs décès suspects.

Hawkins l’idéaliste et Bell le pragmatique : deux visions qui s’affrontent

 

Erreurs médicales que les médecins sont prêts à tout pour couvrir, poids de la hiérarchie et de l’administration,  patients riches surclassés et traités en VIP quand d’autres sont renvoyés chez eux faute d’assurance maladie, examens au coût exorbitant, rentabilité de l’hôpital, traitements lucratifs pour les docteurs… Ce que dépeint The Resident, c’est un univers médical soumis à la loi du marché et au capitalisme. Un monde commercial avant d’être humaniste, où s’opposent continuellement les visions et aspirations de Hawkins et Bell – entre autres.

Si The Resident ne révolutionne pas le genre du drama hospitalier, elle exploite des rouages et personnages classiques pour poser un regard critique et pertinent sur le système de santé américain. Malgré des arcs narratifs plus faibles, des clichés et quelques facilités, elle s’avère  incisive et intelligente lorsqu’elle raconte le combat quotidien de Conrad Hawkins et de ses acolytes, face à la marchandisation de la santé et aux réalités économiques d’une médecine envisagée dans son aspect commercial. Au final, The Resident tente d’apporter une réponse à la question qui lui sert de slogan : « Can one doctor save a broken system ? » Chaque étudiant en médecine, au moment de l’obtention de son diplôme, jure de respecter le serment d’Hippocrate ; dans The Resident, les choses sont bien différentes et les médecins ne sont pas toujours des héros.


The Resident (FOX)
Saison 1 – 14 épisodes de 42′ environ.
Diffusion sur Warner TV à partir du 5 Février.