Ni blockbuster épique ni parodie débridée, Wonder Man est une anomalie dans le MCU : une comédie imparfaite mais touchante sur le métier d’acteur, l’échec et l’amitié.
C’est quoi ? Wonder Man ? Simon Williams (Yahya Abdul-Mateen II) est un acteur raté à Los Angeles. Trop sérieux, trop intense, il se fait virer des tournages et sa carrière est au point mort. Il rencontre « par hasard » Trevor Slattery (Ben Kingsley), comédien has-been et alcoolique en rémission, qui lui apprend qu’un réalisateur oscarisé s’apprête à faire un remake de Wonder Man. Un film que Simon a découvert étant enfant avec son père, et qui a nourri son imaginaire et son désir de devenir acteur. Il décide d’auditionner pour le rôle, et se rapproche de Trevor qui devient une sorte de mentor / ami. Ce que Simon ignore, c’est que Trevor est utilisé par le Département de Gestion des Dommages pour l’espionner. Pourquoi ? Parce que Simon possède des pouvoirs qu’il ne comprend pas vraiment mais qui font de lui une menace.
Un Marvel sur le métier d’acteur, pas sur les super-héros
Créée par Destin Daniel Cretton (réalisateur de Short Term 12 et Shang-Chi) et Andrew Guest (Community, Brooklyn Nine-Nine), Wonder Man s’inscrit dans la franchise Spotlight de Marvel, avec une stratégie différente : des séries plus libres et moins dépendantes du grand récit du MCU. Comme Echo ou Moon Knight, elle fonctionne presque en autonomie, sans caméos ni enjeux cosmiques.
Mais Wonder Man va plus loin : elle se détourne presque totalement du genre super-héroïque. Les pouvoirs de Simon sont relégués au second plan, utilisés parfois de manière absurde ou incongrue, jamais comme moteur principal de l’intrigue. Le vrai sujet, c’est Hollywood : les auditions, la précarité, la honte de ne pas réussir, la peur de disparaître. Une sorte de The Studio, version MCU, qui multiplie aussi les clins d’œil : faux extraits de vieux films Marvel des années 70-80, castings absurdes, références à Midnight Cowboy ou American Horror Story, épisode en noir et blanc (celui consacré au personnage de Doorman, essentiel dans l’histoire). Autant de détours qui donnent l’impression d’une série qui se cherche, mais qui ose expérimenter.
L’un des grands mérites de Wonder Man, c’est d’avoir compris que son concept le plus fort n’était pas les pouvoirs de son héros, mais au contraire sa fragilité. Simon Williams est un acteur qui veut trop bien faire, qui intellectualise chaque rôle, qui cherche du sens là où l’industrie ne veut que de l’efficacité. Il est profondément inadapté à Hollywood. Ses pouvoirs deviennent alors une métaphore cruelle : quelque chose qui le distingue, qui pourrait le rendre exceptionnel, mais qui le marginalise. Dans ce monde, être spécial est un risque.
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Une bromance mélancolique qui sauve tout
Si la série fonctionne émotionnellement, c’est presque entièrement grâce au duo Yahya Abdul-Mateen II / Ben Kingsley. Leur relation est le cœur battant de Wonder Man. Simon est plein d’espoir, mais déjà fatigué. Trevor (merveilleux Ben Kingsley qui reprend son rôle du Mandarin) joue littéralement un homme prisonnier d’un rôle qu’il n’a jamais vraiment maîtrisé, un acteur brisé, mais lucide.
Leurs scènes sont souvent drôles, parfois très tristes, toujours justes. C’est là que la série rappelle, étrangement, le dernier spin off de Game Of Thrones. Comme dans A Knight of the Seven Kingdoms, on suit deux outsiders dans un monde de mythes, deux trajectoires (presque) réalistes en marge de la saga épique. C’est aussi pour ça que la série touche plus qu’elle n’impressionne. Elle ne cherche pas à éblouir, mais à faire ressentir la fatigue, la désillusion et les sursauts d’espoir.
Un autre aspect frappant de Wonder Man est son refus de fabriquer de faux enjeux. Là où la plupart des séries Marvel empilent les menaces, les complots et les révélations, Wonder Man reste obstinément modeste. Perdre un rôle, rater une audition, échouer à appliquer la « méthode », se faire griller par un agent ou être rayé d’un casting y est plus dramatique qu’une explosion. Cette teinte émotionnelle est ce qui rend la série à la fois étrange et précieuse : elle rappelle que, dans une profession qui détruit autant qu’elle fait rêver, l’échec professionnel est une catastrophe existentielle pour ceux qui tentent de vivre de leur art.

Une œuvre frustrante, mais sincère
Oui, Wonder Man rate des occasions. Il y a des idées géniales, des épisodes brillants mais la série aurait pu être plus mordante, plus folle, plus radicalement méta. On sent souvent la retenue, la peur d’aller trop loin dans la critique de Marvel ou d’Hollywood. Comme Simon, la série hésite et n’ose pas toujours utiliser tous ses pouvoirs. Mais en contrepartie, elle offre quelque chose de rare dans le MCU : une sincérité émotionnelle.
Ce qui reste prégnant, à la fin, c’est la mélancolie et la relation entre Simon et Trevor. On a peut-être du mal à entrer complètement dans l’intrigue, mais on comprend leurs émotions, leur fatigue, leur envie de continuer malgré tout. Au fond, Wonder Man ne parle pas de super-héros. Elle parle de gens qui poursuivent leurs rêves en dépit des déconvenues, de personnages qui veulent juste être vus, aimés, reconnus — avant d’être trop vieux ou trop ratés pour qu’on les regarde encore.
Wonder Man, ce n’est pas vraiment une série de super-héros ; ce n’est pas non plus la satire féroce qu’on pouvait escompter. C’est une comédie dramatique étrangement mélancolique sur Hollywood, le métier d’acteur et le sentiment d’échec — racontée à travers un homme qui, ironie ultime, possède des super-pouvoirs… mais n’a pas le droit de s’en servir. Et si c’est une série imparfaite, qui n’atteint jamais la puissance méta ou le regard ironique qu’elle aurait pu offrir, elle réussit autre chose. C’est plus rare et donc plus précieux : dans un MCU plein de dieux et de héros, elle raconte la beauté fragile de l’amitié. Et c’est peut-être pour ça qu’elle touche juste.