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On débriefe pour vous … la saison 2 de la série 3% (Netflix)

Après une première saison entre Hunger Games et Black Mirror, la série 3% brésilienne opère un virage radical pour complexifier son univers et approfondir ses thématiques.

C’est quoi, 3% ? Dans un futur indéterminé au Brésil, la population est scindée en deux groupes, répartis sur deux zones géographiques. La majorité des gens survivent sur le Continent, dans des gigantesques bidonvilles en proie à la misère, la violence et la pénurie ; 3% de favorisés vivent de « l’Autre Côté », sur une île luxueuse nommée Maralto où ils ne manquent de rien. Tous les ans, les jeunes gens de 20 ans s’affrontent dans une série d’épreuves impitoyables, le Processus, au terme duquel 3% d’entre eux rejoignent Maralto. Dans ce monde profondément inique et élitiste, la résistance s’organise : les membres de la Cause sont déterminés à détruire le système par tous les moyens possibles.

Depuis le 27 Avril dernier, la deuxième saison de 3% est disponible sur Netflix. Dans sa première saison, la série brésilienne se présentait comme un mélange plutôt réussi de Hunger Games et Black Mirror : dans un futur dystopique où le monde est plongé dans le chaos et la misère, un groupe de jeunes lutte dans une série d’épreuves pour accéder à un « autre côté » paradisiaque.  Malgré des rebondissements parfois prévisibles et une réalisation trop sage, la série reposait sur une mécanique bien huilée et addictive. En saison 2, le showrunner Pedro Aguilera monte d’un cran : plus ambitieuse et plus soignée en terme d’images, 3% amplifie son univers, affirme son propos et change dans sa construction.

L’Autre Côté et le Continent, deux univers opposés

 

Au terme du Processus 104, certains personnages avaient réussi les tests, d’autres étaient réexpédiés d’où ils venaient ; nous les retrouvons les uns après les autres, dans des lieux et à des moments différents. Tandis que s’organise le Processus 105, la Cause fomente une nouvelle attaque, en comptant notamment sur la complicité en interne de Rafael (Rodolfo Valente) et Michelle (Bianca Comprado) , qui vivent désormais à  Maralto. Rafael est décidé à aider la résistance, quitte à se mettre en danger et à sacrifier une relation amoureuse naissante ; en revanche, Michelle joue un double jeu et, tout en cherchant son frère qu’elle croyait mort, elle est contrainte d’infiltrer les rebelles pour le compte d’Ezequiel (Joao Miguel).

Renvoyés dans les bidonvilles,  Joana (Vaneza Oliveira) et Fernando (Michel Gomes) doivent assumer les décisions qu’ils ont prises et se rapprochent de la Cause : désapprouvant leurs méthodes terroristes, ils cherchent une alternative pour court-circuiter le Système. Le jeune homme tente en outre d’empêcher son amie Gloria (Cynthia Senek ) de prendre part au nouveau Processus. Quant à Marco (Rafael Lozano), brisé physiquement et psychologiquement par son échec, il fomente sa vengeance vis-à-vis de ses anciens compagnons.

Fernando et Michelle : alliés ou ennemis ?

 

Toute la saison 1 reposait sur le Processus, servi par une mécanique implacable : un épisode, une épreuve, une élimination. En s’éloignant de cette structure efficace mais redondante, la série prenait le risque de perdre de sa spécificité. C’est inévitablement le cas mais sans doute est-ce un mal pour un bien. Malgré une entrée en matière un peu confuse (au point qu’il peut s’avérer difficile de se resituer), 3% est moins formatée, plus riche dans sa narration comme dans les thèmes qu’elle développe.

Entre récit au présent et flashbacks, plusieurs trames parallèles se mettent en place, avant de se rejoindre au fil des épisodes. L’ensemble se révèle vite passionnant : l’univers s’enrichit, avec la matérialisation de Maralto ou l’approfondissement des zones urbaines et misérables du Continent ; le récit progresse par une succession de rebondissements et d’alliances fluctuantes ; la réalisation est moins lisse et plus spectaculaire ; on découvre la vraie nature du Système et les rouages de la Cause, mais aussi un début d’explication sur le chaos général, la misère et l’inégalité intrinsèque de la société.

La misère du Continent, écho à celle des favelas

 

La vraie réussite de 3%, c’est la manière dont elle explore les zones grises de la morale humaine. Au cours du Processus, il était relativement simple de distinguer les Bons et les Méchants,  en fonction de leurs motivations et de leurs actions. La frontière entre personnages positifs et négatifs avait toutefois tendance à se troubler, au fil des événements. La saison 2  poursuit dans cette voie et accentue cette porosité, avec des personnages toujours plus ambigus et insaisissables. C’est un entrelacs d’alliances, complots et trahisons, où tous poursuivent un objectif, jouent un double jeu et sont motivés par leur histoire personnelle. Au final, rien ne distingue les riches des pauvres, ceux du continent et ceux passés de l’autre côté, terroristes de la Cause et fonctionnaires du Système.

Sur le fond, 3% confirme qu’au-delà du divertissement, elle porte aussi un message politique. S’il n’est pas toujours subtilement amené, le propos n’en reste pas moins intéressant. Efficace lorsqu’il s’agit de mettre à profit son univers cauchemardesque et dystopique, la série évoque les questions de la dignité humaine, de l’égalité, du sacrifice de l’individu au profit de la collectivité, de la précarité économique, de l’écologie, de la religion, de l’évolution de nos sociétés, de la bipolarisation de la politique, des dérives militaristes et de la dichotomie morale entre idéologie et action révolutionnaire. Autant de sujets abordés de plusieurs points de vue, avec nuance et globalement sans manichéisme malgré un parti pris évident. Ils ont un impact particulier au Brésil, à l’heure des multiples crises institutionnelles, sociales et économiques qu’affronte la pays ; au sens large, la réflexion est susceptible de résonner de façon universelle.

Tudo bem ! Après une saison 1 efficace et rythmée, 3% opère un virage drastique et change de forme. Malgré quelques errements dans la narration et des dialogues un peu trop démonstratifs, la série parvient à raconter une histoire prenante et vite addictive, mais aussi à étendre son univers, enrichir ses personnages et approfondir des questions complexes. Se faisant, 3% prouve qu’une série peut être propice à la réflexion tout en restant avant tout un bon divertissement. Et les pistes laissées en suspens pour la saison 3 laissent augurer de bien des rebondissements…

3% (Netflix)
Saison 2 – 10 épisodes de 45′ environ.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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