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On débriefe pour vous … Bates Motel, saison 4 avant la saison 5

Bates Motel s’apprête à refermer ses portes, au terme de sa cinquième et dernière saison. Mais avant de rendre la clé et de faire nos bagages, revenons sur la saison 4.

C’est quoi, Bates Motel ? A la mort de son mari, Norma Bates (Vera Farmiga) s’installe dans la petite ville de White Pine Bay où elle a racheté un vieux motel abandonné et le manoir attenant. Elle espère y refaire sa vie, avec son fils Norman (Freddie Highmore.) L’adolescent et sa mère partagent une relation complexe, trouble et fusionnelle jusqu’à l’extrême : isolés dans un rapport d’amour / haine, le couple tente de s’adapter au retour du frère aîné Dylan (Max Thierot) ou à l’irruption dans leur vie du shérif Romero (Nestor Carbonell) ou d’Olivia (Emma Decody), une camarade de Norman. Mais plusieurs incidents vont bouleverser leur relation, les poussant à se rapprocher encore plus et mettant en péril la santé mentale déjà fragile de Norman.

Étrange série que Bates Motel : prequel du célèbre film d’Alfred Hitchcock, Psychose (sorti en 1960), elle en transpose pourtant l’action à notre époque. Assez inégale au fil des saisons et se perdant dans des trames secondaires inutiles et maladroites (une sombre histoire de trafic de drogue par exemple), la série est toutefois parvenue à imposer une ambiance pesante, oppressante et empreinte d’une ombre grandissante – celle du Norman Bates du film. La saison 4, diffusée l’année dernière, opérait un point de jonction irréversible avec l’œuvre cinématographique, en faisant éclater la folie grandissante de Norman et en se refermant sur un rebondissement, incontournable et attendu.
ALERTE MEGA-SPOILER : on y est, Norman a tué sa mère.

On ne choisit pas sa famille…

 

L’évènement avait beau être prévisible, il n’en fut pas moins bien amené. Deux éléments ont servi de déclencheurs : l’internement de Norman en hôpital psychiatrique, et la relation amoureuse naissante entre Norma et Romero. Commençons par l’internement, inévitable étant donné les troubles développés par Norman, souffrant de périodes d’amnésie et, accessoirement, coupable de plusieurs meurtres. C’est la prise de conscience de sa mère, qui réalise enfin la gravité de l’état de son fils, qui motive son placement. Mais séparé d’elle, Norman devient sa mère – il endosse sa personnalité, comme il le fera dans Psychose, se transformant littéralement sous nos yeux. Les séances de thérapie permettent en outre d’éclairer les ressorts et l’origine de leur relation dysfonctionnelle, en racontant notamment comment le père, violent et alcoolique, violait son épouse tandis que son fils se cachait sous le lit…

Le détonateur principal vient toutefois de la liaison entre Norma et Romero. Une relation que Norma commence par cacher à son fils, dont elle redoute la réaction. Avec raison, puisque lorsqu’il l’apprend, Norman adopte un comportement irrationnel et délirant, et son attitude est celle d’un mari jaloux ; il s’invente sa propre version des faits, accusant le shérif de manipuler sa mère et de profiter de sa vulnérabilité.

Conjugués, ces deux éléments provoquent le changement radical que l’on attendait : la fusion du Norman de Bates Motel et du Norman de Psychose. Elle survient dans l’avant-dernier épisode, lorsque l’adolescent tue sa mère et tente de se suicider, à l’aide de la chaudière défectueuse ; lorsque Romero arrive à temps pour le sauver de l’asphyxie, il est trop tard pour Norma. Anéanti par la mort de sa mère – et non par son geste… – Norman atteint le point de rupture : incapable d’accepter la réalité (une scène particulièrement éprouvante le montre manipulant le cadavre), il stoppe net son traitement et commence à voir Norma, obtenant ainsi ce qu’il a toujours voulu : sa mère, pour lui tout seul.

Norma et Norman, la confusion des sentiments

 

On ne peut que souligner l’interprétation remarquable des deux acteurs principaux. Freddie Highmore est stupéfiant dans la peau d’un Norman paumé et dévasté par la relation malsaine que sa mère entretient avec lui, tentant de s’en détacher tout en s’accrochant toujours plus exclusivement à elle, d’abord touchant puis simplement terrifiant lorsqu’il perd pied. Highmore est incroyablement convaincant, traduisant à la perfection toute l’ambiguïté, les contradictions et les errements d’un personnage mythique, dont on voit ici la naissance et la construction. Vera Farmiga est également fantastique dans le rôle extrêmement délicat de Norma, un personnage auquel elle donne une profondeur fascinante et troublante : à la fois fragile en raison des multiples traumatismes qu’elle a vécus au cours de sa vie et d’une force mentale peu commune puisqu’elle est parvenue à les surmonter, cette mère monstrueusement possessive est à la fois la coupable et la victime de la relation toxique de dépendance mutuelle qu’elle a construit avec son fils. Et le pire, c’est qu’on finit par s’attacher à elle, comprendre les motivations inconscientes qui l’animent, et presque par lui trouver des excuses… C’est précisément en explorant le lien malsain qui unit la mère et le fils, dans une analyse d’une justesse glaçante, que Bates Motel réussit le pari d’apporter quelque chose de plus à Psychose, à l’enrichir en extrapolant à partir de tout ce qui n’est pas dit mais seulement suggéré par la folie du Norman du grand écran.

En saison 4, Bates Motel sait enfin où elle va : direction Psychose ! Recentrée sur la relation entre Norma et Norman, la série établit l’inévitable connexion et rattache son personnage principal à celui du film dont elle se réclame, sans pour autant oublier les autres protagonistes. La saison 5, diffusée dans quelques jours aux Etats-Unis, est attendue en point d’orgue : on devrait assister à l’arrivée de Marion Crane (interprétée par Rihanna), avec LA fameuse scène du film. Bates Motel refermerait ainsi le cercle, avec un Norman Bates à l’acmé de sa folie. Alors posez vos valises, il reste encore des chambres – douche incluse, évidemment…

Bates Motel – 5 saisons

A lire aussi : la saison 3 de Hannibal

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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