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On regarde ou pas ? Enchaînés, la nouvelle fiction choc de France.TV

Avec Enchaînés, France Télévisions propose une série amenée à faire date, une série importante et prenante qui ne laissera pas indifférent.

Île Bourbon, 1806. 
Après un cyclone dévastateur, l’habitation Bellevue est ravagée. Bien qu’au bord de la ruine, le propriétaire Charles Bellevue décide de se battre pour redresser son exploitation. 
En récompense de son sang-froid pendant le cyclone, un jeune esclave nommé Isaac se voit promu commandeur. C’est désormais lui qui fera claquer le fouet. Après des années de bons et loyaux services, Isaac sera peut-être un jour affranchi et deviendra un homme libre. 
En attendant, le jeune homme se retrouve dans une position détestable. Une situation d’autant plus difficile que Charles Bellevue n’est pas seulement son maître. 
C’est aussi son père.

L’essentiel

Quand on suit et quand on aime la fiction, il est toujours intéressant d’être là le jour où on a la sensation que l’une de ces séries fera date, qu’elle apportera une pierre non négligeable à l’édifice. Et à bien des égards, il est heureux que ce soit la série créée par Alain Moreau qui soit cette fiction. Cette histoire dans l’Histoire co-écrite par Adriana BARBATO et Fanny TALMONE, est mise en image par l’excellente Laure de Butler (37 secondes) et la musique assurée par Audrey Ismaël. Si on ajoute que derrière ce travail hors normes se trouve Tetra Media Fiction (Un village français), on comprend dès lors que les astres soient alignés.

La série est évidemment légitime car les exemples de fictions centrées sur ces questions sont trop rares pour ne pas être soulignées. On peut évoquer Tropiques Amers de Virginie Brac ou Toussaint Louverture de Philippe Niang, comme nous le rappelait notre confrère Romain Nigita. Et si Enchaînés était l’équivalent français de Roots ?

On aime ?

Soyons clairs : Enchaînés est une série brillante, remarquable, d’une maturité extrême et avec un propos d’une rare intensité, maîtrisée de bout en bout pour aboutir à une œuvre de référence. Dès les premières minutes, le spectateur est plongé dans cette histoire grave et ne retrouvera la lumière qu’une fois le destin de Isaac accompli dans les dernières minutes de la série. Entre les deux, c’est le destin de deux hommes lié par le sang mais qui ne peut s’écrire que dans le sang qui se dessine devant nous, celui d’un père et de son fils, Charles et Isaac. Sans jamais détourner le regard de la dureté, de la cruauté de ce qui se joue, la série raconte implacablement la vie de gens traités encore moins biens que des animaux. La série enchaine les moments de bravoure, peut importe ce qu’elle choisit de nous montrer et c’est nous qui en prenons émotionnellement plein la tête.

Si le récit est toujours particulièrement bien écrit, que chaque personnage conserve sa part d’ombre et de lumière, on ne peut aussi que saluer l’incroyable maestria avec laquelle la caméra de Laure de Butler emporte tout ça, la manière dont elle dirige ses acteurs, dans l’horreur comme dans la grâce. Et au milieu de la foule de comédiens incroyables – le casting pour choisir les esclaves de Charles est incroyablement maîtrisé – on trouve deux virtuoses, deux magiciens de l’émotion. En premier lieu, l’impressionnant Olivier Gourmet, un des très grands comédiens français actuel, qui joue Charles comme courant tout le temps après quelque chose et qui l’obtient à la fin au prix d’un lourd tribu. Face à lui, Enzo Rose est littéralement incroyable en Isaac et lui aussi paiera cher le prix de sa liberté. Mais les deux comédiens sont littéralement impressionnants et collectivement, ils nous bouleversent, du 3e/4e rôle jusqu’aux rôles de premier plan.

La mélodie des émotions

Tout au long des 6 épisodes, la série contient ses moments de majesté, et l’on ne peut que se montrer impressionnés. A l’image d’un épisode 4 glaçant au possible et qui voit la révolte des escales s’opérer. On peut aussi mentionner ces moments de réelle tension quand contraint de faire son travail, Isaac doit s’en prendre aux siens. Et puis il y a la fin de la série, un petit bijou dans lequel Isaac tente de s’offrir une nouvelle vie et affronte l’hostilité de son île pour rejoindre dans les hauteurs ceux qu’on appelle « les marrons » soient les esclaves qui ont retrouvé leur liberté et qui peuplent les hauteurs de l’île. Ce plan où Isaac aperçoit les hauteurs comme un lieu sacré en dehors du monde du bas, est de toute beauté. Et le tout, saupoudré de la sublime musique une fois de plus d’Audrey Ismaël, et de son chant des esclaves créé pour l’occasion et qui nous bouleverse à chaque fois.

Enchaînés
6×52 minutes
Bientôt sur France 2 et sur France.TV

About author

Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
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