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On débriefe pour vous… Unorthodox, série bouleversante tirée d’une histoire vraie

Inspirée d’une autobiographie, Unorthodox raconte l’émancipation d’une jeune juive qui fuit son mari et sa communauté ultra-orthodoxe pour refaire sa vie.

C’est quoi, Unorthodox ? Etsy (Shira Haas) est âgée de 19 ans lorsqu’elle consent à un mariage arrangé avec Yanky (Amit Rahav), au sein de la communauté juive hassidique ultra-orthodoxe de Williamsburg à laquelle ils appartiennent. Etsy en suit les coutumes et règles très strictes, mais elle se sent étouffer et aspire à davantage de liberté. Un an plus tard, elle prend la décision de quitter son mari et fuit clandestinement à Berlin. Tandis qu’elle tente de s’y adapter et de refaire sa vie, Yanky et son cousin Moische (Jeff Wilbusch) suivent sa trace et arrivent en Allemagne…

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Unorthodox est tirée du livre éponyme de Deborah Feldman, dans lequel elle raconte sa propre histoire. Adaptée par Alexa Karolinski, Anna Winger et par la réalisatrice María Schrader (Deustchland 83), la mini série allemande prend des libertés avec la biographie de l’auteure sans toutefois trahir le sens profond de son récit : c’est une histoire de résilience, le parcours difficile d’une jeune femme qui fuit la stricte communauté religieuse à laquelle elle appartient. 

Etsy vit à New York, dans le quartier de Williamsburg. Son père est alcoolique, sa mère est partie en Allemagne ; elle a donc été élevée par ses grands-parents au sein de la communauté hassidique de Satmar, une branche ultra-orthodoxe du Judaïsme caractérisée par  une pratique religieuse et des règles de vie très strictes. Les membres parlent uniquement yiddish, rejettent la modernité, les femmes se rasent le crane et cachent leurs cheveux sous des perruques, elles n’ont pas accès à l’éducation et leur devoir est de procréer pour compenser les six millions de morts victimes de la Shoah. C’est un univers à part, une sorte de Handmaid’s Tale à deux pas de Manhattan. 

Soumise à ces règles, Etsy accepte un mariage de complaisance avec Yanky mais malgré ses efforts, elle supporte de moins en moins les contraintes. Elle décide alors de fuir à Berlin, sur les traces de sa mère qui a quitté la communauté des années auparavant. En attendant de la retrouver, la jeune femme tente de s’adapter à son nouvel environnement : elle porte des jeans et jette sa perruque, se lie d’amitié avec un petit groupe de musiciens et souhaite s’inscrire au conservatoire en tant que pianiste. Mais changer de vie n’est pas si facile : se sentant comme une étrangère en dehors du monde qu’elle a toujours connu, Etsy est de surcroît recherchée par son mari et un cousin, qui sont déterminés à la faire rentrer dans le rang et à la ramener à New York.

Etsy et Yanky, le jour de leur mariage

Avec ses quatre épisodes d’une cinquantaine de minutes, Unorthodox entremêle deux lignes temporelles distinctes. On découvre la vie de Etsy à New York, au sein de cette communauté religieuse aux règles écrasantes ; on la suit aussi dans la capitale allemande, où elle tente de s’intégrer et de renouer avec sa mère. Le contraste n’en est que plus frappant, entre  les scènes new-yorkaises dominées par une photographie terne et un sentiment d’oppression d’un côté, et la lumière et l’effervescence d’une Berlin cosmopolite de l’autre. 

Témoignage sur la façon dont cette jeune femme tente de s’émanciper d’une communauté ultra-rigoriste, Unorthodox illustre les dommages psychologiques provoqués par des dogmes et des pratiques extrêmes,  au service d’une foi portée à son paroxysme et au nom de laquelle les membres (et les femmes en particulier) sont opprimés. Et sur ce plan, la série est pleine de scènes intenses et bouleversantes, a fortiori parce que c’est une situation qui se produit actuellement dans de nombreuses régions du monde, autant pour des motifs religieux que culturels. 

Mais si Unorthodox est aussi forte et magistrale, c’est qu’elle est pleine de nuances et évite habilement toute diabolisation. La série ne condamne pas explicitement la communauté de Satmar et ne juge jamais ses membres : elle en montre les codes et les règles, la violence psychologique et parfois physique intrinsèque qui y règne, nous plonge au cœur de la vie des personnages dans des séquences immersives entièrement tournées en yiddish. Yanky, par exemple, est loin d’être le monstre qu’on imagine : c’est un homme foncièrement bon mais qui pense et agit selon les codes de sa communauté, un mari incapable de comprendre les aspirations de sa femme, qui révélera pourtant l’étendue de son amour dans une scène magnifique.  

Etsy parviendra-t-elle à refaire sa vie à Berlin ?

Il y a surtout le portrait tout en délicatesse et en subtilité de Etsy. Sublimement interprétée par Shira Hass, c’est une jeune femme à la fois naïve et courageuse, forte et fragile. Perdue dans Berlin, elle veut se sentir libre, aimée et acceptée ; elle est aussi exaltée qu’effrayée par l’infinité des possibilités qui s’ouvrent devant elle. Elle renoue avec une mère qu’elle méprisait mais dont elle comprend désormais les choix, elle cherche à se construire un avenir sans pour autant renier son passé, sa religion ou ses origines. 

Il y a un moment-clé, dans Unorthodox : Etsy enlève sa perruque et plonge dans la Spree où, durant l’Holocauste, de nombreux Juifs ont été tués en tentant d’échapper aux nazis. C’est tout un symbole, où se mélangent renaissance spirituelle et attachement au passé, comme une manière de s’inscrire dans la lignée de ces morts et de les honorer en conquérant la liberté d’exister dont ils ont été privés. C’est une très belle scène – peut-être le plus belle – d’une série puissante et bouleversante. 

Unorthodox ouvre une fenêtre sur le monde hermétique de cette communauté religieuse hassidique rigoriste avec ses coutumes, sa force spirituelle et aussi ses diktats ; c’est aussi le portrait magnifique et émouvant d’une femme forte et attachante qui tente de trouver son chemin vers la liberté, de s’affirmer  en accord avec ses aspirations et son identité. Emblématique et universelle, c’est une histoire douloureuse et lumineuse de résilience, de courage et de détermination ; une série coup de poing, qui ne peut pas laisser indifférent. 

Unorthodox (Netflix)
4 épisodes de 50′ environ. 

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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