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Quel féminisme pour demain ?

Dimanche dernier, Emma Watson, jeune actrice révélée par la saga Harry Potter, nous a livrés un discours fort sur le féminisme à l’ONU. Nommée ambassadrice pour les droits des femmes pour les Nations unies, elle s’est exclamée quant à la vision du féminisme aujourd’hui dans le cadre de la campagne « HeforShe », visant à rassembler un milliard d’hommes pour défendre l’égalité des sexes. « Les femmes préfèrent ne pas se dire féministes. Visiblement, cela est perçu comme trop fort, trop agressif, contre les hommes, peu séduisant. Mais pourquoi ce terme est-il si mal vu aujourd’hui ? »

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La question qu’elle pose peut paraître étonnante. En effet, selon un sondage commandé par le site Terrafemina.com et 20 Minutes, 75% des Françaises interrogées estiment que « le féminisme a encore un sens », et pourtant…

Ce qui peut être vu comme un combat nécessaire dans un pays, est loin de faire l’unanimité dans les autres. Paradoxe flagrant : en même temps que se développe la lutte pour l’égalité des sexes, certaines jeunes femmes, dont beaucoup d’origine américaine, postent sur le Tumblr « Women against feminism » des photos d’elles, pancarte à la main, expliquant pourquoi elles n’ont pas, selon elles, besoin du féminisme. Oubliant les principaux fondements du mouvement, leurs arguments se mélangent entre pensées préconçues et fausses idées. «  Je n’ai pas besoin de féminisme parce que l’égalitarisme c’est mieux. » écrit l’une. Or, le féminisme n’est-il l’expression d’une volonté d’égalité entre les hommes et les femmes ?

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“Je n’ai pas besoin du féminisme moderne parce qu’il veut me limiter.” Au contraire, le féminisme est là pour assurer aux femmes toute leur liberté pleine et entière.

Une autre s’affiche fièrement avec un discours rempli de préjugés dont certains passages montrent une complète ignorance de la cause. « Je n’ai pas besoin du féminisme parce que (…) l’avortement n’est pas un soin médical, les erreurs de boisson ne sont pas du viol. »

Minimisant fréquemment l’importance du viol, celles-ci semblent cultiver avec fantaisie ce mal encore moderne. N’oublions pas ces chiffres malheureux : on estime à près d’une femme sur 5 qui aurait été violée, sans compter celles qui n’ont jamais osé avouer ce qu’elles avaient subi. Autant dire que ces chiffres sont inexacts car la réalité est bien pire.

Et malgré ces taux, la méconnaissance prospère sur Internet. Beaucoup continuent de voir le féminisme comme le rejet des hommes de la société, comme un terme discriminatoire, certains vont même jusqu’à prôner l’antiféminisme comme nouvelle forme de féminisme !

Autant d’âneries qui méritent que nous nous posions une question : face à une montée en puissance de cette méfiance vis à vis du mouvement, quel féminisme peut-on espérer demain ?

Avant même de pouvoir envisager le féminisme dans ses actions actuelles, mais surtout futures, une définition de la notion s’impose. Et quelle définition ! Le féminisme, comme souvent les néologismes, a du mal à être défini. Terme attribué à Alexandre Dumas le fils, il est dans les premiers temps un concept à consonance péjorative. Il est d’abord désigné pour caractériser la féminisation pathologique des sujets masculins. Presque une malédiction, le féminisme tel que nous le connaissons aujourd’hui n’apparaît que vers la fin du XIXe siècle. Epousant alors les grandes causes sociales de l’époque, il va s’exprimer à travers divers mouvements, et notamment le droit de vote des femmes avec les Suffragettes.

