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Où en est l’Amérique ?

En pleine procédure d’impeachment et à moins d’un an des élections présidentielles, Trump ne semble pas trembler. L’occasion de prendre le pouls de l’Amérique. Son élection était le symptôme d’une Amérique profondément divisée entre deux certaines idées de la société. L’ère post-Obama a été une douleur pour certains, autant qu’un apaisement pour d’autres. Aujourd’hui à la tête du pays et sur tous les fronts, Trump ne fait pas l’unanimité chez son électorat. Pourtant, aucune opposition franche ni émulation ne se dessine chez les démocrates. Où en est l’Amérique ?

Un paysage politique par défaut.

C’est un fait : l’Amérique est toujours polarisée. Et cette fracture, loin de se résorber, semble s’aggraver. Une situation presque inédite pour un système fondé sur le bipartisme. La ligne ultra-droite est devenue la normalité chez le parti Républicain ; banalisation voulue, dans le fait, car Trump sera forcément candidat à sa propre succession. Ainsi, les nuances deviennent impossibles.

Les candidats aux primaires démocrates au coude-à-coude. (Aaron Josefczyk / REUTERS)

De l’autre côté du pôle Républicain, les Démocrates cultivent le flou. Le premier vote des primaires démocrates aura lieu le 3 février prochain et aucun candidat ne se détache à échelle nationale mais aussi à celui des états : Elizabeth Warren, Joe Biden, Bernie Sanders voire Pete Buttigieg ne se démarquent que de quelques points dans les intentions de vote jusqu’à intervertir les premières places selon les états.

L’électorat du 45ème président des États-Unis n’est pas perdu, et il est loin de l’être. Cependant, il semble moins affirmé dans les états où l’électorat traditionnel républicain lui était largement acquis. Certes, Trump ne perdra pas l’Arizona mais il est moins sûr qu’il ne gagne la Floride, traditionnellement démocrate. Les “swing states” auront, surtout en 2020, une importance cruciale.

Fracture agrandie.

Watkins Glen, dans l’état de New-York, entre Boston et la frontière canadienne. Une petite ville de moins de 2 000 habitants arborant fièrement des drapeaux à l’effigie de son président. “Trump 2020” est à tous les coins de rue. Signe qu’une certaine idée de la société américaine s’ancre dans cette Amérique des interstices.

L’élection de Donald Trump relevait de l’obsession : celle de l’effacement de l’héritage du président précédent, Barack Obama. Selon l’essayiste Jean-Eric Branaa, cette élection est l’expression de la renaissance de l’électorat majoritaire “blanc” de l’Amérique : une Amérique principalement rurale, perdue entre le pôle new-yorkais et celui californien. En témoigne les noms sur les bulletins envoyés dans les urnes du côté des habitants de New-York et ceux de Watkins Glen, pourtant du même état.

La récente marche des femmes en Amérique : organisation du mouvement anti-Trump. (Stephanie Keith / REUTERS)

Un nouvel électorat républicain ?

Cependant, l’électorat républicain est plus complexe qu’il n’y paraît. Assimiler l’électorat démocrate aux villes et celui républicain aux campagnes n’est pas totalement vraie en même temps qu’il simplifie de façon manichéenne la chose. “L’Amérique des villes” n’existe pas. En effet, l’électorat de Trump concerne autant les classes aisées des villes que les classes moyennes et populaires de l’espace rural. La carte américaine est difficile à décoder.

Et la stratégie de Trump ne répond pas à cet impératif. Le renforcement de la justice locale à travers des nominations pléthoriques de juges fédéraux témoignent d’une volonté d’implanter dans le très long-terme l’idéologie « trumpiste » dans l’espace local seulement. Néanmoins, travailler sans cesse son électorat traditionnel pourrait lui faire perdre un potentiel électorat incarné par un citoyen américain urbain de la haute classe moyenne qui s’est tourné vers lui en 2016.

D’un mythe à un autre.

La division ne tient ni dans l’espace américain ni dans les groupes socio-économiques. Elle pourrait être qualifiée d’insidieuse et muette. Une étude d’Harvard, récemment publiée, menée par Stefanie Stantcheva est édifiante. L’Amérique, certes, est divisée, mais la réalité des américains l’est encore plus. La polarisation Républicains/Démocrates va donc beaucoup plus loin qu’une “simple” différence d’opinions s’il en est. Les perceptions sur la mobilité sociale, l’immigration et les inégalités font preuve.

Une Amérique toujours plus divisée. (Serguei / Le Monde)

Sur la mobilité sociale, une forte majorité de Républicains, à hauteur de plus de 70%, affirment qu’un rêve américain est accessible. Seulement 30% de Démocrates tiennent ce rêve pour vrai. De plus, cet optimisme est partagé notamment dans le Sud et le Sud-Est des États-Unis : des régions considérablement républicaines et où la mobilité sociale est la plus faible de tout le pays. De plus, si les interrogés sont confrontés à de l’information pure sur la mobilité sociale, il en ressort qu’ils ne changent pas d’avis. Au contraire, leurs opinions s’ancrent davantage : un Démocrate pessimiste va justifier son propos par la nécessité de politiques de redistribution et un Conservateur va être en défaveur de ce qu’il perçoit comme de l’ingérence gouvernementale.

La perception dépasse donc le fait. Certains en appelleront à l’ère de la “post-vérité”. Il en est de même lorsque le thème des inégalités est abordé. Près de 78% des Libéraux croient que l’inégalité des revenus a augmenté au cours des dernières décennies (ce qui est un fait). 20% de moins de Conservateurs tiennent ce discours. Confrontés à l’information, les deux camps vont juger naturellement l’inefficacité ou la responsabilité du gouvernement.

« Lorsque les gens donnent du sens [aux événements] de manière radicalement différente, ce processus devient plus important que l’événement lui-même. » 

David Brooks, New York Times

Même chose pour l’immigration. Même si Démocrates comme Républicains surestiment la part d’immigrants au sein de la société américaine – un taux allant du simple au double -, il convient aisément d’affirmer que les perceptions divergent quant aux statuts socio-économiques et aux origines de ces immigrants. En effet, les Républicains surévaluent la part le pourcentage d’immigrants musulmans autant qu’ils estiment qu’il existe un fort chômage et qu’ils sont sous-diplômés. Et l’écart est encore plus important concernant le niveau de dépendance des immigrants envers l’État puisqu’un Républicain est deux fois plus susceptible qu’un Démocrate de penser qu’un immigrant reçoit plus d’aide financière qu’un résident natif.

L’idée de « Deux Amériques » est encore plus vraie aujourd’hui. L’électorat de Trump s’est conforté, marquant une division encore plus forte entre l’Amérique des villes et celle des interstices, l’Amérique des classes populaires et celle des classes moyennes et aisées, l’Amérique du bas, lorsqu’un américain refuse la perception de l’autre, et celle du haut où Démocrates et Républicains font bloc, en témoigne de nombreuses auditions parlementaires musclées à l’actuelle procédure d’impeachment. A moins d’un an des présidentielles, deux Amériques s’opposent et la voie modérée n’existe plus.

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