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On regarde ou pas ? « La rebelle – Les aventures de la jeune George Sand » (France 2)

Avec sa nouvelle série La rebelle, France 2 propose bien plus qu’une série : un écrin pour une révélation, une grande actrice : Nine d’Urso.

Il est fréquent qu’à mesure de voir des séries, on constate l’évolution et la montée en puissance de grands acteurs ou de grandes actrices. Ainsi, au fil des derniers mois, des noms comme Fleur Geffrier, Nina Meurisse ou encore Barbara Probst s’imposent à nous. Mais il est rare de voir une comédienne éclore devant nous dans l’écrin que lui confère un rôle, une série. C’est précisément le cas de Nine d’Urso avec La rebelle à découvrir sur France 2. Elle y trouve le rôle à même de montrer à toutes et tous qui elle est vraiment. Bien plus qu’une comédienne, c’est à la naissance d’une artiste à part entière que l’on assiste, comédienne brillante et femme fascinante.

Afin d’échapper à son mari violent et s’émanciper du carcan bourgeois qui l’a vue grandir, Aurore Dupin fuit Nohant pour Paris. Dans la capitale effervescente du début du XIXème siècle, Aurore mène une vie de bohême et publie son premier roman, sous pseudonyme : George Sand est née. Première femme écrivaine à vivre de sa plume, elle enchaîne les succès littéraires et déchaîne les passions. Féministe avant l’heure, portant le pantalon et fumant la pipe, elle collectionne les amants, dont les plus célèbres sont Alfred de Musset, Jules Sandeau, ou encore la comédienne Marie Dorval. Ses romans dressent une vaste fresque de son temps, mais son véritable chef-d’œuvre… c’est sa vie !

L’essentiel

Dans un monde dominé par les blockbusters hollywoodiens de supers héros, on dirait de La rebelle que c’est une « origin story« , une histoire dans laquelle on suit notre héros avant qu’il ne devienne ce qu’il est. C’est le parti pris de cette série qui entreprend de montrer comment le passé de Aurore Dupin a fait d’elle l’immense George Sand, une femme qui marche sur les pas des hommes pour devenir leur égale.

Formellement, La rebelle – les aventures de la jeune George Sand (qui a pu trouver un titre aussi peu valorisant sauf à l’écrire ainsi « La rebelle » comme pour mieux fustiger les hommes qui veulent, par ce mot, la diminuer comme on l’entend un moment dire « Laissez la c’est une rebelle ») est une série en costume classique. Ecrite par Henri Helman, Georges-Marc Benamou et Elodie Monlibert, on doit sa réalisation au toujours inspiré Rodolphe Tissot qui sait donner du corps à des histoires en apparence simple. Pour incarner George Sand, la production a choisi Nine d’Urso (révélée notamment par la série Cristóbal Balenciaga) que l’on a entouré d’une distribution de choix : Vincent Londez, Barbara Pravi, Oscar Lesage, Jonathan Turnbull et David Kammenos.

Le tout pour un résultat des plus réussis. Mais c’est bien la présence magnétique et étourdissante de Nine d’Urso qui fait de La rebelle une pure réussite.

On aime ?

On pourrait nous reprocher d’aller à la facilité en établissant un parallèle entre l’histoire de la série qui voit Aurore se libérer pour devenir George et la série elle-même qui est propice à voir une comédienne, devant nous, prendre sa place et ne faire qu’un avec le rôle qu’elle défend. C’est pourtant un choix que l’on assume de faire en constatant l’incroyable mutation à laquelle on assiste, épisode après épisode, dans le jeu de Nine d’Urso. Mais pour qu’une comédienne explose à ce point, il lui faut à ses côtés un directeur ou une directrice d’acteurs hors pair. Ce qu’elle trouve en la personne de Rodolphe Tissot qui a toujours su faire sortir l’humanité des acteurs et actrices qu’il dirige.
Aller chercher ce qu’il y a au fond d’eux pour mieux les sublimer, c’est précisément ce qu’a fait Rodolphe Tissot avec Nine d’Urso. Il lui a permis de sortir ce qu’il y a de plus puissant en elle, dans son jeu comme dans son regard à l’intensité folle, pour incarner cette grande dame et parvenir à sa hauteur. Car pour devenir à ce point une femme comme George Sand quand on est plus au début de sa carrière, cela demande – outre du travail – d’avoir quelque chose en soit qui confine au miracle.
Nine d’Urso est une de ses pépites, un dimant qui brille devant nous et que l’on apprend surtout à aimer à mesure que l’action se déroule devant nous. La puissance de son jeu et la réalisation enlevée de Rodolphe Tissot irradient toute la série, du début à la fin.

Plus que de savoir si La rebelle est une série qui colle au mieux à la vie de l’écrivaine, l’interprétation de Nine d’Urso fait que l’on aime cette grande dame française sans même avoir ouvert un de ses livres. « J’ai lu beaucoup de livres de George Sand ! Mais pour mieux comprendre qui elle est, j’ai aussi tenu à lire ce qu’on disait d’elle, en bien comme en mal » nous confie la comédienne. Cette précision à épouser tous les points de vue et à les retranscrire à l’écran donne une véracité à l’histoire en évitant le piège de l’hagiographie trop souvent tentante dans ce type de fiction. Mais si La rebelle ne déverse donc pas son admiration béate pour cette figure française incontournable, elle lui témoigne le plus profond des respects en la montrant dans les parties les plus lumineuses de sa personnalité – la grande combattante féministe qui veut rendre aux femmes leur place – comme les plus sombres -se laissant paradoxalement trop souvent emporter par ses histoires d’amour avec les hommes de sa vie … comme les femmes.

Pour mieux saisir l’évolution de cette femme, comment ne pas être fasciné par l’incroyable transformation physique de Nine d’Urso, tant dans les costumes que dans la coupe de cheveux ou dans la posture physique. Là où la quasi totalité des femmes dans la série sont dans un mouvement de recul face aux hommes, Aurore / George est en permanence vers l’avant, s’avançant vers eux, le corps en avant, comme allant à l’affrontement. Ce ne sont donc pas seulement ses tenues ou ses coiffures qui définissent le personnage, mais les gestes et postures qui sont mis dans le personnage. Le tout sans jamais mettre au rebus une once de féminité, présente du début à la fin de la série.

La rebelle est donc une série sur « la condition des femmes ». Par son implication dans la littérature et la place qu’elle a pris, George Sand a montré avec force qu’on ne parviendrait plus « à étouffer son intelligence pour la dominer » et a porté cette maxime comme symbole pour une inégalité entre les hommes et les femmes.

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Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
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