L’historique est long, le mouvement complexe. Le résumer en quelques phrases serait lui faire déshonneur. Néanmoins, n’oublions pas qu’au delà des réformes sociales demandées incluant notamment la protection de la maternité, la réforme du mariage, la contraception, l’avortement, l’homosexualité et bien d’autres, la participation des hommes est importante dans ce processus. Et peut-être le premier d’entre tous pourrait être François Poullain de la Barre, auteur de la maxime « L’esprit n’a pas de sexe. » et du discours philosophique De l’égalité des deux sexes en 1673 où il dénonce les préjugés sexistes. Pionnier de la pensée féministe en France, son étude reste malheureusement actuelle. Le sexisme ambiant, véritable fléau des sociétés contemporaines, est encore un des principaux chevaux de bataille du présent féminisme.

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Bien plus qu’un mouvement social, le féminisme est surtout un discours politique. Partout dans le monde, fleurissent des partis politiques féministes. Le futur du mouvement s’exprimera dans les urnes. En témoigne le parti des Féministes pour une Europe solidaire aux dernières élections européennes. Leur programme est caractéristique des combats récurrents que doivent mener les femmes : égalité salariale, droit à l’avortement, lutte contre les violences faites aux femmes, lutte contre les discriminations. Thématiques aussi revendiquées par l’association « Osez le féminisme ! » et autres groupes du même ordre. Le but : faire autant des Droits de l’homme que des Droits de la Femme.

Et le combat porte ses fruits. En Suède, L’Initiative féministe, parti qui lutte contre les inégalités entre les hommes et les femmes, a fait une percée inattendue lors des élections législatives du 14 septembre dernier. Pour la première fois, un parti féministe a frôlé les portes d’un Parlement en récoltant 3,7% des suffrages, soit à quelques bulletins des 4% nécessaires. Sa progression importante depuis sa création en 2005 ouvre une voie pour les autres pays. La journaliste Elie Mae O’Hagan, dans sa tribune du Guardian, invite les Britanniques à suivre le chemin des Suédois : « Ce que cela devrait nous dire, et nous rappeler, c’est que la société ne progresse pas seule. L’égalité des droits est atteinte lorsque ceux qui sont négligés s’organisent et prennent le pouvoir. » Avant d’en conclure : « Il est temps pour les femmes d’avoir leur part du butin. » Et ce butin aurait dû être acquis il y a longtemps.

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Malala Yousafzai à Strasbourg en novembre 2013.

Toutefois, être féministe ne signifie pas forcément vouloir affirmer une supériorité, mais seulement rétablir une situation de fait. Tout être quel qu’il soit bénéficie des mêmes droits. Et c’est dans ce sens que de nombreuses figures féminines ont montré le chemin. Hier, Simone de Beauvoir nous disait : « On ne naît pas femme, on le devient. », aujourd’hui, Malala Yousafzai, jeune pakistanaise de 17 ans ayant survécu à une tentative d’assassinat des Talibans, nous redonne espoir à travers son combat pour l’éducation des jeunes filles dans le monde. Ainsi, devenir femme, comme devenir homme, passe par l’éducation et l’affirmation de soi.

Aujourd’hui, la crainte d’un féminisme radical, exacerbée par certains médias, décrédibilise les combats féministes. Ce pan du mouvement n’est en réalité qu’une part infime. Les actions provocatrices répétées des Femen révèlent une colère, celle d’un système qu’elles jugent patriarcale. La non-mixité militante de ce genre de groupes extrémistes crée bien plus de clichés sur le féminisme qu’elle n’en efface. Néanmoins, ces groupes ne reflètent pas le féminisme d’aujourd’hui, comme ils ne refléteront par le féminisme de demain. Peut-être ont-ils oublié que la conquête de la liberté rime aussi avec mixité. Que ce soit maintenant ou plus tard, les hommes prendront définitivement part à la lutte féminine.

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Femen à la sortie du tribunal de Paris, le 13 septembre 2013.

Le féminisme de demain ? C’est celui qui réussira à tendre vers un universalisme des droits et des libertés, à reformuler un contrat social entre les deux sexes, à responsabiliser les générations futures. L’incertitude de son avenir demeure, mais un espoir subsiste : celui de ne plus en avoir besoin pour exprimer la voix des femmes.

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