À la uneCultureLittérature

Pierre Mikailoff & L’affaire Dan Cooper un suspens à couper le souffle

Nous ne présentons plus Pierre Mikaïloff, journaliste de Rock & Folk, Gonzai et membre actif de Vinyle&Audio Magazine, ancien guitariste du groupe Les Désaxés et de Jacno.

Auteur de biographies toujours bien documentées mettant en lumière des figures incontournables de la pop française comme Serge Gainsbourg, Téléphone, ou encore
Alain Bashung. Il vient de sortir son troisième roman L’Affaire Dan Cooper, édité à La manufacture de livres. Et c’est une vraie pépite. Un vent de liberté souffle avec ce nouveau polar. Vous allez vite comprendre pourquoi : Mark Anderson, journaliste chevronné et entêté, enquête inlassablement sur la curieuse disparition de l’étrange Dan Cooper. En effet, ce pirate de l’air particulièrement audacieux a traumatisé l’Amérique toute entière dans les années 70 pour avoir détourné un Boeing 727 et s’être envolé sans se retourner avec un bon petit pactole. Pour le Tohu-Bohu sur VL, Pierre s’est livré au jeu du questions-réponses afin de nous parler de ce livre déroutant et palpitant, qui se lit comme une géniale enquête policière.

  • Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’intéresser à l’affaire Dan Cooper qui a fait couler beaucoup d’encre en son temps et qui a même été adaptée au cinéma ?
  • D’abord, le mystère qui entoure cet homme, son acte, ses motivations. Finalement, on ne sait rien de lui, il reste une énigme, presque un fantôme. Qui était-il, quel sens donner à son geste ? Est-ce seulement l’appât du gain qui l’a poussé à agir ou un défi lancé à lui-même ? Il y aussi le fait que le FBI se soit cassé les dents sur ce cas pendant 45 ans. C’est le seul détournement d’avion américain qui n’ait pas été élucidé. J’ai découvert cette affaire à travers un article de presse. À partir de là, j’ai creusé, je me suis intéressé au mode opératoire de Dan Cooper, à la préparation qu’a demandé son crime. C’est assez fascinant, il y a un mélange d’amateurisme et de précision, le tout exécuté avec le plus grand calme, voire avec courtoisie. Après avoir montré à une hôtesse de l’air la bombe que contenait sa mallette, il a insisté pour régler ses consommations ! Ce n’est pas courant chez les pirates de l’air.
  • Tu as fait de ce pirate de l’air un personnage très attachant. As-tu été séduit par ce hors-la-loi ?
  • Oui, bien sûr, j’ai envie de dire qu’il a tout d’un gentil gars. Il paraît surtout extrêmement intelligent. Et c’est un crime sans violence. Après tout, on n’a jamais su si la bombe qu’il a montrée était factice ou réelle. Il y aussi une certaine naïveté chez lui, il saute en parachute en plein hiver, dans l’obscurité et sous la pluie, au-dessus d’une forêt, et il est juste habillé d’un costume de ville et chaussé de mocassins ! Je vois Dan Cooper comme un déclassé, un rebut du rêve américain. Un type qui aurait fait la Corée ou le Vietnam, qui n’aurait pas vraiment réussi à se réadapter à la vie civile et aurait tenté le tout pour le tout pour se donner une nouvelle chance. C’était quelqu’un qui n’avait rien à perdre.
  • Ce roman n’est-il pas un prétexte pour se replonger dans les années 70, où tout n’était pas interdit comme aujourd’hui ?
  • C’est sûr qu’il y a une sacrée différence entre cette époque et la nôtre. Il y a ces petits détails, bien sûr : on peut fumer partout, les aéroports ne sont pas équipés de portiques de sécurité, on achète un billet d’avion sans présenter de papiers d’identité, aux USA en tout cas. Les années 1970 me plaisent esthétiquement, pour les bagnoles, les films, la musique, mais c’est aussi une époque très dure, surtout aux USA où la population est divisée entre pro-guerre et pacifistes, entre Blancs réactionnaires et Noirs qui militent pour leurs droits, l’armée tire sur les étudiants, le FBI assassine les leaders Black Panther, ça craque de tous les côtés. Comme le résumait le réalisateur est-allemand Walter Heynowski dans les années 70 : les Américains sont des industriels de la destruction.
  • Peut-on considérer ce récit comme une critique de l’Amérique ?
  • Oui et non, ce n’était pas mon but au départ. J’éprouve pour les USA autant de fascination que de répulsion. Culturellement, je suis en effet tourné vers ce pays, mais je suis plus, hum… réservé sur sa politique, tant intérieure qu’extérieure. Ce que je décris dans le roman à travers certains personnages, c’est une certaine névrose américaine, ces gens qui nourrissent des croyances bizarres, comme les adeptes de la théorie de la Terre plate, cette quête désespérée de réussite sociale ou de notoriété. Mais critiquer les États-Unis c’est aussi critiquer notre société parce que les Américains sont très forts pour exporter leurs maux.
  • Quels sont les auteurs classiques américains qui t’inspirent encore aujourd’hui ?
  • Jeune, j’ai beaucoup lu Steinbeck, Dos Passos m’a beaucoup impressionné aussi, depuis peu je m’intéresse à Upton Sinclair, pour certains c’est une sorte de Zola américain. Tous ces auteurs sont de sensibilité socialiste et permettent d’imaginer ce qu’aurait pu être les USA si leurs idées avaient triomphé. Plus tard, je me suis intéressé à Bukowski, dont je pense avoir tout lu. Finalement, c’est lui qui fait le constat le plus lucide : on ne changera pas la société américaine, alors ça ne sert à rien de s’en faire, ouvrons une nouvelle canette de bière, allumons un cigare et cherchons sur cette foutue radio un peu de bonne musique à écouter. Je relis Chandler en ce moment. Un génie qu’il faut lire en anglais, car certaines traductions sont scandaleuses, il manque parfois des paragraphes entiers.
  • Penses-tu avoir franchi un cap en publiant ce troisième roman et en collaborant
    notamment avec ton nouvel éditeur La Manufacture de Livres ?
  • Je ne sais pas, sans doute un peu, oui… Ce qui est sûr, c’est qu’il s’agit de l’éditeur le plus littéraire avec lequel j’ai travaillé jusqu’ici. C’est aussi le premier roman dont je suis entièrement satisfait, ou presque, car il y a toujours des choses qu’on peut améliorer. Mais, dans le cas de L’Affaire Dan Cooper, je ne suis pas trop mécontent de moi. Ha ! Ha ! Quel manque de modestie !
  • On peut signaler pour terminer que cette aventure a inspiré de nombreux artistes notamment Roger McGuinn avec son titre “Bag Full of Money” qui fait allusion directement au “Sac d’argent” avec lequel s’est envolé Dan Cooper.

Related posts
À la uneCinéma

Un espion ordinaire, Tokyo Shaking..Les 5 sortes cinéma à ne pas manquer cette semaine

À la uneFaits DiversFrance

Un enfant de deux ans agressé par une toxicomane à Paris

À la uneSéries Tv

Only murders in the building : Steve Martin, Martin Short et Selena Gomez dévoilent la série de Star

À la unePolitique

Le gouvernement lance une campagne de communication pour lutter contre l’abstention

Retrouvez VL. sur les réseaux sociaux