Sous ses airs de comédie d’espionnage légère et rétro, Ponies joue avec les codes du thriller de la Guerre froide pour raconter l’émancipation de deux femmes longtemps restées dans l’ombre.
C’est quoi, Ponies ? Moscou, 1977. Bea (Emilia Clarke) et Twila (Haley Lu Richardson) vivent en Union soviétique aux côtés de leurs maris, officiellement employés de l’ambassade américaine… officieusement agents de la CIA. Lorsque ceux-ci meurent dans de mystérieuses circonstances, les deux femmes refusent de rentrer aux États-Unis sans réponse. Convaincues que la vérité se cache au cœur même des services de renseignement, elles décident alors de devenir espionnes à leur tour. Un choix qui intéresse la CIA : après tout, qui soupçonnerait deux femmes considérées comme de simples secrétaires ou épouses modèles ? Dans le jargon des services secrets, elles sont des “Ponies”, des Persons of No Interest — des personnes jugées sans importance. Mais dans un monde où chacun surveille tout le monde, l’invisibilité peut devenir une arme redoutable.
Avec son script assez classique sur le papier, la série Ponies ressemble au premier abord à un thriller d’espionnage. En réalité, avec ces huit épisodes disponibles sur HBO Max, les créateurs Susanna Fogel et David Iserson ne cherchent jamais à rivaliser avec les grands thrillers paranoïaques à la The Americans ou les adaptations de John le Carré. Ici, l’espionnage sert surtout de terrain de jeu à une série qui préfère largement le ton de la comédie dramatique à celui du réalisme pur.
Une série d’espionnage rétro et décalée
La série assume pleinement son côté rétro : décors aux teintes froides, costumes très seventies, bars enfumés, micros cachés, filatures maladroites et agents du KGB aux allures presque caricaturales. Moscou devient un décor aussi hostile que stylisé, où chaque conversation peut cacher une menace.
Mais Ponies fonctionne surtout lorsqu’elle joue avec les clichés du genre plutôt que lorsqu’elle tente de les dépasser. La série ne cherche pas à déconstruire la Guerre froide : elle s’amuse avec son imaginaire collectif. Entre humour absurde, situations improbables et tension plus légère qu’attendu, elle trouve progressivement son propre ton — même si l’équilibre entre satire, drame et suspense reste parfois fragile.
Car la série hésite régulièrement entre plusieurs directions. Tantôt vraie comédie d’espionnage, tantôt thriller plus sérieux sur le deuil et la manipulation, Ponies peine parfois à totalement harmoniser ses différentes ambitions. Certains rebondissements paraissent prévisibles et certaines intrigues secondaires tournent légèrement à vide. Pourtant, malgré ces limites, la série garde un rythme suffisamment dynamique pour ne jamais devenir ennuyeuse.

Un duo qui porte la série
Si Ponies séduit, c’est avant tout grâce à son duo principal. Emilia Clarke et Haley Lu Richardson possèdent une véritable alchimie à l’écran et donnent immédiatement du relief à leurs personnages.
Emilia Clarke surprend dans un registre plus sobre que d’habitude. Loin de l’image iconique de Daenerys dans Game of Thrones, elle compose ici une héroïne discrète, intelligente et constamment en décalage entre ses origines russes et son identité américaine. Son jeu repose beaucoup sur la retenue, les silences et une certaine fragilité intérieure. Face à elle, Haley Lu Richardson apporte toute l’énergie de la série. Plus impulsive, drôle et imprévisible, Twila agit souvent sans réfléchir mais insuffle au récit une spontanéité communicative. Leur complémentarité fonctionne immédiatement : l’une réfléchit, l’autre improvise.
C’est dans leurs échanges que Ponies trouve sa meilleure dynamique. La série fonctionne moins comme un grand thriller d’espionnage que comme le récit de deux femmes contraintes d’apprendre à survivre dans un univers qui les sous-estime constamment.
Autour d’elles, Adrian Lester apporte une présence solide dans le rôle du responsable de la CIA à Moscou, tandis que Artjom Gilz s’amuse avec les codes du redoutable agent soviétique froid et inquiétant.
Entre espionnage et quête d’émancipation
Derrière ses faux airs de divertissement léger, Ponies développe aussi un thème assez simple : celui de femmes longtemps reléguées au second plan et qui décident soudainement de reprendre le contrôle de leur existence.

Bea et Twila ne sont ni des espionnes expérimentées ni des héroïnes invincibles. Elles improvisent, commettent des erreurs, paniquent parfois… et c’est précisément ce qui rend leurs missions plus humaines et souvent plus amusantes.
La série joue alors beaucoup sur cette idée d’invisibilité féminine : dans un univers dominé par les hommes, personne ne pense réellement qu’elles puissent représenter une menace. Ponies détourne intelligemment ce postulat pour transformer ses héroïnes en espionnes improbables mais efficaces.
La mise en scène privilégie d’ailleurs davantage les échanges tendus, les doubles jeux et les manipulations discrètes que les scènes d’action spectaculaires. Lorsqu’elles arrivent, celles-ci restent efficaces mais servent soit à relancer la tension, soit à renforcer l’humour avec des situations rocambolesques. Les deux approches cohabitent d’ailleurs régulièrement.
Une série imparfaite mais attachante
Ponies ne révolutionne jamais le genre de l’espionnage. Son intrigue reste parfois inégale, certains personnages secondaires manquent de profondeur et la série peine occasionnellement à trouver le bon équilibre entre humour et tension dramatique. Mais elle compense largement ces défauts par son charme, son rythme et surtout par l’énergie de son duo principal.
La Guerre froide y devient moins un sujet politique qu’un décor de cinéma dans lequel les héroïnes évoluent avec maladresse, ironie et une forme de spontanéité rafraîchissante. Tout ne fonctionne pas parfaitement, loin de là, mais la série possède suffisamment de personnalité pour se démarquer des productions plus formatées.
Au fond, Ponies fonctionne surtout parce qu’elle ne cherche jamais à se prendre totalement au sérieux. Là où beaucoup de séries d’espionnage récentes misent sur la noirceur, la tension permanente ou les complots ultra complexes, elle préfère adopter une approche plus légère et accessible. Ce ton presque “old school”, parfois volontairement excessif, donne à la série une identité assez singulière.
Sans être un incontournable du genre, Ponies réussit à proposer une variation suffisamment originale et légère pour retenir l’attention. Avec son humour, son esthétique rétro et surtout grâce à son duo principal, elle trouve sa place et parvient à transformer cette histoire d’espionnage en aventure aussi divertissante qu’attachante. Et deux “personnes sans intérêt” en héroïnes étonnamment efficaces.