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Ouïghours : la France agit pour la première fois

Alors que l’Union Européenne et la Chine s’apprêtent à s’engager dans un accord financier, la France a posé une condition à son engagement : la libération des Ouïghours, détenus en Chine et contraints au travail forcé.

Initiée il y a plusieurs mois, la mobilisation populaire en faveur de la libération des Ouïghours, ce peuple turcophone à majorité musulmane sunnite qui serait détenu sur le territoire chinois, pourrait connaître ses premiers effets. Alors que la presse francophone a commencé à évoquer le sujet à partir de 2019, il a fallu attendre l’année 2020 pour qu’une mobilisation populaire conséquente en France vienne réclamer leur libération. Une mobilisation qui a notamment pris la forme d’une vague de photos bleues sur les réseaux sociaux, couleur rappelant celle du drapeau utilisé par les Ouïghours pour symboliser le mouvement d’indépendance du Turkestan oriental, région autonome implantée sur le territoire chinois. Ce mouvement d’opinion a en grande partie été porté par la jeunesse, qualifiée par le député européen Raphaël Glucksmann comme étant « avide d’engagement ». Le fondateur du mouvement Place Publique a fait de la lutte pour la libération des Ouïghours son grand combat. Interpellant les marques « complices », qui bénéficient de l’esclavage des Ouïghours en Chine et les hommes politiques français, coupables selon lui d’un « silence complice », Glucksmann a été le véritable porte-parole de la campagne visant à mettre fin à ce qui est pour lui « le pire crime contre l’humanité du XXIe siècle ». Alors que cette campagne a pris ces derniers mois une ampleur importante, notamment dans les médias, elle pourrait enfin commencer porter ses fruits.

Raphaël Glucksmann, tête de proue de la campagne de libération des Ouïghours, au Parlement Européen (Strasbourg)

Interrogé à ce sujet dans un entretien donné au média Brut en décembre 2020 et pointé du doigt par de nombreux internautes pour son inaction, le président de la République Emmanuel Macron avait préconisé de s’appuyer sur une stratégie européenne : « l’Europe doit demander la cessation immédiate de ces camps ». Hier, le ministre délégué au Commerce extérieur Franck Riester a confirmé le credo d’Emmanuel Macron sur la question des Ouïghours en annonçant que l’accord d’investissement négocié par l’Union Européenne et la Chine ne se conclurait qu’à condition que la Chine s’engage à abolir le travail forcé des Ouïghours détenus dans des camps sur son territoire. Rappelant l’absence « d’engagements suffisants sur la ratification des conventions fondamentales de l’OIT, notamment celles qui concernent l’abolition du travail forcé » dans un entretien au quotidien Libération, Franck Riester s’est montré parfaitement clair : la Chine « doit ratifier les conventions auxquelles nous sommes attachés et doit s’engager dans l’accord à les appliquer ». Pas de cessation du travail forcé, pas d’accord. Ce dernier, qui devait assurer une protection inédite des investissements respectifs des deux parties, avait une valeur économique importante. Malgré tout, le gouvernement français a décidé de le conditionner au sort des Ouïghours, dans la continuité du discours porté par Emmanuel Macron sur le plateau de Brut. Une décision saluée par Raphaël Glucksmann dans un communiqué posté plus tôt dans la journée sur ses réseaux sociaux : « cet engagement public de la France est une avancée. Notre combat paie. Et il continue ». Le Parlement Européen, où siège Glucksmann, a également condamné le dispositif esclavagiste chinois, les eurodéputés qualifiant eux aussi la séquestration et l’exploitation des Ouïghours comme des « crimes contre l’humanité ». Une avancée considérable dans cette campagne et un recul important dans l’accord d’investissement, évolutions dont les effets restent à constater. Mais le silence qui a longtemps entouré le sort de ce peuple à majorité musulmane, lui, est définitivement brisé.

Au cœur d’une mobilisation populaire depuis plusieurs mois, la question du sort des Ouïghours en Chine pourrait connaître un premier dénouement. À condition que l’Union Européenne marche définitivement dans les pas français et que la Chine cède aux conditions européennes. La France, en tout cas, a éliminé l’omerta. L’histoire s’en souviendra.

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Journaliste à VL Média, Bordeaux
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